Comment règlementer sans freiner l’innovation financière? C’est notamment autour de cette question qu’étaient réunis, jeudi 28 septembre, industrie bancaire, experts et représentants des institutions européennes lors d'un 'sommet bancaire' organisé par la Fédération bancaire européenne (FBE) à Bruxelles.
Appelant l’Union européenne à être plus ambitieuse en matière de technologie financière (‘FinTech’), Cora van Nieuwenhuizen (ADLE, néerlandaise) a considéré que l'Europe était « l’homme malade du monde de la FinTech », faisant observer que la plupart des investissements technologiques se dirigent vers les États-Unis tandis que les seuls investissements arrivant en Europe se concentrent au Royaume-Uni, pays qui quittera prochainement l’Union.
Au nom de la Commission européenne, le directeur général aux Services financiers, Olivier Guersent, a rappelé la volonté de l’institution européenne de réguler ce nouveau phénomène mais de manière « flexible ». Il ne faut pas une approche unique mais une stratégie granulaire qui permette aux banques européennes de saisir les opportunités offertes par la FinTech, a-t-il poursuivi. Il a par ailleurs indiqué que la Commission proposerait, début 2018, une feuille de route en la matière.
Mais une règlementation seule ne sera pas suffisante, ont prévenu les participants, et doit aller de pair avec un changement de mentalité des opérateurs financiers. Il faut penser « hors du cadre », a martelé Cora van Nieuwenhuizen. Pour Richard Peers, Directeur des services financiers chez Microsoft, la directive sur les ‘Services de paiement’ (PSD2) a déjà permis aux opérateurs du marché de s’ouvrir aux nouvelles technologies.
L’industrie bancaire fait face à une nouvelle concurrence, a expliqué David Dechamps, Vice-président des paiements numériques chez Mastercard Europe, et les banques doivent apprendre à évoluer dans ce nouvel espace. Prenant l’exemple du paiement sans contact pour étayer ses propos, il a rappelé les nombreuses réticences qu’il avait perçues lorsque l’idée avait été lancée 5 ans plus tôt. Aujourd’hui, le paiement sans contact représente 30 % des transactions par carte en Europe. Selon lui, cela montre que partir du besoin des consommateurs est la bonne manière d’avancer dans ce domaine.
Présentant au public son application Otly!, Lior Bornshtain a, quant à lui, souligné l’importance de l’éducation financière. Son application bancaire, destinée aux enfants et contrôlée par les parents, permet selon lui d’apprendre la valeur de la monnaie digitale et de l’épargne dès le plus jeune âge.
Autre défi pour le secteur bancaire: la finance 'durable'
En parallèle de cet événement, la FBE a publié un rapport évaluant le rôle que doit jouer le secteur bancaire dans la promotion d'une finance prenant davantage en compte les critères de durabilité environnementale.
Le rapport recommande notamment de: - harmoniser les développements à long terme de la finance durable avec des objectifs politiques; - mettre en place un système de classement des risques environnementaux et climatiques de l'UE par secteur économique; - introduire des incitations, sous la forme d’avantages fiscaux par exemple; - prendre des mesures de politique monétaire telles qu'accepter certains actifs 'verts' en garantie de prêts aux banques centrales, et; - standardiser l’analyse des risques.
Le rapport estime toutefois que l’industrie bancaire, quoique déterminée à avancer dans ce domaine, ne peut pas en être le moteur. Pour Sirpa Pietikäinen (PPE, finlandaise), l’industrie bancaire et les régulateurs doivent travailler « main dans la main », l'industrie devant surtout soutenir la mise en place d’un cadre juridique. « Lorsqu’on reçoit des messages mitigés, il est difficile de travailler », a-t-elle expliqué. Pour Antoni Ballabriga, représentant de la banque espagnole BBVA, il faut éviter de surréglementer le secteur. « Si les choses arrivent de manière volontaire, elles sont en général meilleures », a-t-il estimé. (Marion Fontana)