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Bulletin Quotidien Europe N° 11269
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Quelques vérités sur la Grèce et la zone euro

Constatations. Les acrobaties verbales ne modifient pas la réalité: la permanence de la Grèce dans la zone euro est devenue problématique. On pourrait même affirmer que le fonctionnement particulier de ce pays la rend impossible. Ce n'est pas une critique mais une constatation. La Grèce a évidemment sa place dans l'UE et elle a droit aux avantages et aux soutiens implicites, comme les États membres de l'UE qui ne font pas partie de la zone euro mais participent pleinement à l'activité communautaire. Mais la structure de l'économie grecque n'est pas compatible avec les règles de la monnaie unique, surtout parce qu'une partie essentielle de son économie reste en dehors de toute manière. Les faits le prouvent.

La flotte grecque de pêche est la troisième du monde, après la chinoise et la russe: 4,707 navires, 105 milliards d'euros de valeur, une cinquantaine de familles propriétaires. Et cette partie essentielle de l'économie du pays n'est pas soumise à impôt pour son activité en dehors des eaux nationales. C'est la Constitution nationale et son article 89 qui le disent et les armateurs grecs ont menacé officiellement que, si cet article était modifié, ils quitteraient en 24 heures leur pays pour transférer leur siège ailleurs ; or, leur activité donne du travail à 250 000 personnes. Il faut admettre que ces armateurs ont fait quelques efforts en faveur des comptes de l'État: ils ont accepté une taxe temporaire d'urgence en 2012 pour contribuer à affronter la crise nationale, équivalente à 500 millions d'euros en cinq ans. Et ils soulignent que leurs gains ne servent pas à enrichir quelques personnes ou à déposer de l'argent en Suisse, mais à acheter de nouveaux navires, pour le bien du pays. Il est évident que ces justifications ne sont pas à prendre à la lettre. Ce n'est pas par hasard que les médias grecs les ont baptisés Les nouveaux Onassis.

Évolutions difficiles. Ce qui précède explique en partie les difficultés grecques à respecter les disciplines de la zone euro. Athènes continue à demander des dérogations et des soutiens, et les discussions avec les autres pays de l'Eurogroupe ont connu, on le sait, des moments de grande tension. Lorsque le Premier ministre grec a attribué l'attitude réticente de l'Espagne et du Portugal à des raisons électorales nationales, son homologue espagnol, M. Rajoy, a demandé à la Commission européenne de condamner ouvertement les propos de M. Tsipras. Et les autorités de Lisbonne ont souligné que le gouvernement grec avait fixé le salaire minimal national à un niveau supérieur à celui en vigueur au Portugal, avec comme résultat que Lisbonne doit contribuer au financement d'avantages pour le peuple grec qui dépassent ce que le gouvernement de M. Passos Coelho est en mesure de garantir à ses propres citoyens.

Départ inévitable ? Le problème grec est en réalité national dès le départ, avant de devenir européen. Dans les premières années de l'euro, l'hypothèse d'une sortie de la Grèce était rejetée a priori. Cette rubrique était pratiquement seule à estimer que si un pays n'est pas en mesure de respecter les règles de la monnaie unique, il doit tout simplement la quitter, afin que son fonctionnement et son équilibre soient respectés. Je me suis toujours interrogé sur les raisons de l'opposition de principe à cette éventualité, et je me demande encore si les intérêts des banques et autres organismes financiers n'étaient pas la vraie motivation des réticences.

Or, la thèse de l'impossibilité d'une telle évolution est à présent dépassée ; au contraire, ses modalités et conséquences sont analysées en détail, on en parle amplement.

Selon l'Institut Jacques Delors, la Grèce pourrait émettre une monnaie nationale dévaluée par rapport à l'euro. Selon Pascal Lamy, président d'honneur de cet institut, la Grèce a réalisé des réformes significatives mais doit encore agir sur le plan national dans des domaines essentiels: collecte des impôts, corruption, système judiciaire. Ces lacunes rendent impossible le respect des règles de la zone euro. Il y a un certain nombre d'années, la sortie d'un pays aurait compromis l'existence même de la monnaie commune ; aujourd'hui, ce n'est plus le cas.

Certes, les pertes pour les pays de l'UE qui ont ou auront financé la Grèce seraient considérables ; mais continuer à gonfler la dette n'est pas une solution.

L'évolution est déjà en cours et des surprises ne sont pas exclues. Selon certains observateurs, la Grèce pourrait demander et obtenir des financements… en Russie. De tous les points de vue, la situation a des aspects désagréables. De toute manière, il ne sert à rien de cacher la vérité.

(FR)

 

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