Bruxelles, 01/04/2015 (Agence Europe) - « Le Maroc doit refuser le rôle du gendarme de l'Europe » qui lui est suggéré au titre des accords de réadmission proposés, à ce pays comme à tous les pays de la rive sud de la Méditerranée, en contrepartie d'une facilitation des visas d'entrée dans le territoire communautaire. Des négociations sont en cours avec Rabat et doivent également s'ouvrir avec la Tunisie.
La recommandation émane de la FIDH (Fédération internationale des droits de l'homme) qui vient de publier un rapport, présenté mardi 31 mars à Rabat et portant sur le bilan de la première année de la nouvelle politique migratoire adoptée par ce pays en relation avec l'UE. Le Maroc « doit rompre avec une approche sécuritaire qui complique l'intégration des migrants au lieu de la faciliter », a souligné la secrétaire générale de la FIDH, lors de cette présentation. Le gouvernement marocain est prié de « concrétiser les efforts entrepris » dans sa politique migratoire (datant de septembre 2013) et « ne pas faire marche arrière». Selon des associations locales citées par la FIDH, « plusieurs signes indiquent un revirement sécuritaire inquiétant de la politique migratoire marocaine». Il y aurait eu « des opérations massives d'arrestation et d'enfermement des migrants, notamment dans la forêt frontalière de la ville de Melilla ». L'Espagne ayant adopté en 2014 « une loi autorisant la police et la Garde civile à reconduire à la frontière marocaine les migrants qui franchissent clandestinement les frontières à Ceuta et Melilla, en violation du droit international, notamment du droit d'asile et du principe de non-refoulement », note la FIDH.
Ces critiques sont de nature à raviver les craintes des pays de la rive sud d'avoir à faire le « sale boulot » pour le compte de l'UE. La Tunisie est également sollicitée et son ministre des Affaires étrangères a laissé entendre, en marge de la récente session du Conseil d'association (17 mars), que l'idée d'un casernement dans son pays de migrants illégaux refoulés d'Europe est à étudier (lire EUROPE du 18/3/2015).
Seule la Libye de Kadhafi avait accepté de signer un accord de réadmission et de détention sur son territoire de migrants refoulés d'Europe. Un protocole d'accord fut signé le 23 juillet 2007. Ses résultats ont été régulièrement dénoncés aussi bien par le Parlement européen que par les organisations de défense des droits humains. La FIDH notait en 2012 que, dans les camps dressés par la Libye à l'époque sous la coupe de Kadhafi, elle a rencontré des personnes enfermées après avoir été interceptées dans des embarcations de fortune en Méditerranée. Leurs témoignages laissent supposer que « les refoulements vers la Libye » (ont eu lieu) en violation des normes internationales rappelées dans un arrêt de la Cour européenne des droits de l'homme, Hirsi c. Italie, 23 février 2012)». L'accord signé par Bruxelles et Tripoli « montre comment la Libye a été intégrée au dispositif européen visant à externaliser les contrôles des frontières pour empêcher les arrivées de migrants, réfugiés et demandeurs d'asile sur le territoire européen ». C'est l'objet des accords de réadmission actuellement proposés aux pays de la rive sud. (Fathi B'Chir)