Bruxelles, 06/02/2015 (Agence Europe) - Centrée sur les chapitres du soutien interne, de l'accès aux marchés et des stocks publics, la première session de travail de l'année sur le volet agricole du round de Doha à l'OMC, mercredi 28 janvier, a montré que le fossé entre les acteurs majeurs reste important.
Sur le soutien interne, les délégations ont examiné un document soumis par les pays du groupe de Cairns (les pays exportateurs agricoles nets dont l'Australie, le Canada, le Pakistan et le Chili) pour évaluer dans quelle mesure six acteurs clés devraient ajuster leur soutien interne actuel au regard des limitations prévues dans le projet d'accord-cadre de 2008, qui reste sur la table. Selon eux, l'UE, la Chine, l'Inde, le Brésil et le Japon n'auraient rien à faire, tandis que les États-Unis devraient procéder à des baisses, car leurs soutiens dépassent de 3,6 milliards dollars les seuils envisagés. Les États-Unis ont contre-attaqué en estimant que les aides accordées par les pays émergents à leur agriculture faussent aussi la concurrence.
Sur l'accès au marché, les délégations ont examiné deux documents des pays en développement du groupe G-33, présentés par l'Indonésie, qui traitent des 'produits spéciaux' (produits pour lesquels ces pays pourraient procéder à des réductions tarifaires plus faibles que la norme, ou nulles) et du mécanisme spécial de sauvegarde (mécanisme qui les autoriserait à augmenter temporairement les droits de douane dans le cas de chute de prix ou de poussée soudaine des importations). Les pays du G-33 ont insisté sur la nécessité de ces protections pour leur agriculture, mais celles-ci restent pointées du doigt par les pays du groupe de Cairns et les États-Unis.
Notons que, lors de cette première réunion, l'UE a rappelé que la réforme de sa politique agricole commune (PAC) a constitué un effort important de sa part. Appuyée par la Suisse, l'UE a aussi demandé que les indications géographiques figurent dans un accord final.
« Mon conseil à vous tous, vraiment, c'est d'être plus concrets les uns avec les autres, car si nous restons dans cet océan de généralités, nous n'allons probablement pas y arriver », a conclu le médiateur de l'OMC sur le dossier agricole, l'ambassadeur néo-zélandais John Adank.
Lors d'une session de travail séparée, les délégations ont abordé la question de la gestion des stocks publics à des fins de sécurité alimentaire dans les pays en développement, l'objectif étant de parvenir à un accord sur une solution permanente d'ici fin décembre. Sur ce dossier, l'Inde a obtenu, en novembre dernier, que la 'clause de paix' (qui autorise les pays en développement à stocker des produits agricoles en dépassant les limites fixées par l'OMC pour le soutien interne) soit valable à durée indéterminée dans l'attente d'une solution permanente. En la matière, la seule proposition sur la table est celle du G-33 qui veut placer les stocks publics dans la 'boîte verte'. L'Australie, le Brésil, le Canada, les États-Unis, le Japon et l'UE ont mis en garde contre les risques de distorsions des échanges engendrés par une telle dérogation.
Dans la foulée du mini-accord de Bali conclu en décembre 2013, les 160 pays membres de l'OMC doivent établir d'ici le 31 juillet un programme de travail détaillé sur les principaux volets du round de Doha - agriculture, produits industriels et services, l'idée étant de rendre possible un accord global à l'occasion de la prochaine conférence ministérielle de l'OMC, en décembre prochain à Nairobi (Kenya). (EH)