*** L'Europe en formation. Revue d'études sur la construction européenne et le fédéralisme - Journal of Studies on European Integration and Federalism. Centre international de formation européenne (« L'Adriatic », 81 rue de France, F-06000 Nice. Tél.: (33-4) 93979397 - fax: 93979398 - Courriel: europe.formation@cife.eu - Internet: http://www.cife.eu ). 2015, n° 377, 176 p., 20 €. Abonnement: 50 €.
Ce numéro de la revue que l'on doit au chantre du fédéraliste intégral Alexandre Marc est largement consacré à une thématique qui, la plupart du temps, ne passionne que les spécialistes, à savoir la démographie. Quelques chiffres cités par le Pr. Yves Charbit dans son introduction prouvent pourtant que les Européens ne peuvent en aucun cas négliger cette discipline et ce qu'elle dit sur eux et leur avenir. Ainsi, l'année dernière, l'Europe continentale comptait 742 millions d'habitants, loin derrière l'Asie (4,397 milliards), l'Afrique (1,171 milliard) et l'Amérique continentale (987 millions) ; ses habitants étaient les plus riches du monde (31.650 $ par habitant, contre 29.902 $ pour les « Américains », 11.452 pour les Asiatiques et à peine 4.720 $ pour les Africains ; pourtant, c'est aussi le continent où il naît le moins d'enfants et qui compte la plus forte proportion de personnes âgées. Quant à l'Union européenne, elle constitue le troisième ensemble démographique après la Chine et l'Inde (509,6 millions de personnes y vivent, contre respectivement 1,660 et 1,336 milliards), ceux qui la peuplent disposant du revenu national brut le plus élevé au monde.
Ces seules données chiffrées incitent à la réflexion car, d'une certaine manière, elles nous parlent de notre avenir dans l'humanité. Toutefois, comme le souligne d'emblée le Yves Charbit (professeur émérite à l'Université Paris Descartes, où il a créé et dirigé le Centre population et développement), elles suscitent aussi une foule de questions ? Par exemple, la faible fécondité européenne résulte-t-elle d'un processus historique ancien ou est-elle au contraire le fruit d'une évolution récente ? Le revenu plus élevé est-il à mettre en relation avec la fécondité et la mortalité, les Européennes y jouissant de la plus grande espérance de vie (81 ans) ? De manière plus précise, « la richesse induit-elle les couples à limiter leur descendance pour maintenir leur niveau de vie » ? Les réponses qui peuvent être apportées à ces questions et à beaucoup d'autres encore sont évidemment de nature à permettre une projection dans le temps. Toutefois, ainsi que le met parfaitement en lumière ce dossier, ces questions peuvent aussi avoir à être manipulées avec précaution. D'abord parce que des chiffres peuvent cacher - et cachent, en l'occurrence - de grandes disparités entre les quatre grandes régions du continent: l'Europe du Nord, de l'Ouest, de l'Est et du Sud. Ensuite et surtout parce que, ainsi que l'observe le Pr. Charbit, « la mesure purement quantitative des comportements démographiques suscite autant de questions qu'elle n'en résout pour qui se penche sur les sociétés et tente d'en saisir la complexité ». Pour « donner du sens aux chiffres », la démographie a par conséquent dû s'ouvrir à d'autres disciplines des sciences humaines et sociales (histoire, économie, sociologie, anthropologie…) capables de traiter des données telles que les revenus, l'emploi ou l'éducation.
