login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 11248
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

GRÈCE: perplexités et incertitudes

Années perdues. Jusqu'à quel point les institutions européennes et les États membres de l'UE avaient-ils compris en temps utile le problème financier grec, avant de tomber tous ensemble dans le chaos actuel ? Cette rubrique était bien isolée lorsqu'elle suggérait, dès que les difficultés étaient apparues insurmontables, la sortie de la Grèce de la zone euro, en faisant confiance aux juristes pour définir la formule appropriée. Maintenant, on se débat dans des difficultés et complications sans fin, impliquant pour les États membres des coûts très lourds, alors que les situations budgétaires sont partout très difficiles.

Notre bulletin rend compte régulièrement des évolutions. J'ajoute quelques considérations sur l'origine et la réalité de ce qui arrive.

Poids réel de la dette grecque. Il n'est pas simple de s'orienter dans les chiffres, car les experts fournissent des données complexes et parfois presque mystérieuses pour les non-spécialistes. Disons que les calculs les plus simples situent la dette grecque à 322 milliards d'euros, répartis essentiellement entre les États de la zone euro: 60 milliards pour l'Allemagne, 45 pour la France, jusqu'à 40 pour l'Italie et ainsi de suite pour les autres États. Le total du crédit serait d'environ 200 milliards pour les pays qui participent à la monnaie unique, auxquels s'ajoutent les 26 milliards de la BCE.

En général, cette situation n'est pas utilisée comme argument par les pays créditeurs, même si le ministre espagnol de l'Économie, Luis de Guindos, avait observé que le prêt de son pays à la Grèce (environ 26 milliards d'euros) était « l'équivalent de ce que nous dépensons en un an pour aider les personnes sans emploi » et que « n'importe quel homme politique responsable voudrait récupérer cet argent » (EUROPE 11240).

Soutien suspendu. Le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, a souligné que l'histoire de l'UE est « faite de désaccords, mais en définitive de compromis ». Il a quand même refusé une nouvelle réunion à Athènes avec la Troïka classique: Commission européenne-BCE-FMI. Après quoi, la BCE (Banque centrale européenne) a annoncé par un communiqué que le régime de faveur accordé aux banques grecques était suspendu.

En principe, Athènes devrait rembourser 2,3 milliards au FMI en février ; 6,7 milliards à la BCE en juillet ; 15 milliards aux banques grecques en général (EUROPE 11244).

On sait que l'une des faiblesses reprochées à la Grèce est son incapacité à collecter efficacement l'impôt. Les détails techniques de la position de la BCE sont disponibles: ils sont très techniques.

Droit de veto. Le gouvernement grec dispose, comme chaque État membre, d'un droit de veto sur les décisions communautaires qui requièrent l'unanimité. C'est normal. Mais l'usage de ce droit n'est pas uniforme. Par exemple, le vice-ministre grec de l'Intérieur, Georgios Katrougkalos, a confirmé que son pays utilisera le droit de veto pour bloquer le TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership), c'est-à-dire le projet d'accord entre l'UE et les États-Unis visant à faciliter les échanges commerciaux et les investissements. En laissant de côté les détails juridiques, je rappelle que le TTIP doit être approuvé par les institutions communautaires et aussi par tous les États membres. Ce traité est controversé, on en discute ; mais, à présent, tout débat est devenu inutile, le veto grec ayant, vraisemblablement, tranché la question. Étrange comportement dans une Union.

Fraternité avec la Russie ? Le gouvernement grec a eu tout récemment avec les autorités russes un échange chaleureux, riche en félicitations et compliments réciproques. Rien à redire: les relations positives avec Moscou ont toujours été considérées par cette rubrique comme un objectif nécessaire. Mais le dialogue doit être poursuivi par l'UE en tant qu'ensemble (même si elle est parfois représentée par l'une ou l'autre personnalité) pour discuter avec la Russie d'égal à égal en vue d'analyser les divergences et négocier les compromis en faisant valoir les intérêts européens. Or, le ton de la démarche grecque est assez différent…

N'oublions pas que le 27 janvier dernier la Grèce s'était dissociée formellement d'une déclaration de l'UE relative à des sanctions nouvelles à l'égard de la Russie ; elle entendait s'y opposer. Le Conseil de l'UE avait alors suggéré de préciser que le texte en question avait été approuvé par 27 États membres et non 28 ; cette formule n'avait pas été acceptée à Athènes. Le cabinet du Premier ministre grec avait ensuite indiqué que M. Tsipras avait exprimé le mécontentement de son pays, lors d'une conversation téléphonique avec Federica Mogherini, Haute Représentante pour les Affaires étrangères (voir les détails dans EUROPE 11241).

Rien de dramatique, mais c'est là un élément supplémentaire de perplexité que l'attitude de la Grèce actuelle pourrait susciter. Le moment est difficile et l'Europe doit être soudée.

(FR)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
POLITIQUES SECTORIELLES
ACTION EXTÉRIEURE
INSTITUTIONNEL
COUR DE JUSTICE DE L'UE
CALENDRIER