Le projet de rapport de la commission de l'agriculture du Parlement européen sur la volatilité des prix sur les marchés agricoles contiendra un volet consacré à la « modernisation des mesures de gestion des crises », a indiqué, mardi 30 août à Bruxelles, le rapporteur sur ce dossier, Mme Angélique Delahaye (PPE, française) (EUROPE 11576).
Mme Delahaye ne souhaitait pas, au départ, évoquer dans son rapport sur la volatilité des prix les thèmes de la gestion des crises et de la formation des prix. Elle a fait machine arrière, en raison de la sévérité de la crise agricole et des nombreux amendements déposés par ses collègues de la commission de l’agriculture du PE. Ainsi, son rapport contiendra un paragraphe sur les outils de gestion de crise.
Plus de 400 amendements ont été déposés et le rapporteur espère que des amendements de compromis pourront être présentés au moment du vote en commission du PE, le 8 novembre. Le rapport sera examiné par le PE lors de la plénière de décembre.
Nicola Caputo (S&D, italien) a dit que le groupe S&D avait beaucoup travaillé sur le dossier. Il compte défendre les lignes suivantes : - il faut encourager la coopération agricole pour affronter ensemble la crise ; - il faut des aides publiques de soutien (l’aide publique agricole a diminué de 10% en Europe alors qu’elle est en hausse ailleurs dans le monde) ; - il convient de créer les bases pour mieux organiser les filières interprofessionnelles à l’échelle européenne pour « protéger les intérêts des producteurs, en particulier ceux qui produisent pour des marchés transnationaux » ; - il faut prévoir des instruments de gestion du risque (assurances pour mutualiser les risques). M. Caputo a encore défendu le besoin de mesures contra-cycliques. Il a, enfin, demandé d’élargir aux secteurs des fruits et légumes et de l’huile d’olive le champ de compétence de l’observatoire européen des prix.
Pour Ramón Luis Valcarcel (PPE, espagnol), il est urgent de prévoir des instruments de stabilisation des marchés, pour renforcer les organisations de producteurs et leur donner suffisamment de force pour se défendre contre les pratiques abusives de la grande distribution. « Il est nécessaire d’envoyer le message suivant : il faut réguler les pratiques commerciales déloyales », a-t-il conclu.
Maria Lidia Senra Rodriguez (GUE/NGL, espagnole) a reproché à l’UE de « tourner autour du pot, alors que des milliers d’exploitations disparaissent ». Elle ne croit pas trop en l'utilité des instruments de gestion de crises et a réclamé un changement de cap pour la PAC (plus grande adéquation entre l’offre et la demande et des prix suffisants offerts aux agriculteurs). Luke Ming Flanagan (GUE/NGL, irlandais) a estimé que les accords commerciaux (avec le Canada ou les États-Unis) allaient aggraver la crise.
Marc Tarabella (S&D, belge) a souligné le besoin de lutter contre les effets dévastateurs d’une hypervolatilité des prix et de prix anormalement bas dans le secteur du lait depuis 18 mois. « Si on ne régule pas, il y aura des surproductions et des sous-productions », a mis en garde Jean-Paul Denanot (S&D, français). Jan Huitema (ADLE, néerlandais) a insisté sur la nécessité d’être prudent quant à l’utilisation de l’argent public et souligné l'obligation d’améliorer la coopération dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire. Il a plaidé aussi pour des solutions structurelles.
Martin Häusling (Verts/ALE, allemand) a dit redouter que le PE fasse de belles propositions qui n’aboutiront pas à cause des réticences au niveau du Conseil. Il convient, selon lui, de réglementer les quantités, comme le lait, car ceci a une influence sur les prix. Éric Andrieu (S&D, français) a demandé la création d’une « boîte à outils de gestion des marchés ». (Lionel Changeur)