C'est ce double regard qui se trouve illustré dans les pages de ce numéro. Dans un premier temps, des données quantitatives sont analysées et argumentées pour ce qui concerne la fécondité et la famille, la mortalité et le vieillissement. Pour ce qui est de la fécondité, Alain Ayerbe et Didier Breton, tous deux enseignants à l'Université de Strasbourg, expliquent notamment qu'une politique familiale et sociale visant à augmenter la natalité risque de n'avoir que fort peu d'effets si elle ne vient pas en appui à un « désir d'enfant réel », l'actuel régime de fécondité en Europe étant, expliquent-ils, le fruit « d'un changement de société caractérisé par une baisse des inégalités entre hommes et femmes ». Sur le plan quantitatif, une attention spécifique est également accordée aux régions dites ultrapériphériques. Toutes ces analyses confirment l'hétérogénéité démographique persistante (même si déclinante) de l'Europe, que ce soit entre l'Est et l'Ouest, entre le Nord et l'Ouest par rapport au Sud, voire au sein même des pays. La deuxième partie est consacrée, elle, à de grandes questions de société intéressant les populations, qu'il s'agisse de la santé et de l'éducation, tandis qu'Yves Charbit analyse, pour sa part, les implications économiques, sociales et culturelles des différences démographiques entre les vingt-huit pays de l'Union et leurs pays partenaires d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. Une dernière contribution est consacrée par John May aux enjeux sous-jacents aux politiques de population, celles-ci étant bien plus nationales qu'européennes.
Michel Theys
*** DIMITRIS VENIERIS: La politique sociale européenne et les droits sociaux. La fin des hymnes. Editions Topos (2 rue Plapouta, GR-11473 Athènes. Tél.: (30-210) 8222835 - fax: 8222684 - Courriel: info@motibo.com - Internet: http://www.toposbooks.gr ). 2015, 524 p., 32,80 €. ISBN 978-960-499-053-5.
Abordé d'un point de vue sociopolitique dans ce livre, l'avenir social se présente sous des couleurs fort sombres qui laissent entendre que la politique sociale se préoccupe de moins en moins des droits sociaux. Pourtant, rappelle l'auteur, professeur agrégé au Département de politique sociale et éducative à l'Université du Péloponnèse, les droits sociaux sont les racines de la politique sociale. Mais voilà, sa nouvelle mouture actuelle déshydrate ces racines et dénature l'essence des droits ciselés en vue d'assurer la justice sociale, tant il est vrai que les impasses structurelles du système capitaliste mondial ne manquent pas, aujourd'hui, de laisser derrière elles des victimes nombreuses. Toutefois, cette régression a aussi pour conséquence de faire revivre chez beaucoup de monde l'espoir d'un modèle de développement humain où les droits politiques et sociaux seraient à nouveau conciliés. Par cet ouvrage qui vise à faire comprendre le rôle et la nécessité de la politique sociale européenne, Dimitris Venieris étudie la contribution des droits sociaux à l'émergence de celle-ci en partant d'une analyse théorique des conceptions dominantes les concernant. Il étudie par la suite la dynamique de cette relation qui pourrait s'avérer pertinente pour l'Europe, mais sans cesser de prendre en considération l'ensemble des écueils qui, au plan européen, peuvent apparaître et en arriver à provoquer des régressions par rapport aux acquis sociaux au plan national. (AKa)
*** TASSOS YANNITSIS: Le système social et la crise. Editions Polis (33 rue Eolou, GR-10551 Athènes. Tél.: (30-210) 3643382 - fax: 3636501 - Courriel: info@polis-ed.gr - Internet: http://www.polis-ed.gr ). 2015, 112 p., 12 €. ISBN 978-960-435-498-6.
