Bruxelles, 28/05/2015 (Agence Europe) - « Notre économie est en danger de mort », a estimé le commissaire en charge de l'Économie numérique, Günther Oettinger, à l'occasion d'un débat avec les députés européens de la commission de l'industrie, la recherche et l'énergie (ITRE) du Parlement européen, jeudi 28 mai. M. Oettinger a présenté aux députés la stratégie pour un marché unique numérique concoctée par la Commission européenne et dévoilée le 6 mai dernier.
Selon lui, il y a plus qu'urgence à agir ; sinon, l'économie européenne dans son ensemble risque bien de ne jamais pouvoir se relever. Le commissaire a déploré les tergiversations au niveau européen pour accélérer la cadence au sujet de l'économie numérique, où les États-Unis et l'Asie avancent à grands pas. « Les États-Unis utilisent leur supériorité économique pour avoir une supériorité numérique (…) Si nous n'avons pas les experts pour développer des applications, nous sommes en danger de mort. On a besoin de créer de nouveaux services », a insisté Günther Oettinger, en concluant: « Il faut être beaucoup plus rapide qu'à l'heure actuelle ».
Dans son discours introductif, M. Oettinger a évoqué les retards dans la mise en place des infrastructures nécessaires au déploiement des services numériques. « On ne connaît pas encore nos besoins en matière de transport de données, mais ça va exploser », a-t-il averti, en se félicitant des opportunités que libérera le plan d'investissements 'Juncker'. Le commissaire a également évoqué la question de la confiance et de la sécurité des réseaux, « l'espionnage de demain se fera dans les systèmes de données », a-t-il averti, en appelant de ses voeux l'adoption de la directive sur la sécurité des données. Il a insisté par ailleurs pour l'adoption de la directive 'télécoms' qui tarde tellement à émerger. Le processus devrait en principe être bouclé par la Présidence lettone avec un accord en trilogue avec le PE et le Conseil européen sur les deux points qui restent en suspens, à savoir le roaming et la neutralité du net. Avec la gestion du spectre radioélectrique, ces deux éléments sont les points qui divisent le plus les États membres. « Je vous demande d'intervenir auprès des États membres », a suggéré M. Oettinger. À propos du roaming, « il faut un seul espace tarifaire européen » et, à propos du spectre radioélectrique, « il faut revenir sur la manière traditionnelle de gérer les fréquences », a encore indiqué le commissaire.
S'exprimant au nom du PPE, l'Espagnole Pilar del Castillo Vera, a comparé le développement de l'économie numérique à un train à grande vitesse, qui ne fait aucun arrêt. « On doit être dans la locomotive de ce TGV », a assuré Mme del Castillo Vera, soulignant que le marché unique numérique est le moteur du marché unique. Elle appelle la Commission européenne à être ambitieuse, car c'est cette institution qui a le leadership. « Il faut aller droit au but sinon on n'y arrivera pas », a conclu la députée. Pour le groupe S&D, le Roumain Dan Nica a estimé que le développement de la 5G est une occasion pour l'Europe de prendre la tête de la course. Le député craint toutefois un manque de financement. Il a ajouté que la cyber-sécurité était un élément très important pour une stratégie numérique réussie. « C'est peut-être la clé de notre succès », a-t-il estimé, en évoquant aussi la nécessité de créer éventuellement un système pour la certification, important pour la sécurité et la confiance dans les réseaux. Le Polonais Marek Jozef Grobarczyk, pour le groupe CRE, a déploré les blocages dans le fonctionnement des infrastructures en raison des différents systèmes mis en place aux niveaux nationaux. À propos du roaming, le député a mis en exergue le fait que les grandes entreprises de télécommunications étaient en partie détenues par les États membres. « Il ne faut pas trop d'ingérence des gouvernements », a-t-il recommandé. Pour le groupe ADLE, l'Estonienne Kaja Kallas a estime qu'il ne faut pas seulement peser les opportunités et les risques apportés par le numérique, mais évaluer aussi les possibilités qu'il offre pour l'industrie. En matière de réforme du droit d'auteur, « il faut un marché unique des contenus culturels ». Au nom de la GUE, l'Allemande Cornelia Ernst a superposé les questions éthiques aux questions techniques. Selon elle, il faut trouver un équilibre entre le marché intérieur et les droits des citoyens.
Alors que plusieurs questions des députés ont évoqué la nécessité d'aller plus vite en besogne, le commissaire Oettinger s'est exprimé clairement contre les lenteurs procédurales au Conseil. D'une session du Conseil à l'autre les gouvernements changent et ce ne sont plus les mêmes ministres qui traitent les dossiers, a souligné M. Oettinger, en déplorant des discussions qui tournent en rond et qui n'avancent pas, notamment sur la révision de la directive SMA (services de médias audiovisuels). « Ce rituel, c'est de la bêtise (…) J'aimerais des réunions à huis clos pendant une semaine quelque part dans un monastère avec les ministres, les députés ; comme le Concile qui se réunit pour élire un pape, ça doit être possible aussi pour nous dans une démocratie ! (…) Le monde numérique, Netflix, Amazon, ça va continuer, c'est une révolution permanente. On peut avoir une certaine autorité quand on prévoit », a déclaré le commissaire Oettinger. (Isabelle Lamberty)