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Bulletin Quotidien Europe N° 11443
POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) jai

Migrants, les députés doutent des intentions de la Turquie

Bruxelles, 01/12/2015 (Agence Europe) - Les membres de la commission des libertés civiles du Parlement européen ont émis de sérieuses réserves, lundi 30 novembre, sur l'accord que l'Union européenne et la Turquie ont marqué sur le plan d'action visant à réduire les flux migratoires vers l'UE (EUROPE 11441).

Lors d'un débat, de nombreux députés se sont émus du fait que les questions de la liberté de la presse, des assassinats de représentants des droits de l'homme ou la question de la répression de la minorité kurde aient été éludées lors du sommet bilatéral qui s'est tenu dimanche 29 novembre.

Et ils ont exprimé, dans leur ensemble, de sérieuses réserves sur la capacité d'Ankara à réduire les flux comme à réadmettre les personnes entrées illégalement dans l'UE via la Turquie. Soucieuses de prouver leur volonté de respecter l'accord passé avec les Européens, les autorités turques ont annoncé, lundi, avoir appréhendé 1 300 migrants syriens, irakiens, afghans et iraniens qui s'apprêtaient à traverser la mer Egée pour débarquer en Grèce ainsi que plusieurs passeurs, a rapporté Reuters.

De nombreux élus doutent de la sincérité de la Turquie dans la mise en oeuvre des actions agréées. Gérard Deprez (ADLE, belge) a même évoqué l'absence de « confiance » que lui inspire le gouvernement turc. « Les Turcs nous roulent sur les chiffres », a lancé le Belge, pour qui « ils ne vont pas arrêter les réfugiés ». Et avec « la nouvelle porte offerte par la libéralisation des visas, j'espère que vous savez ce que vous faites », a-t-il lancé aux représentants de la Commission européenne.

D'autres députés se sont demandé comment l'aide de 3 milliards d'euros qu'a promise l'UE et destinée à faciliter l'installation et l'insertion des réfugiés syriens en Turquie allait être contrôlée. Comment s'assurer que ces 3 milliards ne « serviront pas à acheminer le pétrole depuis la Syrie vers la Turquie » ?, s'est ainsi interrogée Anna Gomes (S&D, portugaise). D'autres députés se sont demandé pourquoi l'UE n'offrait pas son aide au Liban, à la Jordanie ou à l'Irak où la situation des réfugiés est « plus dramatique ».

La Commission leur a assuré qu'il y aurait un contrôle « très précis de ces fonds », a dit Matthias Ruete, directeur général aux services Affaires intérieures de l'institution européenne, précisant que la Commission travaillait dans un « esprit de confiance » avec la Turquie. Revenant sur l'accord de réadmission en Turquie des migrants irréguliers présents dans l'UE, « il s'agit d'un sujet majeur à discuter », a-t-il dit. Des discussions sur ce sujet auront lieu en janvier. « Actuellement, cet accord ne couvre que les ressortissants turcs, il faudrait aussi qu'il couvre les ressortissants des États tiers », a ajouté M. Ruete. Quant à la question de la libéralisation des visas pour les ressortissants turcs, « on peut aller vers la libéralisation (prévue pour octobre 2016, NDLR), mais il faut être convaincu que l'accord de réadmission fonctionne pleinement », a estimé le fonctionnaire européen.

Sur la relance du processus d'adhésion de la Turquie à l'UE, M. Ruete a estimé que l'ouverture au printemps des discussions sur les chapitres « 23 et 24 » (appareil judiciaire et droits fondamentaux) serait l'occasion de faire progresser la question des droits de l'homme. Dans un communiqué, les élus français du groupe PPE ont estimé que la Turquie ne pourrait jamais être membre de l'UE, seulement un pays associé.

« Cet accord n'est pas un chèque en blanc. Il contient quelques pilules qui demeurent difficiles à avaler », a déclaré l'Allemand Manfred Weber, chef de file du PPE. « Avant que nous, au Parlement européen, nous penchions sur des sujets spécifiques, la Turquie doit prouver qu'elle est prête à coopérer. Cela signifie des mesures décisives contre les passeurs et une réduction nette du nombre de migrants affluant vers l'Europe via la Turquie », a-t-il considéré. (Solenn Paulic)

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