Au lendemain du sommet de l’OTAN à Varsovie (8-9 juillet) où furent pris des arrangements sécuritaires pour l’Afghanistan et en amont de la conférence des donateurs pour l’Afghanistan, prévue mercredi 5 octobre à Bruxelles, les attentes européennes pour ce rendez-vous international sont élevées, en termes de stabilisation du pays, de mise en œuvre du programme de développement national, de coopération régionale et de partenariat pour la coopération au développement du pays.
Les représentants du Service européen pour l’action extérieure (SEAE) et de la Commission européenne les ont présentées aux députés de la commission des affaires étrangères et de la sous-commission de la sécurité et de la défense du Parlement européen, mardi 30 août à Bruxelles.
Cette conférence, après celles de Bonn, Tokyo et Londres, devrait permettre à 70 organisations partenaires (dont 23 organisations internationales) et à 44 pays prêts à soutenir le pays de fournir des efforts complémentaires en contrepartie de réformes.
« L’Afghanistan est sorti des radars de certains en raison de crises graves dans un voisinage proche ou moins proche. C’est un foyer de tensions à stabiliser. Il conviendra d’offrir un avenir pour le gouvernement, de créer des conditions qui permettront au mieux de l’aider », a déclaré Gunnar Wiegand, directeur exécutif pour l’Asie et le Pacifique au SEAE.
La conférence comprendra notamment un volet coopération économique et un volet autonomisation des femmes.
Si des progrès ont été engrangés en Afghanistan, ils ne sont pas irréversibles. La pauvreté reste très élevée, les droits des femmes et des enfants sont une source de préoccupation majeure, le gouvernement d’unité nationale n’assure le contrôle que de deux tiers du territoire, la situation sécuritaire reste préoccupante, le pays connaît une baisse de l’activité économique et le retrait de la FIAS (force internationale d’assistance et de sécurité) a causé des pertes d’emplois. Le budget du gouvernement est financé à 30% par les bailleurs de fonds. « Nous souhaitons nouer un contrat qui fournira une marge de manoeuvre budgétaire et envisager une progression vers davantage d'autonomie », a précisé le haut fonctionnaire.
À la veille de la conférence, aura lieu, mardi 4 octobre, un dialogue sur les migrations. « Nous souhaitons signer une feuille de route pour la réadmission des migrants et espérons signer un partenariat de coopération lors de la conférence », a indiqué M. Wiegand.
Le soutien de la communauté internationale reposera sur le principe de comptes à rendre, en termes de réformes, en particulier la réforme électorale, qui doit s’accompagner d’un calendrier électoral, et la réforme constitutionnelle. En termes d’engagements financiers, la conférence pourrait réunir près de 3 milliards de dollars par an pour 2017-2020, selon les projections.
La contribution de l’UE serait quant à elle inchangée : elle souhaite maintenir son niveau de financement à près de 200 millions d’euros par an jusqu’en 2020. L’UE espère que des partenaires non traditionnels comme les pays du Golfe et la Chine s’engageront, mais elle n’est pas sûre à ce stade que le Japon s’engagera, a indiqué Pierre Amilhat, directeur au sein de la Commission (DG Coopération internationale et Développement).
« Nous souhaitons obtenir un cadre pour le développement et la paix en Afghanistan. Ce sera la clé de voute de la politique de développement du pays et permettra de justifier les engagements de la communauté internationale ». Le document préparé à cette fin, en coopération étroite avec les autorités afghanes, devrait être finalisé lors d’une réunion la semaine prochaine à Kaboul, espère la Commission. Il contiendra une liste d’indicateurs qui permettront de débattre des obligations respectives et portera sur une douzaine de programmes à long terme alignés sur des priorités nationales.
« Nous espérons une feuille de route sur la gestion des finances publiques et sur quatre programmes : la charte des citoyens (l’accès universel aux services de base), un plan de développement urbain, l’autonomisation des femmes, le développement des infrastructures ». Un programme de priorité agricole revêtira aussi de l’importance.
En marge de la conférence, l’UE aura un dialogue stratégique avec le Pakistan, dans le cadre du soutien politique à l’Afghanistan appelant, selon l’UE, à une coopération régionale. (Aminata Niang)