*** PASCAL BONIFACE : Comprendre le monde. Les relations internationales expliquées à tous. Armand Colin (11 rue Paul Bert, F-92240 Malakoff. Internet : http://www.dunod.com ). Collection « Comprendre le monde ». 2017, 304 p., 19,90 € (France), 22,35 € (Belgique). ISBN 978-2-200-61708-0.
Par ce livre qui en est à sa quatrième édition, Pascal Boniface apporte la preuve qu’il est possible de traiter des relations internationales en termes simples, « sans jargon ni réduction à des choix binaires entre le bien et le mal, entre ceux qui ont raison et ceux qui ont tort, entre ‘eux’ et ‘nous’ ». Ce spécialiste français de géopolitique qui est directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques tout en enseignant à l’Institut d’études européennes de l’Université Paris 8 s’y révèle maître pédagogue. Quelle influence le monde extérieur a-t-il sur notre vie quotidienne ? Quels sont les rapports de force internationaux qui se jouent sous nos yeux ? Quels sont les grands défis globaux à relever et les menaces auxquelles faire face ? Quels sont aussi les débats d’idées à l’échelle internationale ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles sont apportées des réponses à la fois fiables et précises, mais aussi compréhensibles pour le commun des mortels.
L’auteur consacre la première partie de l’ouvrage au cadre de la vie internationale en passant tour à tour en revue les réalités et limites de la mondialisation, les acteurs internationaux, la puissance internationale, les institutions du niveau mondial (Organisation des Nations unies, Fonds monétaire international, Banque mondiale, Organisation mondiale du commerce, G20, Cour internationale de justice) et, enfin, ce qui se cache derrière l’appellation « communauté internationale ». Il s’attaque ensuite aux « puissances » que sont l’Europe (« puissance ou espace ? », s’interroge-t-il), les Etats-Unis, l’Asie qui pourrait être le « nouveau centre du monde », la Russie qui est de retour, l’Amérique latine à l’heure de « l’enracinement démocratique », l’Afrique qui entre enfin dans la mondialisation et le monde arabe, toujours écartelé entre « crises et conflits ». Dans la troisième partie, il décrypte les défis globaux que sont le réchauffement climatique, la démographie et les migrations, les déséquilibres économiques internationaux, la sécurité internationale, ce panorama étant ponctué par les armes nucléaires et de destruction massive, lesquelles oscille entre « prolifération et dissuasion ». Enfin, la dernière partie du livre est consacrée au « débat sur les valeurs » à la lumière de trois thèmes : la démocratie triomphe-t-elle ? ; souveraineté et ingérence ; morale et Realpolitik.
Dans le cadre de cette Bibliothèque européenne, impossible de ne pas s’arrêter quelque peu sur les pages qu’il consacre à l’Europe. Observons d’abord que, contrairement à beaucoup d’intellectuels français, Pascal Boniface se plait à voir dans la construction européenne « l’un des phénomènes majeurs du XXe siècle » et « l’un des plus beaux exemples de réussite du volontarisme politique », ce qui l’amène notamment à lancer : « Que des peuples qui se considéraient comme des ennemis héréditaires se soient lancés ensemble dans un processus de construction prouve que l’Histoire n’est pas écrite à l’avance, que l’on peut en modifier le cours et que la volonté politique en reste l’élément déterminant ». Il serait judicieux que les dirigeants actuels s’en souviennent, en particulier le président Macron qui, indirectement, se trouve invité à ne pas commettre les mêmes erreurs que les présidents de Gaulle et Mitterrand lorsqu’ils ont voulu renforcer l’autonomie stratégique européenne : « (...) la nature plus franco-française que franco-européenne de ce projet a contribué à ce qu’il soit perçu en dehors de l’Europe et en interne comme visant plutôt à remplacer l’hégémonie américaine par une influence française qu’à développer un réel projet européen ». Et l’auteur de rappeler judicieusement que, en particulier en matière de défense, l’Europe ne peut être « la France, l’Allemagne ou le Royaume-Uni élargi, mais la construction négociée d’un ensemble politique ». Ce qui semble relever de l’évidence ne relève hélas pas toujours du politiquement correct prévalant dans les cercles du pouvoir. Pourtant, lorsqu’il disserte sur l’état de la démocratie, Pascal Boniface peut-il vraiment y être inaudible lorsqu’il glisse qu’il existe peut-être « un risque de voir une dilution de la citoyenneté dans le marché, ou le poids de l’argent et/ou des lobbies devenir prédominant » ? Michel Theys
*** IOANNIS MAZIS : Analyse métathéorique des relations internationales et de la géopolitique. Le cadre du néopositivisme. Editions Papazisi (2 rue Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél. : (30-210) 3822496 – fax : 3809020 – Courriel : papazisi@otenet.gr – Internet : http://www.papazisi.gr ). 2015, 410 p., 29,68 €. ISBN 978-960-02-3155-7.
