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Bulletin Quotidien Europe N° 11944
Sommaire Publication complète Par article 29 / 28
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1206

***    Revue de l’Union européenne. Editions Dalloz (80 av. de la Marne, F-92541 Montrouge cedex. Tél. : (33-820) 800017 – fax : (33-1) 41484792 – Courriel : ventes@dalloz.fr – Internet : http://www.dalloz-revues.fr ). Décembre 2017, n° 613, 62 p., 36,76 €. Abonnement annuel : 326,72 € (France), 345,10 € (Union européenne).

Remarquable, ce numéro d'une revue juridique française qui fait autorité sur le plan européen l’est à double titre. S’ouvrant sur un éditorial consacré à la possible et nécessaire émergence, dans l’Union, d’un droit fondamental du lanceur d’alerte, il contient deux dossiers qui ramènent à l’essentiel. Le premier est celui des « valeurs », ce concept dont beaucoup de responsables européens aiment tant se gargariser. Les contributions réunies dans ces pages remettent salutairement ‘l’église au milieu du village’ en appelant à l’humilité la plus grande. Le second incombait tout naturellement à cette publication qui, avant de s’appeler ‘Revue de l’Union européenne’, avait eu pour noms ‘Revue du marché commun et de l’union européenne’ et même, dès l’entrée en vigueur des traités de Rome, ‘Revue du marché commun’ : qui mieux que cette revue juridique au long cours pouvait tirer des enseignements des multiples anniversaires dont la construction européenne devient le prétexte ?

Commençons par les « valeurs européennes » qui, tous les experts du monde académique réunis dans ces pages en conviennent, connaissent une « vraie crise », tant il est patent, explique Sylvie Torcol, maître de conférences en droit public à l’Université de Toulon, qu’il existe « un décalage inquiétant entre le discours sur les valeurs et l’action de l’Union et des Etats membres, surtout en période de crise, et une impuissance à faire respecter ces valeurs ». Selon elle, il n’y a pas vraiment lieu de s’en étonner dans la mesure où ces valeurs ont d’emblée été moins évoqués en termes « d’idéaux à défendre » que de... « valeurs économiques », le concept de solidarité ayant été lui aussi « majoritairement associé à l’économie ». Rien d’étonnant, dès lors, si les trois contributeurs à ce dossier consacré à la juridicisation des valeurs se retrouvent dans ce constat désenchanté de Sylvie Torcol : « Dans l’Union européenne, les valeurs sont affirmées, sont invoquées, sont revendiquées, ne sont pas négociables... et pourtant, elles sont évanescentes, incantatoires, inaudibles ; elles ne sont jamais posées comme préalables à une réforme parce que considérées comme acquises et par conséquent, elles sont effacées par le discours économique ou par les crises comme la crise migratoire ».

La Pr. Marie-Laure Basilien-Gainche (Université Jean Moulin Lyon 3) dénonce ainsi une Europe sans humanité, sans solidarité et sans rationalité dans son traitement de la crise migratoire, s’autorisant ce jugement sans fard : « L’étude de la prose européenne et des mesures nationales montre une Europe et des Etats sans qualités, sans volonté de faire preuve d’humanité, de solidarité, de rationalité (...), au risque de saper les principes mêmes sur lesquels ils sont fondés, au prix de désintégrer leur identité de sociétés de droit ». Nous en sommes là, et le sort concret réservé dans l’Union à la solidarité n’est guère plus réconfortant, raison pour laquelle Delphine Espagno-Abadie (Sciences Po Toulouse, Laboratoire des sciences sociales du politique) plaide pour qu’il soit fait de « la solidarité une véritable source de constitutionnalité ». Ce point de vue est prolongé par la Pr. Gaëlle Marti (Université de Lyon 3) qui pose le constat d’une autonomisation des valeurs communes appelant l’émergence d’une démarche constitutionnelle, tant il est vrai que « seul le peuple » – soit les peuples d’une Fédération européenne –, « titulaire du pouvoir constituant, devrait être à même d’édicter les valeurs communes qu’il partage et de mettre en place les institutions appelées à les incarner, par l’adoption de la Constitution, entendue comme la loi fondamentale et suprême de l’ordre juridique ». La question qui se pose est de savoir combien de temps encore le(s) peuple(s) européen(s) restera bâillonné...

