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Bulletin Quotidien Europe N° 11508
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / (ae) avenir de l'europe

Stefan Löfven pour une coopération accrue face à la crise migratoire et pour l'Europe sociale

Strasbourg, 09/03/2016 (Agence Europe) - Le Premier ministre suédois, le social-démocrate Stefan Löfven, a plaidé, devant le Parlement européen réuni en session plénière, mercredi 9 mars à Strasbourg, pour une coopération et une solidarité accrues entre les Vingt-huit face à la crise migratoire, mais aussi pour le renforcement de la démocratie dans l'UE et de l'Europe sociale.

Pour une répartition des responsabilités à 28 face à la crise des réfugiés. « Il n'y a jamais eu autant de déplacés dans le monde, et très peu de pays européens sont prêts à réagir. La Suède a accueilli des réfugiés - 80 000 - à un taux équivalent à 25 millions de personnes à l'échelle de l'UE sur un an, mais notre système est au bord de l'explosion », a expliqué M. Lövfen, avertissant du risque que l'UE perde son système Schengen, si ses pays membres « n'agissent pas rapidement ». « Il y a beaucoup de bonnes paroles, trop peu d'action. Il faut garantir le contrôle des frontières extérieures de l'UE, coopérer davantage avec la Turquie pour lutter contre le trafic des passeurs, avoir une politique européenne pour les migrations. Il faut passer du chaos au contrôle », a insisté M. Löfven. « La convention de Dublin doit être remplacée ; si nous ne bâtissons pas un système d'asile commun fiable, nous ne répondrons pas à la crise actuelle. La politique européenne d'asile doit faire l'objet d'une réflexion à l'image de ce qui a été fait en Suède », a-t-il poursuivi.

« Si nous devons partager une frontière extérieure, nous devons partager un système qui permette d'accueillir des réfugiés. Comment des pays qui ne participent pas à une politique européenne d'asile peuvent coopérer sur le système Schengen ? », s'est interrogé M. Löfven. « Il y aura toujours des réfugiés dans le monde. Certains disent que c'est le problème de la Suède. Mais le problème, c'est le problème syrien. Si des pays ne veulent pas participer à l'accueil des réfugiés, qu'ils ne participent pas à Schengen. Ils ne doivent pas uniquement y participer pour leurs intérêts économiques », a martelé le chef du gouvernement suédois, appelant à « une répartition des responsabilités entre 28 pays ». « Si nous voulons une Europe qui fonctionne, nous devons coopérer aussi sur les dossiers difficiles », a-t-il conclu en fin de séance.

Europe sociale, donner de l'espoir aux nouvelles générations. Au plan intérieur, M. Löfven a plaidé pour que l'Europe s'attèle à une « tâche fondamentale », celle de « donner à la nouvelle génération le même espoir que celui qu'ont eu les Européens de [sa] génération, celle de 1957 » (son année de sa naissance, ndlr), en particulier en termes d'emploi et de bonnes conditions de travail. « Nous devons construire une Europe sociale qui renforce les citoyens grâce à des emplois et des conditions de vie plus sûrs et qui renforce les entreprises grâce à un accès plus sûr à des citoyens dotés d'un pouvoir d'achat », a-t-il expliqué.

« Dans une Europe sociale, l'UE doit défendre de bonnes conditions de travail pour tout le monde, faire en sorte que les travailleurs ne soient jamais obligés de se faire concurrence les uns les autres par des salaires plus bas ou des conditions de travail plus précaires, veiller à ce que, dans un monde de sous-traitance, il y ait toujours quelqu'un qui soit chargé de veiller à la sécurité au travail », a poursuivi le Premier ministre suédois, plaidant aussi pour l'égalité homme-femme au travail (qui pourrait, selon lui, accroître le PIB de l'UE de 12% d'ici 2030), mais aussi pour « une position collective » contre le chômage des jeunes.

« Nous devons investir dans l'éducation, nous concentrer sur les investissements sociaux et sur le marché intérieur numérique », a poursuivi M. Löfven. « Voilà le genre d'Europe sociale qui peut gagner les coeurs des peuples européens », a insisté cet ancien dirigeant d'un syndicat de la sidérurgie, proposant que la Suède accueille un sommet en 2017 pour promouvoir l'Europe sociale.

M. Löfven a par ailleurs estimé que la révision de la directive sur le détachement des travailleurs « montrera aux entrepreneurs européens que nous sommes en mesure de bâtir un marché européen du travail qui fonctionne bien en Europe, qui respecte les conventions collectives et les règles de base du marché du travail ». « Il faut parvenir à plus d'équité entre les citoyens. Les propositions de la Commission vont dans le bon sens, celui d'une plus grande protection des travailleurs européens », a-t-il ajouté.

Défense de la démocratie, ne jamais accepter le populisme. Enfin, M. Löfven a appelé les pays européens à s'atteler à une « tâche encore plus grande » que « les actions conjointes difficiles mais nécessaires » prises à l'hiver 2015/2016 pour lutter contre le terrorisme: celle de défendre la démocratie. « Il s'agit de défendre la sécurité de nos citoyens juifs face à une montée de l'antisémitisme en Europe. De ne jamais accepter le populisme et la diabolisation des musulmans, de se battre pour le droit des Rom et de toutes les minorités, de défendre des médias libres, indépendants. Défendre la démocratie c'est aussi défendre le respect de toute personne, d'avoir droit à un procès équitable. Si nous ne défendons pas ces valeurs démocratiques, nous perdrons l'Europe telle que nous la connaissons », a-t-il estimé. (Emmanuel Hagry)

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