Le négociateur en chef de l'UE pour le retrait du Royaume-Uni, Michel Barnier, a souligné, vendredi 5 mai, l'ampleur de la tâche consistant à préserver les droits de 4,4 millions de citoyens (3,2 millions d'Européens vivant au Royaume-Uni et 1,2 million de Britanniques résidant dans l'UE) après le Brexit.
« Nous devons d'abord nous occuper des droits des citoyens et du retrait ordonné du Royaume-Uni », a déclaré M. Barnier, lors de la conférence sur l'état de l'Union organisée par l'Institut européen de Florence (voir autre nouvelle). Et d'ajouter : « C'est une exigence politique : nous ne discuterons pas de notre relation future avec Londres tant que les Ving-sept ne seront pas assurés que tous les citoyens seront traités convenablement et humainement. Sinon, il ne saurait y avoir de confiance suffisante pour bâtir une nouvelle relation ».
Le dirigeant politique français, qui s'est exclusivement exprimé en anglais, a cité de nombreux cas concrets qui devront être traités dans les négociations qui s'ouvriront mi-juin, si Mme May est reconduite au pouvoir au Royaume-Uni. À partir de la date effective du Brexit et pour toute la vie future des citoyens concernés, il faudra, par exemple, garantir le droit aux allocations de chômage d'un ouvrier polonais du secteur automobile qui déciderait de retourner dans son pays pour chercher du travail. Même chose pour le droit à la pension d'une veuve espagnole d'un Britannique ou pour le droit d'un designer écossais ayant travaillé 10 ans en Hongrie et finissant sa carrière au Royaume-Uni à mutualiser ses droits de retraite. Et si la fille de cet Écossais décidait de demeurer étudier à Budapest, elle devrait bénéficier des mêmes droits qu'un étudiant hongrois !
Rappelant que les Vingt-sept ont fait de cette question « une priorité » (EUROPE 11778), l'ancien commissaire au Marché intérieur prédit que la préservation des droits des citoyens sera « facile et complexe à la fois ». Selon lui, l'Union et le Royaume-Uni marqueront facilement un accord sur des principes fondamentaux, mais auront plus de difficultés à coucher « soigneusement ces principes sur un texte juridiquement précis ».
M. Barnier a listé plusieurs principes qui devront, selon lui, être affirmés : - le niveau de protection garanti par le droit communautaire ne pourra pas être affaibli ; - l'égalité de traitement pour les 4,4 millions de personnes affectées ; - la compétence de la Cour de justice de l'UE pour faire respecter les droits des Britanniques dans l'UE et des citoyens des Vingt-sept résidant au Royaume-Uni.
S'exprimant dans un panel ultérieur, la commissaire européenne à la Justice, Věra Jourová, a constaté l'ironie selon laquelle la sortie d'un pays de l'Union européenne permettra aux gens de se rendre compte de l'étendue des droits que confère la citoyenneté européenne. (Mathieu Bion)