*** BERNARD GAGNON, JACKIE F. STEELE (sous la dir. de): Concilier démocratie et diversité. Essais de théorie politique. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Diversitas", n° 17. 2014, 222 p., 43,90 €. ISBN 978-2-87574-160-8.
Lorsque des politologues décident de se lancer dans l'écriture d'essais visant à mieux cerner l'espace politique du vivre ensemble à la lumière des théories politiques dominantes, le profane a en principe tout à craindre, tant il est vrai que le sérieux de la science politique est en règle générale directement proportionnel au côté obscur du propos développé. Ce livre relève, de ce point de vue, de l'exception qui confirme la règle - ou ce qui peut en tenir lieu. Peut-être la raison en est-elle que les neuf personnalités académiques réunies dans ces pages s'attaquent intellectuellement à un problème très concret dans le monde qui est le nôtre: comment gérer la démocratie dans le contexte de sociétés plus éclatées que jamais ? Ils apportent des réponses à cette question désormais incontournable en confrontant les mérites et défauts respectifs du libéralisme et du républicanisme qui, du point de vue de la théorie politique, « ressortent comme les deux grands rivaux dans les débats au sujet de l'aménagement de la diversité ». Dans une société libérale à l'américaine, le pluralisme culturel et religieux est cultivé en ce qu'il consacre « avant toute chose la liberté individuelle de choisir ses propres conceptions de la vie bonne dans le respect de la même liberté pour tous les citoyens », l'État devant s'accommoder de la « primauté des libertés individuelles ». Dans le républicanisme à la française, l'État doit, par contre, veiller à la sauvegarde de la communauté des citoyens qui, autour d'une référence collective au bien commun, est seule à pouvoir garantir la jouissance des libertés individuelles.
Précisons-le d'emblée, comme le font les coordinateurs du livre dans l'introduction: le but des auteurs n'est pas de déterminer quelle expérience nationale offre le meilleur accueil à la diversité. Leur objectif est d'interroger les fondements du libéralisme et du républicanisme afin d'en dégager les potentialités face au phénomène de la diversité, démarche qui leur vaut de donner du crédit à l'approche républicaine (mais pas au détriment de l'approche libérale) et, surtout, de délivrer quelques très intéressantes - et parfois surprenantes - réflexions sur les sources des exclusions dans les sociétés démocratiques contemporaines et la place que ces dernières pourraient accorder à une reconnaissance plus grande de la diversité. Dans un premier temps, deux auteurs plongent aux racines du républicanisme en rejetant les lieux communs qui circulent à son propos et en cherchant notamment à voir si « une société républicaine dans laquelle le bien commun et la diversité seraient deux principes complémentaires, fondateurs d'une liberté publique qui reconnaît la diversité sous toutes ses formes », est imaginable ou non. Dans ces contributions, on croise Rousseau, Kant, Bodin et Hobbes, mais on se saisit aussi de la question d'actualité politiquement sensible de l'interdiction du port des signes religieux dans les écoles françaises. A en croire les développements érudits de Jean-Fabien Spitz, cette interdiction découlerait d'une interprétation erronée des fondements de la laïcité, tant il est vrai que celle-ci vise avant tout à favoriser l'intégration de tous les citoyens. Donc, les musulmans aussi. Selon ce philosophe, c'est à tort que certains veulent faire de la « morale laïque » le socle d'une morale universelle et d'une culture homogène, « l'esprit républicain » ayant mieux à faire que de s'en prendre aux symboles religieux d'une minorité: mieux vaudrait par exemple, résument Bernard Gagnon et Jackie Steele, qu'il s'emploie à « renouer avec les idées de solidarité et de justice sociale qui sont les fondements de la cohésion sociale dans une société diversifiée ».
On l'aura compris, du poil à gratter intellectuel est mélangé à l'encre qui noircit ces pages. Dans la deuxième partie, la question de la diversité est abordée sous l'angle de la conscience des fondements de la démocratie. Il y est notamment question, chez Alain Renaut, de l'égalité de traitement et de l'égalité des chances, lesquelles doivent être reconnues comme le socle de la conscience démocratique moderne, une « éthique de la diversité » étant à inventer pour réconcilier ces deux lectures de l'égalité. Charles Taylor apporte, pour sa part, des réponses empreintes de créativité à cette question aussi essentielle que complexe: « comment produire des identités collectives sans conduire à des exclusions ? » Impossible d'y parvenir, selon lui, sans se doter d'une nouvelle conception de l'individu dans la société libérale et sans réinventer une démocratie dans laquelle les différences ne seront plus perçues comme des rivales potentielles, mais comme des compléments dans le plein épanouissement de chacun. Des éclairages décapants. Il en est d'autres encore dans la troisième partie du livre, qui vise à discerner des solutions politico-institutionnelles en vue de répondre aux exigences de reconnaissance des différences sans introduire des inégalités entre les citoyens. A la lumière du sort qui est encore et toujours réservé aux femmes, la philosophe et politologue américaine Iris Marion Young suggère, par exemple, que soit reconnue l'hétérogénéité de l'espace public et qu'une « citoyenneté différenciée » voie le jour afin que des droits spéciaux puissent être octroyés aux groupes opprimés. Qui a dit que les politologues ne posaient que des questions inintelligibles ?
