Bruxelles, 28/05/2015 (Agence Europe) - À l'occasion de l'ouverture à Bruxelles d'un bureau de représentation du territoire britannique d'outre-mer, le ministre en chef de Gibraltar, Fabian Picardo, a indiqué, mercredi 27 mai, que Gibraltar réfléchissait à l'opportunité de participer à de nouvelles politiques communautaires telles que l'espace Schengen, alors que le Royaume-Uni vient de lancer un processus de renégociation de ses relations avec l'Union européenne (propos recueillis par Mathieu Bion).
Agence Europe: Pourquoi est-il si important pour Gibraltar d'ouvrir un bureau à Bruxelles ?
Fabian Picardo: Gibraltar fait partie de l'Union européenne à travers le Royaume-Uni. Mais notre parlement est totalement autonome dans tous les domaines excepté les affaires étrangères, la défense et la sécurité intérieure. En conséquence, toutes les obligations du Royaume-Uni vis-à-vis de l'UE en matière de transposition des directives et d'entrée en application de règlements doivent avoir force de loi à Gibraltar à travers le gouvernement et le parlement de Gibraltar. Nous devons être en mesure d'influencer l'échelon européen comme n'importe quelle organisation façonnant le marché unique. Gibraltar doit saisir l'opportunité d'exprimer sa position au coeur de la capitale européenne où des décisions qui le touchent sont prises.
Quelle sera la taille de votre bureau et quels secteurs d'activités vous intéressent au 1er chef ?
Sir Graham Watson, ancien leader du groupe libéral au Parlement européen, sera à la tête du bureau de représentation où seront détachés plusieurs fonctionnaires européens. Ce petit bureau sera très efficace pour garantir que la voix de Gibraltar soit entendue, pas seulement sur des questions fiscales mais aussi sur des thèmes qui affectent notre société tels que l'environnement.
Quelle est votre position sur la volonté du Royaume-Uni de renégocier ses relations avec l'UE ?
Les habitants de Gibraltar pourront voter lors du référendum qui aura lieu dans les 24 prochains mois. À mes yeux, le sentiment qui domine à Gibraltar est que nous devons nous battre pour rester au sein du marché intérieur et de l'UE. Beaucoup d'habitants estiment que c'est le seul avenir envisageable. En particulier à cause des problèmes opposant l'Espagne à Gibraltar et de l'importance de fonder notre démarche sur les quatre libertés fondamentales du traité, surtout la libre circulation des personnes.
Ceci étant dit, mon gouvernement appuie fortement la position de D. Cameron dans sa volonté de garantir que l'Europe se modernise, soit plus proche des citoyens et s'adapte aux défis du XXIème siècle. Si des changements seront requis dans la façon dont l'UE fonctionne aujourd'hui, cela sera accueilli chaleureusement non seulement par les Britanniques mais aussi par tous les citoyens européens.
Gibraltar adoptera-t-il une position sur les politiques qui pourraient être renégociées ?
C'est très probable. Dans certains domaines, Gibraltar veut plus d'Europe, pas moins. Actuellement, Gibraltar ne participe pas à l'espace Schengen ni à l'union douanière. Gibraltar veut être en mesure d'affronter ces questions. Nous essayons de comprendre si notre modèle économique bénéficierait davantage d'une participation à ces deux politiques ou si nous devrions opter pour le statu quo.
Si nos citoyens souhaitent que Gibraltar, en tant que territoire de l'Europe continentale, fasse partie de Schengen, même si le Royaume-Uni en tant qu'île continue d'être en dehors, ce pourrait être un objectif à poursuivre à l'avenir. Bien sûr, cette question nécessiterait une acceptation des autres États membres.
Où en est la querelle entre l'Espagne et le Royaume-Uni sur le 'Ciel unique européen' ?
Sur la libéralisation du ciel européen, le gouvernement espagnol avait convenu en 2006 de lever son blocus de l'aéroport de Gibraltar. Malheureusement, le Parti populaire au pouvoir en Espagne est revenu à une position antérieure. Pour nous, l'aéroport de Gibraltar doit faire pleinement partie de l'UE et l'accord qu'a souscrit le gouvernement espagnol reste en vigueur.
Il ne s'agit pas - selon moi - d'une querelle entre l'Espagne et le Royaume-Uni sur cette question. Il s'agit seulement du Parti populaire parce que le gouvernement socialiste précédent avait été en mesure de franchir une étape décisive en garantissant que nous puissions utiliser l'aéroport de Gibraltar au sein du système de libéralisation du ciel européen d'une façon qui bénéficie à tous les habitants de la région. L'aéroport de Gibraltar demeure gibraltarien et britannique et rien ne pourra remettre cela en cause. Que le Parti populaire puisse imaginer revenir à une suspension (de l'accord, NDLR) qui favorise ses demandes en matière de souveraineté est une position totalement erronée qui n'aboutira à rien si ce n'est à retarder les choses pour l'ensemble des partenaires européens.
Quelle est votre politique dans le domaine de la transparence fiscale ?
Gibraltar est à l'avant-garde dans ce domaine. Nous appliquons déjà les normes en matière d'échange d'informations multilatérales. Nous avons signé 27 accords sur l'échange d'informations fiscales avec des pays du monde entier, tels que les États-Unis, et des États membres comme l'Allemagne et la France. Nous avons soutenu l'agenda du Premier ministre Cameron en matière de transparence fiscale au niveau du G8. Et, sur la question de la lutte contre le blanchiment d'argent, nous voulons être la 1ère juridiction européenne à avoir établi un registre central sur les bénéficiaires finaux.