Le dossier consacré aux anniversaires européens n’est pas moins instructif. A côté d’éclairages fort utiles sur « les traités de Rome en leur temps » – qui voit l’historien Martial Libera (Université de Strasbourg) rappeler notamment que le gouvernement français avait mis en péril le lancement du Marché commun en réclamant « une harmonisation sociale par le haut » préalable, ce qui entre en résonnance avec le problème actuel des travailleurs détachés –, sur l’économie générale de l’application territoriale du droit communautaire et sur le sort réservé aux pays et territoires d’outre-mer et régions ultrapériphériques, trois regards retiennent tout particulièrement l’attention. Le premier est porté par le Pr. Denys Simon (Ecole de droit de la Sorbonne, Université Paris 1 Panthéon) qui réévalue avec lucidité l’importance de chacun des traités, son premier mérite étant de rappeler que la « déclaration Schuman » et le traité de Paris ayant donné naissance à la Communauté européenne sont les seuls véritables actes fondateurs. Depuis les traités de Rome qui ont eu pour mérite de dépasser « l’intégration négative par la mise en place de politiques communes et la perspective à plus long terme d’une ‘union sans cesse plus étroite’ », le temps des « ravalements cosmétiques » a prévalu la plupart du temps, l’anniversaire du traité de Nice ne méritant même pas, à ce titre, d’être fêté, tandis que le traité de Lisbonne a marqué « davantage le ‘retour des Etats’ et la réapparition de la technique des compromis » qu’il n’a « traduit une avancée significative qui mériterait d’être célébrée ». Selon ce juriste, suite aux mouvements de repli sur les souverainetés nationales et des déviances que s’autorisent certains Etats membres par rapport aux valeurs fondamentales de l’Union européenne, « il est indéniable qu’une ‘refondation’ est probablement indispensable ». Par ailleurs, le Pr. Jacques Ziller (Université de Pavie) montre combien le passage de la signature à la ratification des traités d’intégration européenne a toujours été difficile et Vanessa Barbé (Université d’Orléans) envisage « l’appartenance à une Europe unie du traité de Rome au ‘Brexit’ », ce qui complète un dossier – et un numéro – en tous points remarquable.

Michel Theys

***    STEPHANOS GIALAMAS (sous la dir. de) : Propositions de leadership pour la sortie de la crise. Editions Papazisi (2 rue Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél. : (30-210) 3822496 – fax : 3809020 – Courriel : papazisi@otenet.gr – Internet : http://www.papazisi.gr ). Collection « Politique internationale et européenne ». 2017, 296 p., 15 €. ISBN 978-960-02-3277-6.

On a beaucoup écrit sur la crise contemporaine, mais de quelle crise parle-t-on ? D’une crise économique, politique et/ou sociale, ou d’une crise, bien plus profonde, de la conscience et des valeurs ? Quel est, en définitive, le sens à donner à ce terme ? Dans un temps de défi permanent et de pessimisme ambiant, le leadership peut en inverser le sens et la tendance. Cet ouvrage collectif porte précisément sur le leadership dans les domaines de la politique, de la culture, de l'éducation et de l'environnement, l’analyse étant à la fois économique, politique et psychologique. Sous la direction de Stephanos Gialamas, professeur d’économie comparative à l’Université économique d’Athènes, cinq auteurs, chacun spécialiste de son secteur (la politique, l'éducation, le développement durable et la psychologie), procèdent à une évaluation avant de suggérer des solutions pour que puisse émerger un leadership alliant à la fois programme, inspiration et vision. C’est une véritable cure qu’ils proposent, le but ne pouvant être, selon eux, de seulement prétendre à un simple soulagement temporaire. (AKa) 

***   THEODOROS PANGALOS : Le glossaire de la galipette. Editions Patakis (38 Panayi Tsaldari, GR-10437 Athènes. Tél. : (30-210) 3650000 – fax : 3811940 – Courriel : bookstore@patakis.gr – Internet : http://www.patakis.gr ). Collection « Sciences sociales et politiques ». 2017, 212 p., 8,50 €. ISBN 978-960-16-7205-2.

Theodoros Pangalos a été député du Pasok pendant plus de trente-cinq ans, de 1981 à 2009. Plusieurs fois ministre et deux fois même vice-premier ministre, les journalistes s’en souviennent comme d’un esprit brillant, mais caustique et volontiers cynique. Ce qu’il confirme dans ce livre qui le voit analyser quelques mots qui ont marqué la vie quotidienne, ce qui l’amène à notamment disserter sur (et à égratigner) « les Américains », « l’évaluation économique », « Papademos » qui fut Premier ministre par intérim entre 2012 et 2013). La « junte » des colonels est aussi un des termes que décortique avec brio Theodoros Pangalos, son propos l’amenant aussi à révéler les moyens par lesquels il a été tenté « de créer et de mettre en œuvre une idéologie national-socialiste » et à soulever quelques couvercles des « poubelles idéologiques et anachroniques » du pays fleurant bon la pouriture. Par ce livre, son but, explique-t-il, était « de clarifier une série de concepts utilisés sans vergogne par les dirigeants politiques du gouvernement du pays pour pouvoir parvenir à dominer l'esprit des citoyens », entendez de faire comprendre que les pourris d’hier sont presque des enfants de cœur par rapport à ceux qui sévissent aujourd’hui.  Parmi les autres mots qui émoustillent la causticité de Théodoros Pangalos, mentionnons encore renaissance, dignité, absolutisme, imprévisible, enjeux, négociations, révolution permanente, diversité, institutions. Soit un glossaire qui confirme que Pangalos demeure un esprit brillant et d’une causticité proche du cynisme. (AKa)

***    KATERINA NASSIOKA, JOHN HOLLOWAY (sous la dir. de) : Au-delà de la crise. Quoi après l'effondrement de l'espoir institutionnel ? Editions Futura (72 rue Charilaou Trikoupi, GR-10680 Athènes. Tél. : (30-210) 5226361 – fax : 5226361 – Courriel : futura@otenet.gr –  Internet : https://futurabooks.wordpress.com ). 2017, 282 p., 16,96 €. ISBN 978-960-9489-70-6.

