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Bulletin Quotidien Europe N° 11673
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / Turquie

États membres, Commission et Parlement s’opposent sur le gel des négociations d’adhésion

Alors que la Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, a insisté sur la nécessité de garder tous les canaux de communication ouverts avec la Turquie, la majorité des groupes politiques du Parlement européen (PE) s'est prononcée en faveur d’un gel des négociations d’adhésion avec Ankara tant que la situation sur place ne s’améliore pas. Ils ont dénoncé les violations des droits de l'homme et de l'État de droit.

« Il y a une quasi-unanimité pour dire qu’il faut geler les négociations et introduire un certain nombre de conditions pour les relancer une fois que la Turquie s’y sera conformée », a résumé le président du groupe ADLE au PE, Guy Verhofstadt (belge). Même son de cloche au PPE. « Nous devons être clairs dans nos paroles, il ne faut pas regarder la situation les bras croisés. Je souhaite que les discussions (d’adhésion) soient pour le moment gelées (…) il n’est pas possible de mener un dialogue avec la Turquie dans la situation actuelle », a expliqué son président Manfred Weber.

Pour le Britannique Syed Kamall, président du groupe CRE, il faut un dialogue « franc et ouvert » avec la Turquie. « Comme d’autres groupes, le CRE a des membres qui sont en faveur, opposés ou sans opinion sur la question de l'adhésion. Mais nous pouvons tous voir que la relation actuelle ne fonctionne pas », a-t-il estimé, ne souhaitant pas non plus une relation fondée sur de fausses promesses, mais sur de l’honnêteté. « Construisons une nouvelle relation fondée, non pas nécessairement sur l'adhésion à l'UE, mais sur une coopération réelle », a-t-il ajouté. Quelques députés ont demandé un arrêt complet des négociations.

Rebecca Harms, la coprésidente des Verts a appelé à ne pas interrompre le dialogue, tout en ajoutant que l’« on ne peut pas poursuivre les relations avec la Turquie comme s’il ne s’était rien passé ». Elle a précisé que lors de ses discussions avec l’opposition et les dissidents turcs, ceux-ci avaient lancé un appel pour maintenir la voie du dialogue. « Il faut geler les discussions, envoyer un signal fort au président Erdogan : ‘Ne suivez pas cette voie, ne continuez pas la répression politique, ne foulez pas aux pieds les droits, faites demi-tour dans l’intérêt de votre peuple’ », a souligné le président du S&D Gianni Pittella (italien), tout en ajoutant qu’il fallait laisser la porte ouverte au dialogue dans l’espoir de redémarrer les discussions dans un futur proche. Issue du S&D, la Néerlandaise Kati Piri, rapporteur sur la Turquie pour le PE, a estimé que M. Erdogan ne donnait pas d’autres choix que le gel des négociations. « Cela ne signifie pas que l’on devrait mettre fin au dialogue, mais on est à un moment où les discussions sur l’intégration ne sont plus crédibles », a-t-elle poursuivi. Pour elle, « si nous prenons nos valeurs au sérieux, nous devons envoyer un signal fort et nous attendons que le Conseil européen fasse de même en décembre ».

De son côté, la Haute Représentante a rappelé que « pour renforcer la démocratie en Turquie, le meilleur moyen est de continuer à s’impliquer et à garder toutes les voies de communication ouvertes ». En clôture du débat, le commissaire aux Négociations d’élargissement, Johannes Hahn, a rappelé que le Conseil des Affaires étrangères du 14 novembre avait montré que « les États membres n’étaient pas prêts à prendre une décision radicale, mais qu’ils misaient sur l’engagement » (EUROPE 11667).

Le Parlement européen devrait voter, jeudi 24 novembre, une résolution sur la Turquie, demandant le gel des négociations d’adhésion. Selon le cadre de négociation UE-Turquie, seul le Conseil peut formellement suspendre les négociations d’adhésion.

Sans même attendre la fin du débat, la délégation de la Turquie auprès de l’UE a dénoncé les discussions. Ce débat « témoigne de comment les fausses vérités dépassent la réalité. (Il n’y a) pas d’empathie et pas d’intérêt pour le dialogue. (C’est) très inquiétant », a ainsi tweeté la délégation. (Camille-Cerise Gessant)

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