Bruxelles, 07/03/2016 (Agence Europe) - L'incertitude était grande et la pression sur la Commission européenne était à son maximum, lundi 7 mars, à l'heure où les représentants des États membres débattaient avec la Commission de sa proposition de renouveler l'autorisation du glyphosate, l'herbicide le plus utilisé au monde, classé comme « probablement cancérigène » par l'OMS, mais dont l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a conclu qu'il ne l'est «probablement pas ».
De source proche du dossier, aucun vote n'avait eu lieu lundi en fin d'après-midi, et l'on ne savait pas si un vote (requis pour qu'une décision soit prise) aurait lieu mardi, lorsque reprendraient les discussions à 11 heures au sein du comité permanent des plantes, des animaux, des denrées alimentaires et des aliments pour animaux (comité PAFF).
Lundi matin, un collectif d'ONG environnementales, de santé publique ou militant pour la transparence (PAN Europe, HEAL, CEO, WeMove.EU), mobilisées contre le renouvellement pour quinze ans de l'autorisation, remettaient au commissaire à la Santé et la Sûreté alimentaire, Vytenis Andriukaitis, et aux experts des Vingt-huit, une pétition signée par 180 000 citoyens européens. Celle-ci demande l'interdiction pure et simple du glyphosate, au motif que le règlement européen 1107/2009 concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques prévoit l'interdiction de toute substance active susceptible de provoquer le cancer.
Plusieurs États membres avaient indiqué quelques jours plus tôt, lors du Conseil Environnement du 4 mars, qu'ils demanderaient probablement le report du vote: l'Italie, pour donner le temps à l'Agence internationale de recherche sur le cancer (IARC) de l'OMS et à l'EFSA d'accorder leurs violons, les Pays-Bas pour se donner le temps de la réflexion. La France, quant à elle, avait annoncé son opposition au renouvellement (EUROPE 11505).
Le projet initial de la Commission était de proposer le renouvellement de l'autorisation du glyphosate pour quinze ans et l'interdiction de l'amine de suif ('tallow amine'), un co-formulant toxique, mais nombreux sont ceux qui s'indignent à l'idée que la Commission envisage le renouvellement de cet herbicide en l'absence de cadre réglementaire sur les perturbateurs endocriniens (EUROPE11503). Vytenis Andriukaitis a confirmé aux ministres de l'Environnement, vendredi 4 mars, qu'il présenterait les critères permettant de définir les perturbateurs endocriniens « avant l'été », et que ces critères se baseraient sur la définition de l'OMS. S'agissant du glyphosate, « l'évaluation des co-formulants est entre les mains des États membres », a-t-il précisé. Il appartiendrait aux États membres d'interdire eux-mêmes les co-formulants qu'ils souhaitent proscrire sur leur propre marché. L'idée est de les inviter à communiquer ces co-formulants à la Commission pour établir une liste européenne de ces substances nocives, indiquait une source européenne.
« La Commission est très prudente pour le glyphosate », a affirmé le commissaire en rappelant que l'EFSA avait été invitée à tenir compte du rapport de l'IARC et que le glyphosate a été évalué par les autres agences nationales que le Bfr allemand dans le cadre d'une évaluation par les pairs. « Toutes les instances d'évaluation ont jugé qu'il n'était probablement pas cancérigène, mais, compte tenu de la sensibilité du dossier, nous allons voir, au niveau du comité permanent, si les États membres peuvent se mettre d'accord pour se former un jugement définitif », avait déclaré le commissaire Andriukaitis à la presse le 4 mars.
La Commission pourrait faire un geste. Étant donné l'ampleur de la polémique, alimentée au premier chef par des scientifiques (EUROPE 11467 et 11461), la Commission pourrait toutefois faire un geste. « Ces dernières semaines, j'ai parlé avec les différents gouvernements. Nous sommes prêts à proposer de réduire l'autorisation à 10 ans et à encourager les États membres à opérer un bio-monitoring minutieux et prudent. Nous allons nous baser sur le principe de précaution », avait-il ajouté. Et d'assurer aussi que la Commission était en train d'examiner « comment mettre en oeuvre l'évaluation avec plus de transparence avec divulgation des informations de l'industrie ». (Aminata Niang)