La semaine s’annonçait calme. L’UE se félicitait de sa « totale unité » affichée sur les lignes directrices du Brexit, et le Royaume-Uni se laissait distraire par ses prochaines élections législatives.
Pourtant, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a été contraint d’intervenir en appelant à « la discrétion, la modération, le respect mutuel et un maximum de bonne volonté », après les propos animés échangés entre Londres et Bruxelles.
Le Premier ministre britannique, Mme Theresa May, a accusé l’UE de nuire délibérément aux élections en « durcissant » sa position sur le Brexit. Cette sortie a fait suite à la parution d’articles affirmant que le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, avait jugé « fantaisistes » ses attentes concernant les prochaines négociations (EUROPE 11779).
Vendredi, à Florence, M. Juncker a poursuivi en déclarant que l’anglais « perdait de son importance » avant de se lancer dans un discours en français dans lequel il accusait le Royaume-Uni d’« abandonner » l’UE (voir autre article).
« Ces négociations sont déjà assez difficiles », a averti M. Tusk. « Si nous commençons à nous disputer avant qu’elles ne débutent, elles deviendront impossibles. Les enjeux sont trop élevés pour nous laisser déborder par nos émotions ».
Le Médiateur européen, Mme Emily O’Reilly, a comparé l’UE et le Royaume-Uni à des boxeurs ou des lutteurs qui se font face avant leur confrontation. « Cette situation me fait penser aux instants qui précèdent un match de boxe ou un combat de lutte. Lors de la pesée, les adversaires s’affrontent et se lancent des insultes. Ensuite, le match commence », a déclaré Mme O’Reilly à EUROPE. « Mais vous ne pouvez pas poursuivre des négociations sur ce ton ».
Elle prône un maximum de transparence au cours des prochaines négociations, ce qui profitera, selon elle, aux deux parties. « Alors que, pour l’instant, encore 28 États membres, ayant tous des programmes et des intérêts différents, sont impliqués, et qu’ils doivent partager tant de documents, il ne fait aucun doute que des éléments seront divulgués », a-t-elle observé.
« Il est donc préférable de tout mettre à plat ici à votre manière plutôt que d’attendre. Lorsque la traçabilité s’avère difficile, il est plus facile de divulguer », a-t-elle ajouté. « J’ai dit à l’un de mes collègues : 'L’ennemi de mon ennemi est mon ami', et je pense que c’est ainsi que la transparence est considérée au sein des institutions européennes », a-t-elle précisé.
L’UE a déjà publié le projet et la version finale de ses lignes directrices de négociation (EUROPE 11778), ainsi que d’autres textes de négociation plus détaillés qui doivent encore être signés par les ministres européens. Ces documents ont révélé les divergences qui existent entre l’UE et le Royaume-Uni, aussi bien en termes de contenu que de calendrier. Dans ce contexte, les Britanniques espèrent encore aboutir d’ici juin à un accord sur les citoyens et débuter les négociations sur un futur accord commercial parallèlement à l’accord de sortie.
Michel Barnier, le négociateur en chef du Brexit pour l’UE, a déclaré cette semaine que le Royaume-Uni « devra consacrer une énergie considérable » pour apaiser l’UE en ce qui concerne les droits des citoyens, le règlement financier et les frontières avant que cela ne soit possible (EUROPE 11780). Et malgré son insistance à ne pas se laisser « guider par des émotions ou de l’hostilité » durant les négociations, la semaine écoulée a démontré que les choses pouvaient rapidement tourner au vinaigre. (Version originale anglaise par Sarah Collins)