Bruxelles, 03/09/2015 (Agence Europe) - La BCE se tient prête à muscler et/ou à prolonger le programme 'quantitative easing' en cas de dérapage prolongé de la trajectoire d'inflation à moyen terme.
Lors de sa réunion de rentrée, le Conseil des gouverneurs a procédé à une analyse des six premiers mois de mise en oeuvre du programme 'QE' qui consiste à racheter mensuellement 60 milliards d'euros de titres publics et privés jusqu'en septembre 2016 afin de faire remonter l'inflation. « La mise en oeuvre du programme de rachat d'actifs se poursuit sans heurt », a déclaré le président de la BCE, jeudi 3 septembre, le jour de ses 68 ans.
Afin d'assurer une application « complète » du 'QE', la BCE a néanmoins décidé d'augmenter de « 25% à 33% » la limite de rachat de titres d'une même entité « à condition que cette augmentation ne crée pas une situation selon laquelle la BCE détiendrait une minorité de blocage », a-t-il ajouté. Il a précisé que le Conseil des gouverneurs n'avait pas abordé la question d'un élargissement de l'éventail de titres que la BCE pourrait racheter dans le cadre du 'QE'.
À travers le 'quantitative easing' lancé en mars (EUROPE 11268 et 11236), la BCE avait racheté plus de 289,5 milliards d'euros de titres publics au 28 août.
Dévoilant une révision à la baisse de ses prévisions de croissance et d'inflation par rapport à juin, M. Draghi a souligné que la BCE se tenait prête à agir, y compris en renforçant ses instruments de politique monétaire non conventionnels. « Le 'QE' est suffisamment flexible en termes de taille, de composition et de durée du programme », a-t-il indiqué. Il a refusé de dire quelles options pourraient être activées en premier: « Nous n'avons pas discuté de cela. Nous n'en sommes pas encore là ». Le 'QE' sera sûrement en place au moins jusqu'à septembre 2016 et au-delà, si nécessaire.
Sur la situation économique, la BCE est d'avis que la reprise se poursuit dans la zone euro « bien qu'à un rythme somme toute plus lent ». La décélération de la croissance observée dans les pays émergents, principalement en Chine, constitue le risque baissier majeur. Selon l'institution européenne, le PIB dans l'Eurozone devrait croître selon la trajectoire suivante: 1,4% en 2015, 1,7% en 2016 et 1,8% en 2017. Observant que la croissance continue des flux de crédit favorisait la croissance, M. Draghi a réitéré son appel aux pays de la zone euro en faveur d'une poursuite de l'assainissement budgétaire, des réformes structurelles et de l'investissement afin que leurs économies résistent mieux aux chocs provenant de l'extérieur.
Sur l'inflation qui stagne à 0,2% depuis juin en zone euro, les prévisions ont également été revues à la baisse en raison d'une nouvelle chute des cours du pétrole. L'Institut de Francfort table désormais sur une hausse des prix sur base annuelle de 0,1% en 2015, 1,1% en 2016 et 1,7% en 2017. « L'inflation demeurera très faible à court terme », a confirmé M. Draghi. Il n'a pas exclu un retour de l'inflation en territoire négatif, les dernières prévisions de la BCE se basant sur des données antérieures aux fortes chutes des marchés boursiers observées en août en raison des craintes pour l'économie chinoise.
Là encore, la BCE se dit prête à agir si l'impact de la baisse du pétrole, qu'elle espère « passagère », venait à se prolonger. La décision en matière de taux d'intérêt que prendra la FED américaine pourrait influencer l'évaluation du Conseil des gouverneurs, qui se réunira la prochaine fois jeudi 22 octobre.
Grèce. Interrogé sur le 3ème plan de sauvetage grec ficelé en août, l'ancien gouverneur de Banca d'Italia a reconnu que la BCE s'était opposée contre la mise à contribution des déposants grecs au-delà d'un seuil de 100 000 euros. Une telle mesure aurait été « contreproductive et dommageable pour l'économie grecque » et « elle aurait touché des milliers d'épargnants et de PME », a-t-il souligné, alors que les restrictions aux mouvements de capitaux n'ont pas été totalement levées en Grèce. Il s'est félicité que cette position ait été, au final, reprise à son compte par l'Eurogroupe.
M. Draghi a également estimé que davantage de temps était nécessaire pour que la BCE décide d'inclure l'achat de titres de dette grecque dans le 'quantitative easing', l'achat de tels titres ne pouvant avoir lieu lorsqu'une mission de suivi du 3ème plan de sauvetage est en cours. Des propos divergents par rapport à ceux tenus en juillet dernier (EUROPE 11361).
Enfin, la BCE a maintenu inchangés les taux d'intérêt des opérations principales de refinancement (0,05%), de la facilité de prêt marginal (0,3%) et de la facilité de dépôt (-0,2%). (Mathieu Bion)