Bruxelles, 07/03/2016 (Agence Europe) - Les ministres des Finances de la zone euro ont fait, lundi 7 mars, une ouverture notable à la Grèce qui doit respecter les conditions strictes d'un 3ème plan de sauvetage financier alors qu'elle doit simultanément faire face à une crise humanitaire sans précédent en Europe en raison d'un afflux massif de réfugiés provenant de Turquie (voir autre nouvelle).
Outre le feu vert qu'il a donné au retour imminent à Athènes des chefs de la mission des créanciers institutionnels de la Grèce, l'Eurogroupe a ouvert la voie à une discussion plus rapide sur la question épineuse de l'allègement de la dette publique grecque. Les discussions sur la dette publique grecque font « partie de la solution » aux efforts que le gouvernement grec doit fournir pour respecter ses engagements budgétaires, a déclaré le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem. « Ce débat va arriver relativement rapidement », a-t-il ajouté. Il n'a cependant pas explicitement précisé que les discussions sur la dette et celles sur les efforts requis en matière budgétaire et de réformes faisaient désormais faire partie d'un tout pour boucler la première mission de suivi du 3ème plan de sauvetage.
Le président de l'Eurogroupe est resté muet sur les raisons ayant motivé la réintroduction de la question de la dette dans les discussions entre Athènes et ses créanciers. Le commissaire aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici, a évoqué « la pression » de la crise migratoire à laquelle la Grèce doit faire face. La semaine dernière au Parlement européen, le ministre grec Euclide Tsakalotos avait estimé impossible de faire abstraction de la situation migratoire dans les discussions sur le 3ème plan de sauvetage grec (EUROPE 11503). « Nous attendons avec impatience de mener ces discussions, de boucler la mission de suivi à temps et d'avoir une discussion sur la dette », a-t-il déclaré à l'issue de l'Eurogroupe.
Selon M. Dijsselbloem, des différences subsistent sur les efforts budgétaires qui restent à accomplir ('fiscal gap') pour respecter la trajectoire devant aboutir à un excédent budgétaire primaire (hors service de la dette) de 3,5% du PIB d'ici à 2018, conformément à l'objectif fixé à l'été 2015. En outre, les réformes à accomplir doivent être « approfondies », a-t-il souligné.
M. Moscovici, a rappelé les éléments au cœur des négociations: la création du fonds de privatisation, les réformes de la taxation du revenu et des retraites, la création d'une agence indépendante de collecte des revenus, le traitement des créances bancaires douteuses ('non performing loans').
Sur les 86 milliards d'euros du Mécanisme européen de stabilité (MES) qui ont été engagés pour le 3ème plan de sauvetage grec, une enveloppe de 21,4 milliards d'euros a été déboursée (16 milliards pour un soutien budgétaire et 5,4 milliards pour la recapitalisation bancaire). Selon Klaus Regling, qui dirige le MES, la Grèce n'a pas un besoin urgent de liquidités pour honorer ses engagements avant un pic de remboursement en juillet à destination de la BCE. Comme les autres, il a espéré une issue positive rapide de la mission de suivi afin de débloquer de nouvelles tranches d'aide et éviter des arriérés de paiement. (Mathieu Bion et Elodie Lamer)