Michel Theys
*** MARIA LUISA MANISCALCO: Voies et voix de l'islam européen. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (voir coordonnées supra). 2014, 146 p., 38,50 €. ISBN 978-2-87574-174-5.
Professeur de sociologie à l'Université Roma Tre, Maria Luisa Maniscalco s'emploie à montrer, dans ce petit ouvrage, « les voies possibles de la rencontre entre Europe et islam ». Partant de la conviction que les cultures ne sont pas statiques et ne peuvent être considérées comme des clôtures infranchissables, elle analyse dans un premier temps la transformation du tissu social des sociétés européennes suite aux vagues migratoires et les différents modèles d'intégration mis en oeuvre dans les pays européens. La sociologue s'intéresse ensuite aux « ombres » et « lumières » de la rencontre entre l'islam et l'Europe avant de s'attaquer, dans son troisième chapitre, à la place des femmes - « sentinelles » de l'ordre symbolique traditionnel - et des jeunes dans l'islam européen. Existe-t-il un islam européen et, dans l'affirmative, quelles sont ses caractéristiques spécifiques ? C'est notamment à ces questions que des réponses sont apportées, l'auteure prenant également en compte à cette fin le phénomène de réislamisation et les risques d'une radicalisation extrême, elle qui considère que les valeurs de la culture européenne commune - les droits fondamentaux, la démocratie et la liberté - sont essentielles pour la rencontre avec l'islam. Même si aussi, indique-t-elle, « à l'avenir, toute réflexion sur l'identité européenne devra tenir compte de la dimension musulmane »…
(MT)
*** DOMINIQUE AVON (sous la dir. de): Sujet, fidèle, citoyen. Espace européen (XIe-XXIe siècles). Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen, Suisse. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Dynamiques citoyennes en Europe", n° 6. 2014, 372 p., 88,30 €. ISBN 978-3-0343-1552-4.
Ponctuant un programme de recherche pluridisciplinaire ayant porté sur la question des citoyennetés et des identités au sein de l'espace européen, cet ouvrage constitue les actes d'un colloque scientifique organisé dans le cadre de l'abbaye de Fontevraud voici un an et demi. Il voit une vingtaine de chercheurs s'interroger sur différentes conceptions de l'être humain afin de saisir la manière dont sa place en société s'est modifiée au cours d'un millénaire. D'une grande variété (manuels de droit, codes, traités théologiques, lois, pamphlets, poèmes, romans, mémoires, essais philosophiques, enquêtes d'opinion…), les sources à la base de ces analyses conduisent toutes à l'Europe, tant il est vrai, explique l'historien Dominique Avon dans les conclusions qu'il tire, que « l'interrogation et la promotion de l'individu et de la personne, leur dépassement, les droits et devoirs qui leur sont associés, constituent l'un des éléments majeurs du passé européen avant sa diffusion dans le monde ». Les contributions conduisent ainsi de la place des musulmans dans le droit hispanique chrétien des XIe au XVe siècle au citoyen contemporain tel que perçu par Habermas. La condition juridique des individus au sein de l'Union européenne et la question de la citoyenneté européenne sont deux des thèmes d'actualité qui sont étudiés, le coordinateur de l'ouvrage observant à ce propos que les citoyens de l'Union, « s'ils sont des sujets dotés de droits spécifiques, (…) n'ont pas de devoirs à rendre à cette instance, ce qui affaiblit le lien ». Le chapitre introductif est signé par le philosophe Jean-Marc Ferry qui défend notamment le point de vue que si le principe économique rhénan a été subverti par le capitalisme atlantique, songer à sa réactivation consiste à envisager l'avenir en regardant dans le rétroviseur, seul un changement radical de paradigme étant requis désormais, par exemple sous la forme de « l'instauration d'un revenu social primaire » qui viendrait compléter le revenu issu de la production. Dans ce contexte, « l'euroméditerranée » est, selon ce philosophe français, une « utopie européenne » à cultiver car elle permettrait d'équilibrer « la prédominance allemande » au sein de l'Union et, surtout, donnerait raison à Kant pour qui le fondement de l'identité de l'Europe est de « s'ouvrir aux autres identités ».
(MT)
*** YANNIS GOUNARIS: À la recherche de la République européenne. La nouvelle discussion en vue d'une constitution de l'Union européenne. Editions Papazisi (2 Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél.: (30-210) 3822496 - fax: 3809020 - Courriel: papazisi@otenet.gr - Internet: http://www.papazisi.gr ). Collection « Politique européenne et internationale ». 2014, 218 p., 12,78 €. ISBN 978-960023043-7.