Pour la énième fois ces dernières années en Grèce, le système social est au centre des préoccupations - et ce ne sera certainement pas la dernière fois que des médecins plus ou moins qualifiés se retrouveront au chevet du malade en vue d'améliorer son état de santé. Plusieurs fois ministre dans des gouvernements socialistes du Pasok, notamment ministre du Travail et des Affaires sociales et ministre de l'Economie, Tassos Yannitsis - qui est actuellement professeur au Département d'économie de l'Université d'Athènes - estime dans ce livre que l'état d'incertitude permanent dans lequel le système social grec se retrouve placé est un désastre, lui qui façonne des comportements économiques, sociaux et politiques ayant un impact explosif sur la vie privée des citoyens et la vie du pays tout entier. Pourtant, il a été lui-même l'auteur d'un de ces plans de réforme visant le système de sécurité sociale et de pension au début des années 2000, projet qui a suscité tant de réactions négatives que le gouvernement Simitis de l'époque a finalement préféré le retirer. Partant notamment de cet échec, il pose une série de des questions dérangeantes: combien de fois avons-nous épuisé tant les personnes que les possibilités d'agir parce que le système politique s'avérait incapable de prendre des décisions de nature à donner des certitudes et, partant, à instaurer la confiance ? Combien de fois les assurés n'ont-ils pas eu le sentiment d'être des balles de ping-pong, chaque service renvoyant le problème à un autre jusqu'à le rendre toujours plus insoluble ? C'est alors qu'a grandi le sentiment que la société était piégée et emprisonnée, ce qui a rendu toujours plus difficile la quête de solutions acceptables par le plus grand nombre. Celles-ci ne pourront désormais découler, avance l'auteur, que d'un nouveau grand accord social, lequel ne pourra pas voir le jour sans reconnaissance préalable des erreurs et responsabilités du passé. Comme on peut s'en douter, ce ne sera pas chose acquise avant longtemps, le système social et les citoyens grecs restant dès lors voués à de nouveaux longs mois problématiques. (AKa)
*** KATJA BRAUßE: Die europäische Patientenrichtlinie aus vertragszahnärzlicher Perspektive. Peter Lang (1 Moosstrasse, P.O. 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Schriften zur Gesundheitspolitik und zum Gesundheitsrecht". 2015, 167 p., 54,95 €. ISBN 978-3-631-66168-0.
La directive de 2011 relative à l'application des droits des patients en matière de soins de santé transfrontaliers, dont l'adoption s'inscrit dans le prolongement de la jurisprudence de la Cour européenne de justice, a des répercussions sensibles sur l'activité des dentistes conventionnés. Katja Brauße s'y intéresse dans cet ouvrage en mettant également en lumière les problèmes ou lacunes que fait apparaitre cette directive: dans quelle mesure constitue-t-elle une entrave au principe du tiers-payant, fondamental pour l'assurance maladie légale allemande ? Les patients allant bénéficier de soins dentaires à l'étranger sont-ils suffisamment protégés en termes de qualité des soins et de sécurité, en dépit des autorisations et procédures prévues ? Dans quelle mesure l'échelon européen est-il légitime pour légiférer en cette matière ? L'auteur tente de répondre à ces interrogations à partir d'une analyse des questions juridiques, financières et pratiques soulevées par cette nouvelle réglementation.
(GLe)
*** HesaMag. Institut syndical européen (5 boulevard du Roi Albert II, B-1210 Bruxelles. Tél.: (32-2) 2240560 - Courriel: etui@etui.org - Internet: http://www.etui.org ). 2ème semestre 2015, n° 12, 54 p..
Ce numéro de la publication semestrielle de l'Institut syndical européen se singularise à nouveau par sa richesse et par la qualité de sa présentation graphique. Il contient un dossier très complet consacré au thème des « femmes au travail », lesquelles - nul n'en sera vraiment surpris… - restent encore et toujours « en quête de reconnaissance » même si des progrès ont été accomplis. Coordonné par Marianne De Troyer et Laurent Vogel, il invite tour à tour à « chausser les lunettes du genre pour comprendre les conditions de travail » (tant il est vrai notamment que « le travail à temps partiel est un facteur central de précarisation du travail des femmes »), à écouter ce qu'a à dire à ce propos la généticienne devenue ergonome Karen Messing, à s'intéresser à l'approche « genre » comme soutien à la prévention des problèmes de santé mise en œuvre en France, à se pencher sur les vertus de la « sororité », à découvrir de quelle manière l'inspection du travail est partie, en Suède, « en croisade contre l'exclusion des femmes », à prendre conscience du travail qui reste à faire afin que les équipements de protection individuelle en arrivent à tenir compte des spécificités morphologiques des femmes, à partir enfin à la rencontre, dans les Balkans, des dernières femmes mineurs d'Europe. Outre ce dossier aussi riche qu'éclairant, le numéro s'intéresse également à la relance de la santé au travail qui, est-il expliqué dans l'éditorial que signe Laurent Vogel, passe fatalement par « des mobilisations sociales », ainsi qu'à l'utilisation des pesticides qui font du monde agricole européen « un Bhopal quotidien et silencieux », tant il est vrai que « des chercheurs ont constaté que des agriculteurs exposés aux pesticides développent dans leur génome de 100 à 1000 fois plus de cellules anormales ».
