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Bulletin Quotidien Europe N° 11864
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CARTE BLANCHE / MÉditerrannÉe

De jeunes super-héros construisent l’avenir - par Nada Al-Nashif, Directrice Générale Adjointe des Sciences Humaines et Sociales à l’UNESCO

Et si les super-héros n’existaient pas seulement dans les bandes dessinées ? Et si certains d’entre eux vivaient au sud de la Méditerranée, là où, dans la réalité, 30 millions de jeunes sont confrontés à des défis difficiles à surmonter ? Beaucoup de jeunes de la région pourraient se décourager mais ils affrontent ces défis, afin de créer un avenir meilleur.

Sur le terrain, ces jeunes travaillent avec des décideurs locaux pour renouveler les politiques publiques. Ils diffusent des émissions et mènent des campagnes de sensibilisation pour forger les opinions et faire entendre leurs revendications. Par l’innovation et l’entreprenariat, ils construisent des solutions. Ce sont, eux, les nouveaux super-héros, qui luttent contre les conflits, le chômage, l’exclusion et la discrimination, avec le soutien de l’Union Européenne et de l’UNESCO.

Il y a trois ans, l’Union Européenne offrait à l’UNESCO un financement afin de mettre en place les « Réseaux de la Jeunesse Méditerranéenne » (NET-MED Youth) en Algérie, Égypte, Israël, Jordanie, Liban, Libye, Maroc, Palestine, Syrie et Tunisie. La première phase du projet étant arrivée à son terme, il est temps d’en évaluer l‘impact.

En se fondant sur l’expertise et les valeurs de l’UNESCO, le projet met en œuvre certaines priorités fondamentales de l’UE vis-à-vis de ses voisins du Sud. Les jeunes femmes et hommes impliqués dans le projet ont créé et réformé des lois nationales sur la jeunesse. Ils ont établi des associations et collaboré avec plus de cent plateformes de médias nationales et alternatives afin de faire entendre leur voix. Ils ont réorienté les stratégies d’emploi, créé leurs propres activités et changé de carrières professionnelles. Ils ont développé de nouvelles opportunités pour les autres jeunes ou leurs communautés.

Au départ de 150, le réseau représente aujourd’hui plus de 4 000 jeunes femmes et hommes disposant du savoir-faire nécessaire pour évoluer et améliorer la situation.

C’est notamment le cas de Rita, 17 ans, qui se demandait : « Est-ce que la communauté peut construire l’avenir de la jeunesse ? Ou est-ce que la jeunesse devrait construire sa communauté ? »

Rita a rejoint 40 autres jeunes Libanais lors d’une formation de cinq mois sur la gouvernance locale, la participation, le droit municipal et la communication. Rita et ses camarades ont fait un grand pas en avant. Ils ont élu une commission afin de mener les travaux de leur nouveau Conseil des Jeunes pour l’Union des Municipalités, une instance où la jeunesse a son mot à dire dans la prise de décision publique locale et peut créer des projets locaux. Une première au Liban !

Comme Rita, Fatma, 25 ans, et d’autres jeunes Libyens ont milité pour la prise en compte de leurs intérêts dans la nouvelle constitution libyenne. Ils avaient une demande concrète : les jeunes doivent être inclus dans les processus de paix et de gouvernance démocratique. Ce qui semblait être une tâche impossible s’est transformée en une initiative fructueuse, où des parlementaires et des jeunes ont engagé un dialogue constructif. La procédure de rédaction de la nouvelle constitution est de nouveau à l’ordre du jour.

De même manière, la vie de Motaz, un photographe palestinien de 27 ans, s’est transformée lorsqu’il a acquis de nouvelles compétences sur les médias, la culture informationnelle, la liberté d’expression, la production de contenu média et les campagnes de communication. Motaz a découvert le pouvoir de l’image, son utilité et l’histoire qu’il transporte. Il a monté son entreprise, un studio d’art visuel, où il reçoit désormais des commandes de la part de différentes organisations internationales et institutions.

« Je n’aurais jamais pu faire cela avant », explique Motaz, « J’étais photographe amateur mais je vois les choses différemment désormais. Je suis capable de mieux décrire la réalité et d’immortaliser des histoires pour que les informations que je voie soient justes, inclusives, impartiales et dénuées de tout préjugé ».

Par leurs actions de campagne, de conviction, de négociation et de recherche, ces jeunes ont finalement mené le projet.

Ils ont démontré que les jeunes sont capables de faire évoluer les choses dans la région. Une évolution qui n’est possible que si des projets tels que NET-MED Youth continuent d’exister, grâce à la coopération entre l’UE et l’UNESCO, afin d’aider les jeunes et les décideurs publics à trouver ensemble des solutions et de faire entendre haut et fort la voix de la jeunesse. Ceci est vital pour la stabilité des pays du Sud de la Méditerranée mais également de l’Europe.

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