L’ancien commissaire à l’Industrie, M. Antonio Tajani (2010-2014) n’a pas remis en cause un seul instant son mandat et a défendu pied à pied son bilan, lundi 5 septembre, devant la commission d’enquête du Parlement européen (EMIS) sur le scandale Volkswagen.
« En résumé, je n’ai jamais reçu aucune preuve ou information au sujet de dispositifs d’invalidation utilisés par les constructeurs automobiles pour trafiquer les émissions », a ainsi déclaré d’emblée l’ancien commissaire. Il a rappelé avoir mis en oeuvre « sans délai » le développement de tests d’émission en conditions réelles. En outre, la Commission « a beaucoup travaillé » pour renforcer la surveillance des marchés, a-t-il ajouté. Selon lui, toutes les actions qu’il a entreprises ont été faites de manière « ouverte, transparente, et participative ». Plus tard, lors des échanges, l’ancien commissaire déclarera même qu’il a toujours fait « prévaloir les intérêts du citoyen sur les intérêts des industries », se posant comme le commissaire porteur du transport vert « zéro émission ».
À la suite de l’avis du Centre commun de recherche (CCR) favorable au développement d’une nouvelle procédure pour mesurer les émissions en conditions réelles (‘Real Driving Emissions’ – RDE), l’ancien commissaire a affirmé avoir réagi au plus vite en mettant sur pied, dès janvier 2011, un groupe de travail, CARS 21, comprenant tous les acteurs possibles (7 commissaires européens, 9 ministres nationaux, des représentants de l’industrie, des syndicats et des ONG). Il a également rappelé la présentation du plan d’action CARS 2020 suivi d’une initiative en novembre 2012. Enfin, M. Tajani a indiqué qu’à la fin de son mandat, en avril 2014, il avait présenté aux États membres une feuille de route en vue d’introduire une nouvelle législation et une nouvelle procédure RDE. Et l’ancien commissaire de conclure : « le travail a été fait dans les temps, sans délai, avec une grande détermination et dans le cadre du règlement 715/2007 et du calendrier de CARS 2020 ».
Une appréciation qui n’a pas a été partagée par un certain nombre de parlementaires. Le co-rapporteur libéral, Gerben-Jan Gerbrandy (néerlandais), a ainsi mis le doigt sur l’extrême lenteur de la prise de décision, une lenteur « politique » et non « technique », à ses yeux. « Le calendrier a été approuvé par le PE », a rétorqué M. Tajani, ajoutant qu’aucune institution ne lui avait demandé d’accélérer le pas. Et d’ajouter plus tard qu’il avait fallu 8 ans pour développer un système de PEMS ('Portable Emissions Measurement System' - PEMS), les dispositifs de mesures d'émissions embarqués, et seulement trois ans pour les véhicules.
L’ancien commissaire n’a cédé sur aucun point. Contrairement à ce qu’avait pu reconnaître son ancien collègue et commissaire à l’environnement, Janez Potocnik (EUROPE 11616), il a réfuté tout conflit avec la DG Environnement, malgré les lettres qui tendraient à prouver le contraire. Enfin, il a assuré à maintes reprises n’avoir jamais entendu parler des dispositifs d’invalidation.
Contactée par EUROPE, la présidente de la commission EMIS, Kathleen van Brempt (S&D, belge) a regretté l’attitude du commissaire, qui aurait gagné en crédibilité en reconnaissant avoir pu faire davantage sur la question. Selon elle, M. Potocnik a relevé une erreur majeure : la question des émissions aurait dû relever de la DG Environnement et non de la DG Entreprises et Industrie. (Pascal Hansens)