Bruxelles, 09/03/2015 (Agence Europe) - Réunis jeudi 5 mars à Bruxelles, les membres de la commission des ressources naturelles (NAT) du Comité des régions ont fait part de leurs inquiétudes à propos des effets de la suppression des quotas laitiers (fin mars 2015) dans l'UE, surtout dans les régions dites défavorisées ou sensibles. Dans un projet d'avis élaboré par René Souchon (PSE, français), président de la région Auvergne, ils demandent aux instances européennes de prendre d'urgence des mesures pour sécuriser les revenus de tous les producteurs de lait.
« Dans le contexte de surplus de lait et de baisse du prix, tel que constaté depuis l'été 2014, cette perspective (fin des quotas) est extrêmement préoccupante car dans de nombreux États membres et régions la production laitière est un pilier essentiel de l'économie régionale et de la valeur ajoutée agricole », a souligné le rapporteur René Souchon, avant d'ajouter que « la sécurisation des revenus des producteurs laitiers sur tous les territoires est une condition nécessaire pour maintenir l'agriculture et un tissu rural vivant dans l'ensemble des régions européennes, et ce afin de répondre à l'objectif de cohésion territoriale de l'UE ».
Dans le projet d'avis d'initiative adopté, les membres de la commission NAT appellent les instances européennes à prendre des mesures de sécurisation des revenus de tous les producteurs laitiers, comme l'ont par ailleurs fait la plupart des autres grands pays producteurs de lait, tels que l'Inde, la Chine, le Japon, la Corée du Sud, le Canada ou les États Unis, qui ont maintenu - voire renforcé - leurs soutiens ou leurs protections dans le secteur laitier.
Le projet d'avis préconise notamment, à court terme: - de chiffrer pour les zones « intermédiaires » et les zones défavorisées la perte globale d'emplois mais aussi de valeur ajoutée et de biens publics qu'impliquerait un abandon de la production laitière ; - d'améliorer l'efficacité de la contractualisation en élargissant le dispositif à toute la filière, en incluant notamment la grande distribution - la contractualisation vise à formaliser une relation commerciale durable entre un producteur et son client avec pour objectif une mise en adéquation de la production à un débouché ; - d'améliorer le fonctionnement de l'Observatoire européen du lait et de mettre en place les moyens nécessaires pour qu'il puisse devenir un véritable outil de pilotage et non pas seulement d'observation a posteriori ; - de remonter immédiatement le niveau du filet de sécurité, pour une durée limitée et pour faire face à la crise imminente, en attendant la mise en place d'un autre dispositif ; - de prendre d'urgence des mesures de sécurisation des revenus de tous les producteurs laitiers.
À moyen terme, il est préconisé: - d'harmoniser les indemnités compensatoires de handicaps naturels, financées à 100% sur le budget UE, restaurer l'aide à la collecte laitière, soutenir la promotion et le développement de la mention 'montagne' pour les produits laitiers, sous réserve d'un niveau suffisant d'autonomie alimentaire ; - d'encourager la préservation de la production laitière , notamment à partir de races plus mixtes et plus rustiques valorisant les prairies plutôt qu'avec des troupeaux très spécialisés consommant de plus en plus de céréales et de soja ; - d'élaborer un grand plan de développement rural pour tous les pays qui disposent de petits troupeaux, où le lait concerne encore la majorité des fermes, et dont l'avenir semble compromis après la disparition des quotas, alors que ces élevages sont la base du tissu rural. (Lionel Changeur)