Bruxelles, 07/05/2015 (Agence Europe) - Le ministre français des Finances, Michel Sapin, est d'avis que la réforme de l'Union économique et monétaire (UEM) doit avoir lieu à traité constant, le contexte politique en Europe n'étant pas propice à une révision des traités.
Faisons le maximum pour faire évoluer l'UEM « à l'intérieur des traités », a déclaré M. Sapin, jeudi 7 mai devant la presse. Commencer d'emblée par poser la question des traités créerait « à coup sûr une situation d'échec qui bloquerait toute solution », a-t-il ajouté.
Le ministre a avancé quelques dossiers qui permettraient, selon lui, aux pays de la zone euro de faire converger davantage leurs économies. Au 1er rang de ces mesures, il a placé « la lutte contre les agressions fiscales », citant la proposition visant à insuffler davantage de transparence sur les rescrits fiscaux ('tax rulings') et le paquet législatif attendu pour juin, qui tentera d'harmoniser la taxation des entreprises et d'encadrer les prix de transfert (EUROPE 11303). Sur le plan financier, il a évoqué l'union des marchés des capitaux qui a pour objectif de stimuler le financement non bancaire de l'économie. Et de plaider aussi pour davantage de « convergence dans le domaine social », notamment en matière de salaire minimum.
Plus tôt, devant la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, M. Sapin s'était fait l'écho des récentes propositions du groupe S&D prônant la définition d'une stratégie sur les politiques socio-économiques à mener à l'échelle de la zone euro (EUROPE 11307). « Avant d'examiner l'application à chaque pays, un par un, des règles budgétaires et les réformes structurelles - ce qui est nécessaire - il faut commencer par définir la stratégie de la zone euro dans son ensemble », a indiqué M. Sapin. Et d'ajouter: « Ce dont nous avons besoin, c'est d'une analyse régulière et globale sur la stratégie économique de la zone euro, c'est d'une réflexion qui prenne en compte tous les leviers publics dont nous disposons: les politiques de change, les politiques budgétaires, les politiques fiscales ».
Casser les clichés. Face à des eurodéputés parfois sceptiques sur l'ampleur des réformes menées en France, le ministre français a fait oeuvre de pédagogie avant de briser les « clichés » dont son pays serait victime, « même s'il y a toujours une part de vérité » dans ces idées reçues. Sa visite fut la première d'un ministre français des Finances, après les faux bonds répétés de son prédécesseur, Pierre Moscovici.
« La France part de loin du point de vue du déficit budgétaire. Et donc, c'est plus difficile. La première des priorités, c'est de respecter les perspectives que nous nous sommes fixées et que la Commission européenne et le Conseil Écofin ont fixées en termes nominal. 3% du PIB en 2017, nous y serons », a promis M. Sapin. Il a toutefois estimé contre-productif de prendre des mesures qui casseraient « la petite reprise économique ».
Le Conseil Écofin a accordé à la France un nouveau délai de 2 ans (de 2015 à 2017) pour qu'elle ramène son déficit sous la barre des 3% du PIB à condition notamment qu'elle effectue un effort budgétaire structurel (hors effet de la conjoncture) de 0,5% du PIB, en 2015, 0,8% en 2016 et 0,9% en 2017 (EUROPE 11200). La Commission présentera, mercredi 13 mai, ses recommandations par pays.
À Burkhard Balz (PPE, allemand) qui critiquait l'âge effectif (61 ans) de départ à la retraite en France, il a rétorqué que cet âge était, « il n'y a pas longtemps, de 58 ans ». Une des forces de la France, c'est sa « démographie positive »: il est difficile aujourd'hui de financer les retraites, mais dans 15 ans ce sera plus facile, une situation dont ne peuvent pas se prévaloir tous les États membres, a-t-il ajouté. (Mathieu Bion)