La Commission européenne compte mettre sur pied une Table ronde des industriels de haut niveau afin de faciliter les échanges entre la Commission européenne et l’industrie, ainsi que la société civile, selon la stratégie « revisitée » pour la politique industrielle de l’Union européenne, présentée par l’institution lundi 18 septembre. Objectif de cette table ronde : mieux orienter et ajuster les actions de la politique industrielle à venir.
Peu de changements sont à noter par rapport à la version obtenue par EUROPE la semaine dernière (EUROPE 11861). La communication est plutôt un état des lieux de tout ce qu’a déjà entrepris la Commission européenne en vue de soutenir les différents secteurs économiques. Et pour cause. Comme l’a indiqué le vice-président Jyrki Katainen, chargé de l'Emploi, de la Croissance, de l'Investissement et de la Compétitivité, ce texte se fonde sur la stratégie pour l’industrie de 2009 et vise à rassembler, en un seul document, toutes les actions entreprises afin d’avoir « une vue d’ensemble » de ce qui est déjà « sur la table » et, par là même, de mieux déterminer « ce qu’il manque » le cas échéant. Pas d'annonce tonitruante, donc, mais un chapelet d’améliorations de dispositifs déjà ou en cours de mise en œuvre. Un calendrier a été mis en annexe des actions à venir en lien avec les multiples stratégies déjà annoncées depuis le début du mandat institutionnel.
La Commission compte ainsi répéter chaque année l'expérience de la Journée européenne de l'industrie de février dernier. L'institution souhaite lancer des initiatives sur la mise en œuvre des droits liés à la propriété intellectuelle en automne pour promouvoir les innovations et la créativité, en créant un environnement « prédictible et clair » pour les brevets essentiels liés à des normes. Toujours en automne, la Commission présentera une initiative en vue d’améliorer le fonctionnement des commandes publiques qui intégrera un mécanisme volontaire pour aider les autorités à mettre en place des projets d’infrastructures de grande envergure.
Concernant les cyberattaques, l’institution rappelle avoir présenté une série de mesures en vue de mieux protéger l’industrie et les autorités publiques contre les cyberattaques (EUROPE 11861) et, notamment, la création d’une nouvelle agence entièrement dédiée à la question, qui délivrera un certificat pour toute l’Union européenne pour les produits et services. Par ailleurs, toujours dans le domaine du numérique, l’institution compte améliorer les flux de données non personnelles entre les États membres afin de créer « un véritable espace de données européen ».
Comme nous l’avions indiqué la semaine dernière, la Commission s’apprête aussi à annoncer une série d’actions dans le domaine de l’économie circulaire, en particulier pour les produits plastiques et pour le renforcement de la production de ressources biologiques renouvelables. À cet effet, la Commission a identifié une série de matériaux « critiques » qu’elle a inventoriés (EUROPE 11861). Toujours en lien avec l’écologie, la Commission prévoit de présenter une série d’initiatives pour améliorer la mobilité propre en renforçant les normes d'émission de dioxyde de carbone pour les voitures et les camionnettes, ainsi qu’un plan d’action pour soutenir le déploiement d’infrastructures de carburants de substitution et l’essor de véhicules autonomes.
Sur ce dernier point, la commissaire au Marché intérieur et à l'Industrie, Elżbieta Bieńkowska, a martelé une nouvelle fois son message en lien avec le ‘Dieselgate’ (EUROPE 11862) : les moteurs fonctionnant au diesel appartiennent au passé et il est temps de se tourner vers les nouvelles technologies et la mobilité « zéro émission ». Pour elle, la plupart d’entre nous roulera avec un véhicule électrique d’ici 10-15 ans. M. Katainen est même allé plus loin et considère que la transition se ferait d’ici cinq ans.
Enfin, parmi les autres chantiers prévus, citons en outre la volonté de l'institution de mieux réguler les investissements de pays tiers dans les secteurs stratégiques, d'étendre la stratégie relative aux compétences à de nouveaux secteurs industriels (construction, sidérurgie, papier, énergies renouvelables, industrie manufacturière et transport maritime).
Enthousiasme modéré du côté du Parlement et de l’industrie
Pour le député européen Édouard Martin (S&D, français) le compte n’y est pas. « C’est creux, il n’y a rien », a-t-il confié à EUROPE. Pour lui, « ce texte n’est qu’une liste à la Prévert et vise à combler un vide ». Aux yeux du député européen, le discours du président de la Commission, Jean-Claude Juncker, sur l’état de l’Union, a mis en avant une contradiction : celle de multiplier les accords commerciaux tout en voulant protéger les industries. « Ce qu’il nous faut, c’est une modification des traités pour pouvoir créer des champions européens afin de concurrencer la mondialisation et certains mastodontes mondiaux, notamment en Chine », a-t-il conclu.
Contacté par EUROPE, le responsable des politiques économiques et fiscales auprès de l’UEAPME, Gerhard Huemer, a dit avoir l’impression que la Commission n’était pas convaincue de la nécessité d’adopter une véritable stratégie holistique. Il a néanmoins apprécié certains points de la stratégie qui représente « un bon point de départ », notamment la mention claire aux PME et celle d’une responsabilité partagée des régions et des États membres dans la politique industrielle. M. Huemer a salué le projet de créer une Journée de l’industrie et a dit souhaiter voir également la création d’une Journée pour les PME.
Du côté de BusinessEurope, la communication de la Commission est considérée comme une « première étape ». L’organisation voit notamment d’un bon œil la création d’une 'Table ronde de haut niveau'. L’organisation insiste cependant sur la nécessité d'élaborer une série d’indicateurs afin de mieux définir les politiques industrielles européennes. (Pascal Hansens)