Bruxelles, 09/03/2016 (Agence Europe) - Comme ils l'avaient fait dès l'annonce du projet d'accord entre l'UE et la Turquie portant sur le renvoi quasi systématique vers la Turquie des migrants arrivés irrégulièrement dans l'UE (EUROPE 11507), les eurodéputés ont à nouveau exprimé leur mécontentement ainsi que leurs préoccupations à l'issue du Sommet européen du 7 mars.
Lors d'un débat organisé mercredi 9 mars à Strasbourg sur les résultats de cette rencontre ainsi que sur le futur Sommet européen des 17 et 18 mars devant, en théorie, entériner cet accord, les leaders des principaux groupes politiques du PE ont critiqué les concessions faites à la Turquie notamment en matière d'adhésion à l'UE et de libéralisation des visas. Ils ont critiqué la coopération avec un pays qui remet en cause la liberté de la presse, mais aussi, et peut-être surtout, dénoncé pour la plupart d'entre eux, à l'exception du groupe PPE, la faillite morale de l'UE qui pourrait accepter de renvoyer vers la Turquie tous les migrants arrivés illégalement dans l'UE et qui pourraient prétendre, pourtant, à la protection internationale en Europe.
Pour Manfred Weber, chef de file du groupe PPE, le Sommet du 7 mars permet de penser que, « pour la première fois, une solution globale semble à portée de main », et même une « solution durable » en brisant le modèle économique des passeurs notamment. Pour autant, l'Allemand a mis en garde contre une dépendance de l'UE de la Turquie. « Il ne faut pas être dépendant de la Turquie, il faut un vrai partenariat ». « Il y a quand même des préoccupations », a poursuivi le président du groupe PPE au PE. « Il faut que la Turquie respecte les normes ; on ne peut pas donner un chèque en blanc ». Il ne faut pas non plus « mélanger les dossiers: l'adhésion, c'est quelque chose de complètement différent et notre groupe est très réservé ».
Pour Gianni Pittella, chef du S&D, l'accord avec la Turquie est « nécessaire, mais cela doit se faire sans aucune ambiguïté ». L'Italien a souligné que les « personnes ne sont pas des marchandises ; ça ne peut pas être un marchandage sur le dos des réfugiés ». Pour le chef du S&D au PE, il n'est pas non plus possible de « négocier la liberté de la presse ». Il ne faut pas non plus « perdre sa force morale », force qui a fait l'UE.
Le leader du groupe CRE, Syed Kamall, s'est aussi montré très critiqué. Rappelant que ce sont les passeurs qui sont les ennemis de l'UE et non les migrants, le Britannique s'est montré réservé. Sur le processus, notamment, et sur le fait que un ou deux « dirigeants ont négocié sans consulter les autres ». Il s'est dit aussi très préoccupé par le fait que l'UE pourrait remplacer les pressions actuelles par d'autres pressions, notamment en accélérant l'octroi du régime sans visas aux citoyens turcs. « On devrait être préoccupé par l'action contre les médias », a encore dit le chef du CRE.
Pour Guy Verhofstadt, chef du groupe ADLE au PE, l'UE n'a fait que délocaliser son problème vers la Turquie - a-t-il répété - et a donné les clefs de l'UE « au sultan Erdogan ». La Turquie, a-t-il souligné, n'a, en outre, pas ratifié tous les volets de la Convention de Genève sur les réfugiés et c'est pourtant elle qui devra, au nom de l'UE, décider qui est réfugié et qui ne l'est pas, s'est-il étonné.
Selon Gabi Zimmer, présidente du groupe GUE/NGL, l'UE a donné « une image lamentable » et l'accord en préparation viole tout simplement les « normes internationales et humanitaires ». (Solenn Paulic)