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Bulletin Quotidien Europe N° 11381
POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) jai

La Commission pourrait proposer de relocaliser 120 000 demandeurs d'asile supplémentaires

Bruxelles, 03/09/2015 (Agence Europe) - Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, pourrait annoncer la semaine prochaine à Strasbourg à l'occasion de son premier discours sur l'état de l'Union un nouveau plan de relocalisation de 120 000 demandeurs d'asile supplémentaires entre les États membres de l'UE, a relaté, jeudi 3 septembre, une source européenne. Un nouveau mécanisme d'urgence qui s'appliquerait cette fois, non seulement à la Grèce et l'Italie, mais aussi à la Hongrie et qui viendrait s'ajouter au dispositif de relocalisation de 40 000 demandeurs d'asile déjà proposé à la fin du mois de mai dans le cadre de l'Agenda européen sur les migrations.

Parmi les nouvelles mesures en discussion, la Commission prévoit aussi de proposer, parallèlement à ce nouveau mécanisme de redistribution, une liste de pays d'origine sûrs ainsi qu'un système permanent de redistribution des demandeurs d'asile au profit de tous les États membres et activable automatiquement, si devait surgir une crise migratoire importante.

Ces pistes ont en tout cas été évoquées par les commissaires mercredi 2 septembre, lors de la session du séminaire du collège consacrée à la crise migratoire, et M. Juncker devait plus précisément évoquer directement cette proposition d'un nouveau mécanisme de relocalisation de 120 000 personnes jeudi après-midi à Bruxelles avec le Premier ministre hongrois, Viktor Orban. Selon des informations fuitées sur Twitter notamment par le quotidien Le Soir, M. Juncker devait précisément proposer au Premier ministre hongrois de bénéficier de ce mécanisme.

Si la Commission n'a pas souhaité confirmer ces éléments, aucun démenti n'a pour autant été apporté. La situation s'étant considérablement aggravée depuis le mois de mai (23 000 personnes sont arrivées en Grèce au cours de la seule semaine dernière), l'idée de la Commission européenne serait ainsi de renforcer son aide aux pays dits de première ligne en apportant un nouveau soutien à la Grèce et à l'Italie et en proposant cette fois à la Hongrie de bénéficier d'un système de relocalisation des demandeurs d'asile.

Il n'était pas précisé, jeudi 3 septembre, dans quelles proportions se ferait ce partage entre les 3 pays. La Grèce et l'Italie devraient en tout cas pouvoir 'envoyer' vers les autres pays européens davantage de demandeurs d'asile que ceux prévus dans les 'contingents' respectifs de 16 000 et 24 000 personnes qui avaient été arrêtés en mai. Un système de hotspot serait aussi proposé à Budapest. Les critères de pondération choisis en mai (40% pour la population, 40% pour le PIB national, 10% pour le taux de chômage et 10% pour l'accueil de demandeurs d'asile réalisé entre 2010 et 2014) pourraient également rester les mêmes.

Un même montant de 6 000 euros par personne relocalisée serait offert aux États membres dans le cadre de cette nouvelle relocalisation. « Le budget serait suffisant », expliquait une source européenne jeudi midi, précisant que ces fonds étaient prélevés sur le Fonds asile, migration et intégration (AMIF) renforcé au mois de mai de 60 millions d'euros (le budget total du Fonds AMIF avait été fixé à 3,1 milliards pour 2014-2020).

La Commission européenne ne devrait en revanche pas proposer de nouveau dispositif de réinstallation des réfugiés actuellement abrités dans des camps dans les pays tiers, dont les pays voisins de la Syrie. En mai, la Commission avait proposé de réinstaller 20 000 réfugiés sur deux ans et les États membres aidés en cela par les pays associés sont arrivés à un chiffre de 22 500 places offertes. Pour le moment, la Commission n'aurait donc pas l'intention de demander un nouvel effort de réinstallation aux États membres.

Pression sur les pays de Visegrad

Pour certains observateurs, cette proposition d'augmenter le nombre de personnes qui devront être relocalisées depuis la Hongrie, l'Italie et la Grèce vers les autres pays membres de l'UE (à l'exception des 3 pays bénéficiant d'un opt-out et des droits d'opt-in) constituerait un moyen, pour M. Juncker, de faire pression sur la Hongrie et de démarquer son dirigeant du groupe dit de Visegrad, formellement opposé à toute redistribution des demandeurs d'asile dans l'UE et qui réunit la Hongrie, la République tchèque, la Slovaquie et la Pologne.

Ce sont essentiellement ces pays, aidés dans une certaine mesure par l'Espagne et les pays baltes, qui avaient fait échouer en juin, puis en juillet, les plans obligatoires de relocalisation de 40 000 personnes depuis la Grèce et l'Italie.

Cette nouvelle proposition de la Commission n'avait en tout cas pas été évoquée jeudi matin par le Premier ministre hongrois lors d'un premier point de presse avec le président du Parlement européen, Martin Schulz (voir autre nouvelle).

Le drame de Bodrum interpelle les dirigeants

Les déclarations politiques se sont en tout cas multipliées jeudi 3 septembre, après la parution, mercredi 2 septembre, d'une photo montrant un petit garçon syrien de 3 ans retrouvé noyé sur une plage de Bodrum en Turquie. Sa famille tentait de rejoindre l'île de Kos, en Grèce, selon les éléments rapportés par les médias.

Alors qu'il s'était montré plutôt réservé, pour ne pas dire hostile, fin juin à propos du mécanisme de répartition obligatoire de 40 000 candidats à l'asile, lui préférant un système volontaire, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a estimé lui-même jeudi, lors d'un point presse avec Viktor Orban, que l'UE devait assurer la « répartition équitable d'au moins 100 000 réfugiés », a-t-il commenté.

Se référant à sa religion chrétienne, le Polonais a également considéré que pour un chrétien, « la race, la religion, la nationalité » ne devaient importer en rien dans l'accueil de réfugiés. Le Polonais a également jugé que les États membres étaient à ce jour confrontés « à un test majeur », appelant les dirigeants à redoubler d'efforts pour répondre à « cette crise sans précédent ».

Jeudi matin, le président du Parlement européen, Martin Schulz, avait également considéré que l'UE était à un tournant et à un « moment crucial » de son histoire avec un risque de fracture « qu'on ne peut pas exclure ».

De leur côté, les dirigeants français et allemand, François Hollande et Angela Merkel, se sont entretenus pour mettre au point de nouvelles réponses à la crise.

L'Allemagne et la France sont d'accord sur le principe de « quotas contraignants » pour l'accueil des migrants par les pays de l'Union européenne, a expliqué, jeudi 3 septembre, la chancelière allemande, Angela Merkel, en visite à Berne, en Suisse, a rapporté l'AFP.

« J'ai parlé ce matin au président français. La position franco-allemande que nous allons transmettre aux institutions européennes est que ceux qui ont besoin de protection (…) en bénéficient et que nous avons besoin de quotas contraignants au sein de l'Union européenne pour nous partager les devoirs, c'est le principe de solidarité. »

Mercredi 2 septembre, les ministres des Affaires étrangères français, italien et allemand ont aussi adressé une lettre à la Haute Représentante de l'UE, Federica Mogherini, pour évoquer avec elle les pistes d'action externes. Les trois responsables ont également plaidé pour un système d'asile européen renforcé et une distribution équitable des personnes en besoin de protection (voir autre nouvelle). (Solenn Paulic)

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