La Commission européenne abordera à nouveau, ce mercredi 26 avril, les réformes controversées du Premier ministre hongrois, Viktor Orbán.
Il est possible qu’elle décide d’ouvrir une procédure d’infraction à l’encontre de la Hongrie pour sa loi relative aux universités étrangères (contraintes d’avoir un campus dans leur pays d’origine) qui met en cause la survie de l’Université d’Europe centrale fondée par le milliardaire Georges Soros, bête noire de Viktor Orbán, selon nos informations (EUROPE 11767).
Le recteur de cette université, Michael Ignatieff, a multiplié les contacts bruxellois, depuis le début de la semaine.
Lundi 24 avril, il a discuté des récents développements en Hongrie avec le 1er vice-président de la Commission, Frans Timmermans. Le commissaire Moedas, chargé de la recherche, des sciences et de l'innovation, a, quant à lui, exprimé ses inquiétudes pour “la communauté scientifique”.
Le message de M. Ignatieff est simple : l’Université d’Europe centrale bénéficie de plusieurs soutiens financiers et ne reçoit aucune directive de Georges Soros. « On n’est pas une organisation politique, on n’est pas une ONG, on n’a jamais contesté le gouvernement », a-t-il dit mardi, lors d’une discussion publique avec certains députés européens, notamment le chef du groupe ADLE, le Belge Guy Verhofstadt, l’Allemande Gabi Zimmer, qui préside le groupe GUE/NGL, ou encore le Belge Philippe Lamberts, co-président du groupe des Verts/ALE.
Pour ce dernier, la loi de Viktor Orbán ne trouve pas son inspiration dans l'UE, mais ressemble plutôt à une initiative que pourrait prendre le gouvernement russe.
L’ambassadeur hongrois à Bruxelles, Zoltan Nagy, avait expliqué lundi, lors d’un débat à l’Université libre de Bruxelles, que la nouvelle loi faisait suite à une étude sur une vingtaine d’universités étrangères basées en Hongrie qui avait révélé des irrégularités. M. Ignatieff avait répondu que c’était faux et que, même si cela avait été vrai, il aurait fallu entamer des procédures devant la justice et non changer les lois. Il a dit mardi avoir appris le 28 mars le dépôt de cette loi sans consultation préalable, sans préavis. Il n’y a pas de menace existentielle sur son université, a-t-il encore expliqué, mardi. Les soutiens financiers ne laisseront pas tomber cette université. Des capitales lui ont d’ailleurs proposé de l’accueillir, notamment Vilnius, mais il veut « rester à Budapest ». Il a souligné le fait que la liberté académique n’avait plus été mise à l’épreuve en Europe depuis les années 50. Enfin, M. Ignatieff a espéré que 'Bruxelles' entendrait son appel.
Mercredi, donc, la Commission pourrait décider de lancer une procédure d’infraction à l'encontre de la Hongrie. Le 12 avril dernier, Frans Timmermans avait dit qu’à première vue, il se pouvait que la loi sur les universités contrevienne au principe de libre circulation des services et au droit d’établissement.
Une autre réforme prévue par le gouvernement hongrois concerne la transparence du financement étranger des ONG. Cette réforme n’a pas été votée, l’action de la Commission visera donc plutôt à tenter d’en modifier le cours avant qu’elle ne le soit.
Enfin, on attend que la Commission réponde de façon détaillée au questionnaire 'Stop Bruxelles', transmis à tous les ménages hongrois. À la Commission, on ne dit pas encore si cette réponse sera prête ce mercredi.
Quoi qu’il en soit, Viktor Orbán s'adressera mercredi après-midi aux députés européens, qui l’attendent de pied ferme. Il devra probablement réitérer ses explications face à ses homologues du PPE, samedi matin, alors que plusieurs voix s’élèvent pour réclamer que le parti suspende ou exclue le Fidesz. (Élodie Lamer)