Bruxelles, 13/10/2015 (Agence Europe) - Un allègement de la dette grecque « ne sera pas crédible s'il n'est pas accompagné » d'une « appropriation forte du programme » par les autorités grecques et d'une forte détermination à le mettre en oeuvre, a déclaré, mardi 13 octobre, le président de la BCE, Mario Draghi, lors d'une interview au journal grec Kathimerini.
Après le premier allègement de la dette par les créanciers institutionnels en novembre 2012, les États de l'eurozone s'étaient déjà dit prêts à faire plus à trois conditions: que ce soit nécessaire, que la Grèce atteigne un excédent primaire, mais aussi que la Grèce respecte les engagements de son programme. Le Wall Street Journal avait, le premier, évoqué, il y a plusieurs mois, la possibilité de lier des gestes de l'eurozone pour alléger la dette à des actions préalables, en dupliquant la procédure appliquée pour le versement de tranches d'aide. L'idée ferait son chemin et serait soutenue par tous les pays sauf ceux dits 'sur une ligne dure'.
La séquence est déjà connue, la discussion débutera quand sera achevée la 1ère mission de suivi des créanciers, donc, vers la fin de l'automne ou au début de l'hiver.
Le besoin de réduire le fardeau de la dette existe également et il est principalement politique. Quant à la manière de faire, elle se dessine elle aussi de plus en plus clairement depuis plusieurs mois. L'agence de gestion de la dette grecque semble avoir été la première à dire qu'il fallait s'éloigner des considérations en termes de ratio dette/PIB, une donnée trop réductive pour se représenter la dette grecque en raison des caractéristiques spécifiques de cette dernière (longues maturités, taux d'intérêts faibles, …)
Depuis Lima, où se tenait le G20 Finances, le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a dit à la chaîne CNBC que l'approche serait de voir dans quelle mesure la Grèce peut assurer le service de sa dette, donc,en porter le fardeau sur une base annuelle. L'analyse de viabilité de la dette des institutions de juillet ne dit pas autre chose.
« Il y a un large consensus ('broad understanding') à propos de la méthode que nous devrions utiliser, c'est de regarder les besoins financiers annuels pour la dette », a encore expliqué M. Dijsselbloem à Lima, cette fois à Reuters. « Ensuite, il semble y avoir un large consensus sur le fait qu'un bon standard serait d'avoir un seuil (de ces besoins annuels pour la dette, NDLR) à un maximum de 15% du PIB », a expliqué M. Dijsselbloem. C'est précisément ce que dit l'analyse de la viabilité de la dette de juillet, en se basant sur les critères du FMI. Selon Reuters, le FMI voudrait toutefois, pour la Grèce, limiter ce chiffre à 10% du PIB. « Ce que je comprends est que le FMI travaille toujours avec le chiffre de 15%, mais s'ils disent que c'est trop élevé pour la Grèce, alors ce sera une des questions dont on devra discuter avec eux », précise le président de l'Eurogroupe.
Les institutions présenteront, le moment venu, des projections à l'Eurogroupe, en termes de croissance, etc. « Nous allons voir s'il y a des pics de financement dans les 30 prochaines années », a poursuivi M. Dijsselbloem, toujours cité par Reuters, expliquant toutefois que, selon les analyses du Mécanisme européen de stabilité (MES), les premiers pics pourraient peut-être arriver dans 15 ans. « Si c'est le cas, ce sera étrange de déjà essayer de les corriger, ils sont très loin », a-t-il conclu.
Certaines délégations estiment toutefois que la question d'un ratio dette/PIB reste importante car une dette trop élevée peut effrayer les investisseurs. Un argument lui aussi déjà utilisé par le FMI dans le passé. (Elodie Lamer)