Bruxelles, 31/03/2015 (Agence Europe) - Lors d'une action à Bruxelles, devant le siège du Parlement européen, les producteurs de lait ont tiré la sonnette d'alarme: la fin des quotas de production de lait, mardi 31 mars, va conduire à un affaiblissement de la position des agriculteurs sur le marché et à des chutes de prix.
« Profitant des excédents laitiers escomptés, les multinationales négocieront encore plus âprement que par le passé les conditions d'achat du lait avec les producteurs. Les prix menacent de plonger au plus bas, car, désormais, les agriculteurs européens auront encore moins de pouvoir sur le marché pour imposer un prix du lait rémunérateur », avertit Romuald Schaber, président de l'European Milk Board (EMB). Sans un instrument de gestion des crises performant, les producteurs de lait redoutent des chutes de prix « prolongées et répétées », et la disparition d'une « grande partie des producteurs de lait ».
Pour sensibiliser les élus et l'opinion publique, des producteurs de lait européens se sont rassemblés devant le PE (une dizaine de tracteurs garés autour du rond-point de la place de Luxembourg) pour une action symbolique autour d'un feu. « Le système prévu au lendemain de l'abolition des quotas laitiers présente de grandes failles. Malheureusement, les élus ont échoué dans leur tentative de mettre en place un instrument approprié de prévention des crises », déplore Sieta van Keimpema. Selon la vice-présidente de l'EMB, les producteurs dans de nombreux pays de l'UE vont augmenter fortement leur production, alors que le marché est dans l'impossibilité de réellement absorber de tels volumes. « Des chutes de prix récurrentes seront inévitables, la prochaine crise s'annonce déjà », estime Romuald Schaber.
L'EMB continue de revendiquer la mise en oeuvre d'un programme de responsabilisation face au marché (PRM). Le programme obligerait les éleveurs laitiers à adopter un comportement conforme au marché en temps de crise. En cas d'excédents, les producteurs qui décideraient de diminuer leur production recevraient une prime. En revanche, ceux qui, en cas d'un marché saturé, augmenteraient leur production, devraient s'acquitter d'un 'prélèvement de responsabilisation'. L'EMB note que, depuis des mois déjà, les prix du lait sont, dans de nombreux pays européens, extrêmement bas. « Nous exigeons désormais que le superprélèvement encaissé pour la dernière campagne laitière (409 millions d'euros) soit utilisé pour le secteur laitier. Ces recettes devraient être allouées à la mise en oeuvre du programme de responsabilisation face au marché », revendique Romuald Schaber.
Le Copa-Cogeca demande d'adapter les mesures actuelles (intervention publique et stockage privé) et souhaite de nouveaux outils de gestion des risques: marchés à terme pour atténuer en partie la volatilité sur le marché, ou encore les assurances revenu/marges.
La Coordination Européenne Via Campesina (ECVC) a dénoncé mardi la fin du système des quotas laitiers, « qui implique l'abandon des producteurs et des productrices laitiers européens au profit des pratiques abusives de l'industrie et de la distribution ». Via Campesina défend une politique publique européenne avec des prix justes, une régulation de la production et du marché, la création d'un modèle de production laitière durable dans tout le territoire européen. (Lionel Changeur)