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Bulletin Quotidien Europe N° 11580
INSTITUTIONNEL / (ae) royaume-uni

Au PE, les forces pro-européennes veulent un lancement immédiat des négociations sur le retrait de l'UE

Bruxelles, 24/06/2016 (Agence Europe) - À l'annonce des résultats du référendum britannique, les groupes pro-européens du Parlement européen ont regretté, vendredi 24 juin, la décision des Britanniques de sortir de l'Union européenne. Ils veulent que les négociations sur un retrait du Royaume-Uni de l'Union démarrent le plus vite possible afin de minimiser l'incertitude. Plusieurs d'entre eux estiment que le séisme politique né d'un 'Brexit' doit conduire l'Europe à repenser le projet européen.

Le Parlement européen tiendra une séance plénière mardi 28 juin, a déclaré son président, l'Allemand Martin Schulz, à l'issue de la conférence des présidents des groupes. À ce titre, toutes les réunions de commissions parlementaires prévues lundi 27 juin ont été annulées. Le PE adoptera une « résolution » afin d'analyser le résultat et les conséquences de la décision des Britanniques de sortir de l'UE et de décrire quelles seront les « prochaines étapes », a ajouté M. Schulz. Il a estimé « nul et non avenu » l'accord marqué en février au Conseil européen sur de nouvelles relations entre le Royaume-Uni et l'UE (EUROPE 11495).

Les leaders du groupe PPE, l'Allemand Manfred Weber, du groupe S&D, l'Italien Gianni Pittella, du groupe ADLE, le Belge Guy Verhofstadt et du groupe GUE/NGL, l'Allemande Gabriele Zimmer, ont tous souhaité que les négociations entre le Royaume-Uni et les Vingt-Sept démarrent le plus tôt possible. « Nous ne pouvons pas attendre que les Tories nomment un nouveau Premier ministre », a estimé M. Weber, pour qui les discussions doivent démarrer « immédiatement ». Selon lui, le 'Brexit' est avant tout un problème britannique, en témoigne la chute de la livre britannique sur les marchés. M. Pittella a jugé « irresponsable » l'attitude du Premier ministre britannique, David Cameron, de reporter - après la tenue, en octobre, du Congrès des conservateurs britanniques - la notification du gouvernement britannique selon laquelle le Royaume-Uni souhaite quitter l'UE. Pour M. Verhofstadt, l'hypothèse qu'une notification du Royaume-Uni n'intervienne pas en 2016 va à l'encontre de la volonté des Britanniques et pourrait provoquer « un effet de contagion » dans toute l'Union. « Stupéfaite » par l'attitude de M. Cameron, Mme Zimmer a mis en garde contre « le sale jeu politique » du Premier ministre britannique démissionnaire. Selon elle, si le Royaume-Uni ne notifie pas sa volonté de quitter l'UE au sommet des 28-29 juin, le Conseil européen devrait décider que la date de départ des négociations de retrait (sur la base de l'article 50 du traité) soit celle du référendum, jeudi 23 juin. Et d'appuyer les voix qui s'élèvent en Irlande du Nord et en Écosse pour appeler à la tenue d'une votation pour le maintien de ces parties du Royaume-Uni dans l'UE.

Cherchant à temporiser, le chef de file du groupe CRE, Syed Kamall (britannique), qui avait appelé les Britanniques à vote 'non' (EUROPE 11510), a estimé essentiel de « montrer que nous avons un plan en place pour négocier un accord » qui permette au Royaume-Uni d'être « un bon voisin plutôt qu'un locataire réticent ». Sur le calendrier, il a jugé nécessaire de se donner du temps, notamment en raison de « la pause estivale », car, selon lui, l'important n'est pas que le processus prenne du temps mais d'avoir un bon accord.

Repenser le projet européen

Nombreux sont les députés qui qualifient les résultats du référendum britannique de cri d'alarme devant conduire les Vingt-Sept à repenser le projet européen, notamment en vue de contrer les forces eurosceptiques et europhobes qui veulent profiter du 'Brexit' pour faire triompher le même agenda chez eux.

« Une période de réflexion » doit s'ouvrir afin de nous interroger sur ce qui est nécessaire pour améliorer l'Union et notamment la rendre plus démocratique, a estimé M. Weber. Selon lui, le rôle du Parlement européen doit être renforcé. Rejetant toute idée de « funérailles pour l'Europe », M. Pittella a espéré que l'onde de choc du 'Brexit' constitue « un nouveau départ pour l'Europe ». Pour regagner la confiance des citoyens, il faut lutter contre le chômage et la marginalisation d'une grande partie de la population, mettre fin à l'austérité économique qui a été « un désastre », enrayer le dumping social et fiscal. Il a appelé de ses voeux la création d'une fonction de « ministre des Finances et du Budget » au niveau européen et à l'élection directe du président de la Commission européenne. Et d'ajouter que la famille sociale-démocrate allait lancer en septembre ou octobre une « Convention » destinée à fournir des idées en faveur d'une « intégration politique accrue » pour renforcer les politiques communes de sécurité, de défense et de gestion de la migration. Satisfait que le référendum clarifie enfin une situation incertaine ayant duré près 40 de ans, M. Guy Verhofstadt ne voit qu'une issue: repenser le projet européen en partant de l'idée originale des Pères fondateurs, avec une Europe « plus petite et moins bureaucratique » alors qu'aujourd'hui l'Europe agit toujours trop peu et trop tard à cause de la règle de l'unanimité. Il a rappelé que le Parlement européen allait produire, en octobre, trois rapports sur l'avenir de l'UE: un rapport sur les changements nécessaires sans modification des traités, un deuxième sur la gouvernance de l'Eurozone dans les décennies à venir et un troisième sur l'avenir de l'Union au-delà des traités actuels. Il est temps de trouver des réponses aux fossés grandissants qui se sont creusés entre le Nord et le Sud, et entre l'Est et l'Ouest de l'Europe, a souligné la co-présidente du groupe Verts/ALE, l'Allemande Rebecca Harms. Selon elle, le camp des pro-européens doit trouver une réponse au défi migratoire qui a servi d'épouvantail au profit des partisans d'un 'Brexit'. Quant à Mme Zimmer, elle a estimé que l'heure était davantage à la consolidation de l'édifice existant qu'à un approfondissement politique. Pour regagner le coeur des citoyens, elle a plaidé pour la mise en place d'une composante sociale dans les politiques communes, le fameux 'triple AAA social' promu par le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, mais que « l'UE n'est pas capable de concrétiser ».

Au nom du groupe 'Spinelli', Isabelle Durant (Verts/ALE, belge) a plaidé pour la mise sur pied d'une Convention rassemblant députés européens et nationaux, et impliquant la société civile en vue de transformer l'UE en véritable union politique. « Il est temps de défendre l'Europe en tant que projet politique », a-t-elle déclaré. (Mathieu Bion)

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