Bruxelles, 24/06/2016 (Agence Europe) - Le résultat du référendum britannique a, certes, un retentissement politique immédiat, mais ses effets concrets ne vont pas se faire sentir tout de suite.
C'est du moins ce que souhaite le Premier ministre britannique, David Cameron, qui a annoncé, vendredi 24 juin, sa décision de démissionner seulement au mois d'octobre. Et c'est son successeur qui aura la lourde tâche de négocier les conditions de sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, alors que ses partenaires européens ont immédiatement fait signe de vouloir avancer « au plus vite ». Voici la déclaration intégrale de M. Cameron, prononcée à l'issue des résultats définitifs du référendum:
« Le pays vient de prendre part à un gigantesque exercice démocratique - peut-être le plus grand de notre histoire. Plus de 33 millions de personnes - d'Angleterre, d'Écosse, du Pays de Galles, de l'Irlande du Nord et de Gibraltar - ont eu leur mot à dire. Nous devrions être fiers du fait que, dans ces îles, nous faisons confiance aux gens pour prendre de telles grandes décisions. Nous n'avons pas seulement une démocratie parlementaire. Sur les questions concernant les arrangements quant à la manière dont nous sommes gouvernés, il y a des moments où il est juste de questionner le peuple, et c'est ce que nous avons fait.
Le peuple britannique a voté pour quitter l'Union européenne et sa volonté doit être respectée. Je voudrais remercier tous ceux qui ont pris part à la campagne à mes côtés, y compris ceux qui ont mis de côté les différences entre partis pour parler de ce qui leur semblait être de l'intérêt national. Et laissez-moi féliciter tous ceux qui ont pris part à la campagne en faveur d'une sortie - pour un parti pris animé et passionné.
La volonté du peuple britannique est une consigne qui doit être mise en oeuvre. Cela n'a pas été une décision prise à la légère, ne fût-ce que parce que tant de choses ont été dites par tant d'organisations différentes sur la signification de cette décision. Il ne peut donc y avoir de doute quant au résultat.
À travers le monde, les gens ont regardé le choix qu'a fait le Royaume-Uni. Je voudrais rassurer ces marchés et investisseurs sur le fait que l'économie britannique est fondamentalement forte. Je voudrais aussi assurer aux Britanniques dans les pays européens et aux citoyens de l'UE vivant ici qu'il n'y aura pas de changements immédiats dans leur situation. Il n'y aura pas de changement immédiat quant à la manière dont nous voyageons, dont les biens peuvent circuler et dont nos services sont vendus. Nous devons maintenant nous préparer à une négociation avec l'UE. Cela devra nécessairement impliquer la participation pleine des gouvernements écossais, gallois et d'Irlande du Nord afin d'assurer que les intérêts de toutes les parties de notre Royaume-Uni sont protégés et mis en avant.
Par-dessus tout, cela nécessitera un leadership fort, déterminé et engagé. Je suis fier et très honoré d'avoir été le Premier ministre de ce pays pendant six ans. Je suis convaincu que nous avons fait de grands pas, avec plus de personnes au travail que jamais auparavant dans notre histoire, avec des réformes des systèmes de sécurité sociale et de l'éducation, en augmentant les opportunités des personnes, en construisant une société plus grande et plus forte, en respectant nos promesses envers les personnes les plus pauvres dans le monde et en permettant à ceux qui s'aiment de se marier quelle que soit leur sexualité. Mais, avant tout, en rétablissant la force de l'économie britannique. Et je suis reconnaissant à tous ceux qui y ont contribué.
J'ai toujours cru que nous avions besoin de faire face à de grandes décisions et non les fuir. C'est pour cette raison que nous sommes parvenus au premier gouvernement de coalition depuis 70 ans pour rétablir notre économie. C'est pour ça que nous avons organisé un référendum en Écosse, juste, légal et décisif, et que j'ai fait la promesse de renégocier la position britannique dans l'UE et de tenir un référendum sur notre appartenance. C'est ce que nous avons réalisé. Je me suis battu dans cette campagne du mieux que je pouvais, c'est-à-dire en disant ce que je pense et ressens, directement et passionnément, dans mon esprit, mon coeur et mon âme. Je n'ai rien caché. J'ai été absolument clair sur le fait que, selon moi, le Royaume-Uni est plus fort, sûr et mieux à l'intérieur de l'UE. J'ai été clair sur le fait que le référendum portait sur ce point et non sur l'avenir d'un quelconque politicien, moi y compris.
Toutefois, le peuple britannique a pris une décision claire de prendre une voie différente. À ce titre, je pense que le pays a besoin d'un nouveau leadership pour le guider dans cette direction. Je ferai tout mon possible en tant que Premier ministre pour stabiliser le navire dans les semaines à venir, mais je ne pense pas qu'il serait juste pour moi d'essayer d'être le capitaine qui guide notre pays vers sa prochaine destination. Ce n'est pas une décision que j'ai prise à la légère, mais je pense qu'il est dans l'intérêt national d'avoir une période de stabilité et qu'un nouveau leadership est requis. À mon avis, nous devrions essayer d'avoir un nouveau Premier ministre d'ici le début du Congrès du Parti conservateur en octobre. Assurer la stabilité est important et je resterai à mon poste avec mon cabinet durant les trois prochains mois. Le cabinet va se réunir lundi.
Le gouverneur de la Banque d'Angleterre est en train de faire une déclaration sur les mesures que la Banque et le Trésor de Sa Majesté prennent pour rassurer les marchés financiers. Nous allons aussi continuer d'avancer sur l'importante législation que nous avons présentée avant le discours de la Reine au Parlement. Et j'ai parlé à Sa Majesté la Reine ce matin pour la prévenir des mesures que je prends.
La négociation avec l'UE devra être entamée par le nouveau Premier ministre et je pense qu'il est juste que ce soit le nouveau Premier ministre qui prenne la décision quant au moment d'enclencher l'Article 50 et entamer le processus légal de sortie de l'UE. Je vais participer au Conseil européen de la semaine prochaine pour expliquer la décision qu'a prise le peuple britannique et la décision que moi j'ai prise. Le peuple britannique a fait un choix. Cela ne doit pas seulement être respecté. Ceux qui avaient un autre avis, y compris moi-même, devraient aider à ce que cela marche.
Le Royaume-Uni est un pays spécial. Nous avons tant de grands avantages. Une démocratie parlementaire où nous trouvons des solutions à de grandes questions sur notre avenir à travers un débat pacifique. Une grande nation de commerce, avec notre science et nos arts, notre ingénierie et notre créativité, qui sont respectés à travers le monde. Et si nous ne sommes pas parfaits, je crois que nous pouvons être un modèle pour une démocratie pluriethnique et pluriconfessionnelle, où les gens peuvent venir et contribuer, et aspirer au plus haut niveau en fonction de leur talent. Même si la sortie de l'Europe n'a pas été la voie que j'ai recommandée, je suis le premier à louer notre incroyable force.
Je l'ai dit précédemment: le Royaume-Uni peut survivre en dehors de l'UE, et nous pouvons trouver un moyen. Maintenant, la décision a été prise de partir. Nous devons trouver la meilleure voie et je ferai tout ce que je peux pour y contribuer. J'aime ce pays et je me sens honoré de l'avoir servi. Et je ferai tout mon possible à l'avenir pour aider ce grand pays dans la réussite ». (Jan Kordys)