La dizaine d’auteurs réunis dans ces pages par la sociologue Katerina Nassioka (Université Panteion) et l’économiste John Holloway (Benemenita Universidad Autonoma de Puebla au Mexique) dissertent de « l'espoir », celui qui « est à venir » mais qui, pour l’instant, « est parti loin » : « Il a laissé derrière lui la déception, la frustration et la dépression. La crise est là. La tempête est là. Et cette tempête est trop forte ». Que faire, dès lors ? L’espoir s’est-il effectivement éloigné ou n’est-ce qu’une illusion que cultive la gauche ? Plutôt que de simplement accepter la dépression, son défi n’est-il pas désormais de penser au-delà de la crise, de dépasser la rage, la douleur, l'amertume, l'illusion et de tirer les enseignements de l'expérience de ces dernières années. C’est que, pour les auteurs, la Grèce a été rien de moins qu’un laboratoire du monde entier : les attaques douloureuses et violentes qu’elle a subies au nom de la dette sont un exemple particulièrement dramatique d'un conflit généralisé, lequel risquera d'être exacerbé tant que le capital continue d'être une forme dominante de l'organisation sociale. « Penser au-delà de la crise signifie sortir de la paralysie provoquée par l'image de la crise comme une ‘catastrophe biblique’ dictée par les diktats ‘divins’ des marchés financiers et leurs représentants. Cela signifie que nous devons comprendre la crise non pas comme un événement ‘apocalyptique’, mais comme un fait historique » par nature dépassable si l’on s’en donne la peine : tel est le point de vue militant qui est défendu dans cet ouvrage. (AKa)

***   MARIA KOMNINOU (sous la dir. de) : La sphère publique en crise. Comment et pourquoi la déontologie est violée dans les médias (2009-2016). Editions Papazisi (2 rue Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél. : (30-210) 3822496 – fax : 3809020 – Courriel : papazisi@otenet.gr – Internet : http://www.papazisi.gr ). 2017, 256 p., 19,08 €. ISBN 978-960-02-3318-6.

Menée trois années durant par le Département de la communication audiovisuelle et des médias de l'Université d'Athènes sous la direction de la Pr. Maria Komninou, cette étude explore le champ de communication en Grèce pendant la crise et cherche à voir si et de quelle manière celle-ci a favorisé des cas spécifiques de violation de l'éthique et de la déontologie dans les médias. La réponse est évidemment affirmative, les auteurs montrant comment la sphère publique s’est trouvée polluée par des violations de plus en plus graves et courantes. Il s’est ainsi manifesté un journalisme de « trou de serrure » qui a vilipendé avec une détestable allégresse les femmes séropositives, les réfugiés, les migrants et les antifascistes. Parrainée Michalis Stathopoulos, ancien ministre de la Justice et ex-recteur de l'Université d'Athènes, l’équipe de chercheurs a voulu contribuer à la fois à la recherche et à l'éducation. La recherche a porté sur une analyse détaillée de quatre cas : i) la honte des femmes séropositives dans les médias ; ii) la couverture des activités d’Aube dorée, le parti politique grec d’extrême droite – et carrément nazi –, avant et après l'assassinat de Pavlos Fyssas, activiste et chanteur d’un groupe rap antiraciste ; iii) le procès d’Aube dorée ; iv) l'accord conclu entre l’Union européenne et la Turquie afin de tarir le flot des réfugiés, ce thème ayant été retenu pour enquêter sur la mise en place des stéréotypes racistes. La Pr. Sophia Kaitatzi-Whitlock y contribue en abordant la question plus large du racisme, de ses origines et de ses mutations. Un regard sans illusion est aussi porté dans l’ouvrage sur les résultats aléatoires obtenus par le Conseil national pour la radiotélévision pour imposer le respect de l’éthique et de la déontologie dans ces médias, ainsi que sur ceux engrangés par des ONG actives dans ce domaine à Athènes et à Thessalonique.  (AKa)

 

***   Il Federalista. Rivista di politica. Edif (8 Villa Glori, I-27100 Pavia. Internet : http://www.ilfederalista.eu ). 2017, n° 2, 92 p.. Abonnement annuel : 25 € (Europe), 30 € (étranger).

Ce numéro de la publication liée au Movimento Federalista Europeo s’intéresse largement au discours de la Sorbonne prononcé par le président Macron et au dernier discours sur l’état de l’Union de Jean-Claude Juncker. L’éditorial est consacré au premier, accueilli avec enthousiasme et optimisme même s’il ne fait aucun doute que « les sirènes de la préservation de la souveraineté et de la continuité communautaire » se font déjà entendre. Même prudence chez Paolo Ponzano qui accueille les idées du président de la Commission avec ce titre sans ambiguïté « nouvelles ambitions et anciennes difficultés », des avancées décisives appelant, selon cet expert institutionnel, une révision des traités. L’union bancaire est l’un des autres thèmes abordés dans cette édition.  (MT)

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