L'Europe est comme jamais à la croisée des chemins. Il est absolument certain qu'elle changera, mais bien malin qui peut affirmer comment. Certains imaginent l'Union européenne se dissoudre, résultat final et inévitable de la décadence actuelle, et céder la place ensuite à une nouvelle forme d'intégration européenne. D'autres la voient plutôt évoluer au gré d'une réforme fondamentale des structures et des institutions européennes existantes, option qui ne serait pas nécessairement moins radicale que la première. Dans cet ouvrage, Yannis Gounaris, spécialiste du droit européen et international enseignant à l'Université d'Athènes, se garde bien de trancher la question de savoir quelle est l'option la plus réaliste. De même, impossible de savoir aujourd'hui, selon lui, si un redémarrage démocratique du projet européen peut l'emporter sur l'inertie traditionnelle. En clair, il est parfaitement impossible de prédire de manière précise - et plus encore de planifier - la direction que l'histoire européenne prendra au cours des prochains mois. Par contre, avertit l'auteur, il est clair et évident que sans un sursaut démocratique, l'idée « subversive et révolutionnaire » d'une Europe unie s'éteindra et restera au cimetière des belles utopies avortées. Pour que ce ne soit pas le cas, il formule des recommandations afin de mettre en chantier des avancées institutionnelles qui donneront un nouveau départ à l'Europe en lui donnant les couleurs que veulent les citoyens.
(AKa)
*** ANTONIA GEISLER, MICHAEL HEIN, SIRI HUMMEN (sous la dir. de): Law, Politics and the Constitution. New Perspectives from Legal and Political Theory. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Central and Eastern European Forum for Legal, Political, and Social Theory Yearbook », n° 4. 2014, 217 p., 44,95 €. ISBN 978-3-631-6564-4.
Ce livre met en lumière les relations entre constitution, politique et droit dans une perspective contemporaine. Il est divisé en quatre parties: la révision constitutionnelle et la séparation des pouvoirs ; la révision constitutionnelle et les pays d'Europe centrale et de l'Est ; la théorisation de l'Union européenne: constitution, division des pouvoirs et souveraineté ; le bien commun, droits constitutionnels et obligations individuelles. Ecrites par des chercheurs d'Europe centrale et de l'Est, les contributions mettent en contexte cette thématique dans leur région. On y retrouve par exemple un chapitre écrit par Rafa³ Mañko qui traite du conflit entre la Cour suprême et la Cour constitutionnelle polonaises, la première ayant refusé de suivre l'avis de la deuxième en de nombreuses occasions. On peut noter aussi la révision du concept des trois pouvoirs (législatif, exécutif et judicaire) par Martin Belov, celui-ci y ajoutant quatre nouvelles forme de pouvoir, à savoir externe, financier, patronage (nomination et recrutement) et symbolique.
(HHe)
*** CHRISTIAN JOERGES, TOBIAS PINKEL, ULF UETZMANN (sous la dir. de): Josef Falke zum 65. Geburtstag. Zentrum für europäische Rechtspolitik ((Zerp, Universität Bremen, Universitätsallee GW1, D-28359 Bremen. Tél.: (49-421) 21866200 - fax: 21866230 - Courriel: zerp@zerp.uni-bremen.de - Internet: http://www.zerp.eu ) Collection "Zerp-Diskussionspapier". 2014, 173 p..
A l'occasion du 65ème anniversaire de Josef Falke et de son départ du Centre pour la politique juridique européenne de l'université de Brême, ses anciens collègues ainsi que des étudiants dont il a dirigé les travaux lui rendent hommage en publiant ce recueil d'articles. Certains relatent l'activité de Josef Falke en tant que professeur ainsi que sa contribution pratique au développement et au rayonnement du Zerp ; d'autres l'honorent en traitant l'un de ses domaines favoris, dans les trois derniers articles du recueil notamment. Mais tous, quelle que soit leur contribution, font explicitement référence au professeur en dépeignant parfois ses méthodes de travail et d'enseignement originales, sa disponibilité et son sens de l'initiative, Josef Falke étant d'ailleurs à l'origine des recueils du Zerp sous cette forme. Le plus souvent, les différents auteurs laissent transparaitre une sincère émotion.
(GLe)
*** Fedechoses… pour le fédéralisme. Presse fédéraliste (Maison de l'Europe et des Européens, 242 rue Duguesclin, F-69003 Lyon. Internet: http://www.pressefederaliste.eu ). Décembre 2014, n° 166, 40 p.. Abonnement annuel: 30 €.
Dans ce numéro de la revue fédéraliste française, l'ancien haut fonctionnaire européen Paolo Ponzano fait le point sur l'Initiative citoyenne relative à un New Deal pour l'Europe et sur les « limites du Plan Juncker », celui-ci ne pouvant, pour être efficace, dépendre de contributions « volontaires » des Etats membres. Le même thème est abordé dans d'autres contributions, une place importante étant aussi consacrée à l'opportunité d'accepter un « élargissement intérieur » sous la forme de l'indépendance reconnue à certaines régions.
(PBo)