Ce livre du géographe Ioannis Mazis, professeur à l’Université d’Athènes, constitue une première tentative d’établir un bilan des points spécifiques et essentiels – du point de vue épistémologique, et donc métathéorique – de la soi-disant « Théorie internationale » ou, plutôt, des « Théories internationales », telles que les appellent arbitrairement leurs auteurs ou partisans. Les guillemets qui entourent les termes « Théorie » et « Théories » sont utilisés pour préparer les lecteurs au désaccord total de l’auteur à ce que les diverses approches existantes et concurrentes de l’étude du devenir international, tant positivistes que néopositivistes, puissent revêtir le titre de théorie, bref prétendre être une « science des Relations internationales » autonome avec des fondements néopositivistes solides du point de vue épistémologique. Son approche pourrait contribuer à l’étude, à l’enseignement et à la recherche du devenir international d’un triple point de vue : a) de celui de l’enseignement du secteur cognitif des ‘Relations Internationales’, de la ‘Politique internationale’, mais aussi du triangle cognitif ‘Géographie – Géopolitique – Géostratégie’, ce parce qu’il est, selon le Pr. Mazis, absolument indispensable de clarifier des notions fondamentales d’ontologie, de théorie et de méthode scientifiques au bénéfice des étudiants ; b) du point de vue de la philosophe de la science, l’auteur veut rendre possible la reconnaissance – par les professionnels – d’une juste appréciation des résultats de l’application de la Théorie en liaison avec ce qui précède, ni trop tôt (période précoce), ni trop tard (période tardive), tant il est vrai que l’application inappropriée d’une théorie scientifique, aussi cohérente puisse-t-elle être, aboutissent à des tragédies socioéconomiques et politiques. A ses yeux, la bonne méthodologie de recherche se doit d’identifier, de délimiter et de prévoir (si cela s’avère statistiquement possible) la distinction de cette phase et de ces situations radicalement différentes ; c) en ce qui concerne la méthodologie de la recherche, l’ouvrage est conçu pour contribuer à l’analyse critique des aventures des méthodes appliquées qui ont contribué à l’hypothèse de la recherche, les étudiants état ainsi invités à inventer de nouvelles voies ou, du moins, à améliorer les choix existants, mais en sachant toutefois que le « discours internationaliste de la vérité » ne sera pas interprété avec précision avant, au mieux, leur intervention. (AKa)
*** LINDA WITTOR : Democracy as an International Obligation of States and Right of the People. Peter Lang (42-50 Eschborner Landstraße, D-60489 Francfort. Tél. : (49-69) 780700 – fax : 78070550 – Courriel : frankfurt@peterlang.com – Internet : http://www.peterlang.com ). 2016, 281 p., 57,90 €, 46 £, 75,95 $. ISBN 978-3-631-67446-8.
Prolongement d’une thèse de doctorat en droit, cet ouvrage part d’un constat : la démocratie est à la fois une réalité pour certains et une aspiration pour tous les autres, aux quatre coins du monde. Son auteur a toutefois voulu préciser les choses en cherchant à voir si et comment la démocratie est définie dans le droit international et si elle joue un rôle juridique, que ce soit en faisant apparaître des obligations pour les Etats d’aller dans le sens de la démocratie ou des droits à la démocratie pour les peuples et les personnes, ou en modifiant les règles et les normes internationales à cette fin. Au fil des pages, elle fait ainsi apparaître que la démocratie n’est concrètement ni une obligation universelle des Etats ni un droit pour les peuples et les gens, mais qu’il existe bel et bien des lois régionales à cet égard et qu’une loi universelle sur la démocratie se développe. Afin de clarifier la question de savoir si un droit international à la démocratie peut jouer un rôle dans le système du droit international ou si ce serait une impasse, l’auteure examine comment un tel droit pourrait mettre en cause des règles existantes telles que l’interdiction de l’usage de la force ou d’une intervention. En guise de conclusion, Linda Wittor observe notamment que les deux sources principales du droit international ne génèrent pas « un droit à la démocratie similaire aux droits de l’homme individuels ou au droit à l’autodétermination ». Par contre, la marche vers la démocratisation du monde est en cours, seuls les désaccords persistants sur la forme démocratique et les processus démocratiques à privilégier interdisant que l’on puisse crier victoire. (PBo)
*** Politica Exterior. Editions Estudios de Politica Exterior (49 Nuñez de Balboa, E–28001 Madrid. Tél. : (34-91) 4312628 – fax : 5777252 – Courriel : revista@politicaexterior.com – Internet : http://www.politicaexterior.com ). Mars/avril 2017, n° 176 p., 13 €.