(MT)
*** NIKOS PANAGIOTOPOULOS, FRANZ SCHULTHEIS, VENIA DIMITRAKOPOULOU: Miroirs: contes polyphoniques d'un monde en crise. L'économie de la misère de la Grèce 2010-2015 et la misère de l'économie: la pensée cachée du « miracle » allemand. Éditions Alexandria (133 rue Solonos, GR-10677 Athènes. Tél.: (30-210) 3806305 - fax: 3838173 - Courriel: alexpubl@alexandria-publ.gr - Internet: http://www.alexandria-publ.gr ). 2016, coffret de trois livres, 31,80 €. ISBN 978-960-221-668-2.
Deux professeurs de sociologie, Nikos Panagiotopoulos et Franz Schultheis, et la sculptrice Venia Dimitrakopoulou avaient la conviction que les arts et les sciences sociales avaient à se fondre en armes symboliques pour permettre une nouvelle forme d'intervention des intellectuels dans l'espace public, celle-ci étant indispensable à l'heure où le monde social est secoué et dégradé sous l'effets de nouveaux modes internationaux de domination. Ce coffret de trois livres est la démonstration de leur volonté de relever ce défi. Professeur adjoint de sociologie à l'Université de Crète, Nikos Panagiotopoulos est directeur général du Centre de recherche pour l'égalité des sexes et vice-président du groupe scientifique européen "Raisons d'action" ; professeur de sociologie à l'Université de Genève, Franz Schultheis est, lui, membre du Conseil national suisse de la recherche et président de la Fondation Pierre Bourdieu, basée à Genève. Avec Venia Dimitrakopoulou qui est une sculptrice internationalement renommée, ils ont pris appui sur l'Europe perçue comme terre de l'utopie conduisant désormais de plus en plus de citoyens au cauchemar pour, à partir des cas de la Grèce et de l'Allemagne, montrer les profondes contradictions du capitalisme néolibéral. Leurs recherches, sorte de radiographie comparative des deux sociétés, tendent à montrer que la logique du capitalisme mondial conduit de manière inéluctable à une Europe à plusieurs vitesses et à des changements socio-historique durs. Dans « L'économie de la misère » et « La misère de l'économie », ils décrivent l'expérience quotidienne de femmes et d'hommes perdus dans un monde social sans foi ni loi, la crise actuelle semblant les priver de tout avenir possible et prévisible. Sur la base de leur quête, Venia Dimitrakopoulou explore, au niveau matériel et symbolique, les contradictions de ces êtres humains à travers le troisième volume, intitulé « Dialogues ». Celui-ci est conçu comme un instrument de réhabilitation et d'autonomisation, l'objectif fondamental que partagent les trois complices étant de permettre à tous ces « gens ordinaires » qui vivent la rupture avec le faisable, le possible et le permis de pouvoir sortir de l'obscurité, gagner une visibilité sociale. En clair, de pouvoir se transformer en un miroir, de manière à ce que les observateurs puissent se reconnaître en eux et, à travers eux, mieux comprendre leur propre condition sociale.
(AKa)