Ce numéro d’une revue espagnole de qualité contient notamment des articles sur les Etats-Unis de Donald Trump, notamment à la lumière des institutions fortes qui brideront son action et des relations du pays avec le Mexique. C’est toutefois l’Union européenne qui fait l’objet du plus d’attention, avec notamment un éditorial au titre éloquent : « Le projet européen a-t-il touché le fond ? » Cette question annonce un dossier très complet sur la question à l’occasion du 60ème anniversaire du traité de Rome. Le Pr. Bichara Khader observe à cet égard que la logique de solidarité et d’intégration qui prévalait à l’origine a aujourd’hui cédé la place à des revendications de souveraineté et à l’expression de mécontentements. D’autres contributions se révèlent un peu plus optimistes, le politologue Almut Möller soulignant par exemple la détermination que manifeste Berlin de protéger l’Union tandis que le diplomate espagnol Jorge Dezcallar va jusqu’à présenter le Brexit comme une... « opportunité pour l’Europe ». D’autres regards sont notamment portés sur « l’époque décisive pour la défense européenne » que nous vivons actuellement. (MT)
*** ANAHIT BABAYAN : Armenia on the Horizon of Europe. Successes and Shortcomings of Democratization Efforts by European Organizations in a Post-Soviet State. Peter Lang (42-50 Eschborner Landstraße, D-60489 Francfort. Tél. : (49-69) 780700 – fax : 78070550 – Courriel : frankfurt@peterlang.com – Internet : http://www.peterlang.com ). Collection „Societies and States in Transformation“, n° 21. 2015, 199 p., 42 €, 34 £, 54,95 $. ISBN 978-3-631-66035-5.
Prolongement d’une thèse de doctorat soutenue à l’Université de Leipzig, cet ouvrage propose un examen critique des résultats obtenus par les organisations européennes – l’Union européenne à travers sa politique de voisinage, le Conseil de l’Europe et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe – qui ont voulu encourager la démocratie en République d’Arménie. Anahit Babayan a tout particulièrement cherché à vérifier dans quelle mesures les réformes et les recommandations qu’elles ont avancées une fois l’Arménie indépendante ont été acceptées et ont été concrétisées. En raison de certains chevauchements des actions menées par les trois organisations, le succès n’a pas été optimal, tant il est vrai que des effets négatifs ont été également relevés. Son évaluation s’est terminée à la fin de 2013, soit avant que l’Arménie ne rejoigne l’Union douanière eurasienne et, par conséquent, ne retombe dans la zone d’influence de Moscou. Cette évolution ne remet toutefois absolument pas en cause l’hypothèse de travail initiale de l’auteure, à savoir que, « pour l’Arménie, aucun processus d’intégration européenne ne peut être réalisé sans que soit trouvé un équilibre entre sa dépendance à l’égard de la Russie et son inclinaison vers l’Occident ». (PBo)
*** MICHALIS CHAROKOPOS : Dimensions internationales des politiques de l'Union européenne pour le gaz naturel et les transports aériens. Les institutions, les intérêts et les idées. Editions Papazisi (2 rue Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél. : (30-210) 3822496 – fax : 3809020 – Courriel : papazisi@otenet.gr – Internet : http://www.papazisi.gr ). 2015, 426 p., 23,43 €. ISBN 978-960-02-3015-4.
L'action extérieure de l'Union européenne fait aujourd'hui régulièrement l'objet d'analyses théoriques et d’études empiriques qui cherchent à évaluer l'image de l’Union à l’extérieur et à déterminer les résultats qu’elle obtient au niveau international. Il arrive toutefois que des conclusions tirées au terme de travaux de recherche, pour pertinentes qu’elles soient, ne tiennent pas assez compte du processus de formation de la politique de l'Union dans les différents domaines de l'action extérieure. Cette étude part du principe que cette lacune doit être comblée en veillant à prendre en compte les spécificités de chaque région et/ou champ d'action extérieure. Le Pr. Michalis Charokopos (Ecole Polytechnique d’Athènes) montre l’exemple à suivre en évaluant l'action extérieure de l'Union dans le gaz et le transport aérien en jaugeant ses performances de l’élaboration des politiques aux résultats concrets auxquelles elles conduisent, notamment pour ce qui est de l’influence sur l’environnement extérieur. (AKa)
*** Südosteuropa Mitteilungen. Südosteuropa-Gesellschaft (49 Widenmayerstrasse, D-80538 Munich. Tél. : (49-89) 212154-0 – fax : 2289469 – Courriel : info@sogde.org – Internet : http://www.sogde.org ). 2017, 114 p., 12 €. Abonnement annuel : 60 €.
Ce numéro de Südosteuropa Mitteilungen s’intéresse notamment à ce qui fonde le pouvoir de Victor Orbán en Hongrie, Gregor Mayer expliquant que sa mainmise s’assoit sur une « capture complète de l’appareil d’Etat et de ses institutions », sur sa domination du monde des médias et, enfin, sur les oligarques dont la bonne fortune dépend uniquement de lui. Aux yeux de cet auteur, rien ne permet d’espérer que son ‘règne’ puisse prendre fin à l’occasion des législatives du printemps prochain. Il revient aussi sur l’attitude adoptée par la Hongrie lors de la crise des réfugiés, ce qui est le thème sur lequel se focalisent deux autres auteurs, lesquels jugent que la décision d’Orbán de réduire la politique relative aux réfugiés à une simple question de sécurité a visé à caresser ses électeurs dans le sens du poil. Une autre contribution – rédigée en langue allemande, comme les autres – est consacrée aux « nouvelles formes de gouvernance autoritaire » qui voient aussi le jour en Serbie, en Macédoine et en Turquie, Vedran Dzihic se demandant notamment si et dans quelle mesure celles-ci pourraient être liées au peu d’empressement que met l’Union européenne à leur ouvrir ses portes. (MT)