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Bulletin Quotidien Europe N° 11244
Sommaire Publication complète Par article 33 / 33
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1079

*** JOHN RYAN (sous la dir. de): The Global Currencies Conundrum. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen, Suisse. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2014, 149 p., 42,80 €. ISBN 978-3-0343-1767-2.

Sans que le commun des mortels ne s'en aperçoive, une gigantesque guerre des monnaies est en cours au niveau mondial. C'est ce que montre ce très instructif ouvrage qui voit trois éminents scientifiques révéler les grandes manoeuvres en cours en vue d'enfanter - ou d'empêcher cet enfantement, dans le chef de certains milieux anglo-américains… - un système monétaire multipolaire sur les décombres de l'hégémonie du dollar. Il y est question de la guerre monétaire qui se déroule et s'accentue depuis plusieurs années, opposant de manière frontale la Chine et les États-Unis, les contributions soulignant le rôle majeur joué dans ce bras de fer par l'euro, lequel est carrément, par-delà les atermoiements des responsables politiques européens, l'arbitre qui pourrait faire pencher le fléau d'un côté ou de l'autre...

Dans cette guerre monétaire sino-américaine, « l'Europe a-t-elle assez de puissance monétaire pour agir comme courtier » ? C'est à cette question que Miguel Otero-Iglesias apporte d'abord des réponses en envisageant non seulement le rôle de l'euro comme monnaie de réserve, mais surtout comme un instrument de nature à saper l'hégémonie du dollar. Selon ce chercheur spécialiste de l'économie européenne et des marchés émergents à l'Institut royal Elcano de Madrid, la monnaie unique a tous les atouts pour ce faire. La zone euro n'est-elle pas, en effet, la preuve vivante qu'une coopération monétaire étroite est possible au plan régional, donc qu'elle devrait pouvoir l'être au niveau mondial ? Toutefois, les dirigeants politiques européens sont-ils disposés à vouloir remettre en cause le système monétaire basé sur la « norme-dollar-flexible » au profit d'un régime de taux de change plus coordonné et mieux géré ? Il n'est pas sûr que ce soit du goût de Berlin qui « a toujours essayé d'éviter d'être trop en opposition avec les États-Unis », sans compter que le statu quo n'est peut-être pas pour déplaire à une Allemagne capable de vivre mieux que ses partenaires de la zone euro avec « un euro surévalué ». Voilà peut-être en partie pourquoi la zone euro reste aujourd'hui encore divisée sur le plan politique, ce qui l'empêche bien entendu de faire pression sur les dirigeants américains afin qu'ils renoncent au « privilège exorbitant » que la centralité du dollar leur offre. Les forces et les faiblesses de la zone euro sont également au coeur de la contribution qui voit le Pr. Marie-José Rinaldi-Larribe dénoncer en termes sévères les failles majeures dans sa gouvernance, à savoir celles qui sont « liées à la non-existence d'un gouvernement européen disposant du pouvoir de dépenser et de taxer, indépendant des gouvernements nationaux, corrigeant l'absence d'un degré minimal d'intégration budgétaire et d'unification politique ». Pourfendant le refus d'obligations européennes, la minceur du budget européen et l'actuel tout à l'austérité sans contrepoids au service de la croissance, cette économiste enseignant en France que la zone euro ne s'en sortira que si elle va « vers plus de fédéralisme, moins d'intergouvernementalisme ».

Voilà qui est l'évidence pour certains, mais pas dans les cénacles qui font - et actuellement défont - l'Europe. Les dirigeants européens seraient toutefois bien inspirés de se plonger dans ce livre afin de prendre conscience qu'ils ratent peut-être, par leur comportement actuel, une occasion unique de peser sur la manière dont le monde se façonne. Les trois autres contributions montrent effectivement de manière éclatante combien le monde change, le domaine monétaire en étant le révélateur implacable. Ainsi, observe le Pr. John Ryan, si le dollar américain a incontestablement été la plus parfaite incarnation d'une véritable monnaie mondiale, il jouit aujourd'hui d'un privilège relevant carrément de l'extorsion, ce sous l'action d'une Réserve fédérale qui, avec Greenspan et Bernanke, a imposé un système monétaire indésirable car bénéfique seulement pour Wall Street. Dans une autre contribution, ce professeur notamment actif à l'Institut Von Hügel du Collège St. Edmund à l'Université de Cambridge envisage quatre scénarios possibles pour accompagner l'inéluctable déclin du dollar comme monnaie de réserve, ce qui l'amène notamment à constater que la préservation de la monnaie unique n'est plus seulement l'affaire des Européens concernés, mais qu'elle est aussi instrumentalisée par les dirigeants chinois afin d'internationaliser le renminbi et comme contribution à l'émergence d'une ordre monétaire multipolaire. La pertinence de cette assertion est largement démontrée par le Pr. Otero-Iglesias qui, pour sa part, montre combien Beijing a oeuvré afin d'asseoir la crédibilité de l'euro et sa valeur sur les marchés, alors même que les milieux financiers anglo-saxons s'affairaient à le fragiliser. Et ce spécialiste d'expliquer de manière très convaincante les raisons pour lesquelles la Chine met tant d'empressement à défendre la cause de la monnaie unique, son souci de se gagner de la sorte un partenaire stratégique majeur dans la reconfiguration du système monétaire international n'étant pas le moindre. Ses investissements en Europe dans le contexte de la crise des dettes souveraines en sont une autre manifestation, tant il est vrai que les dirigeants chinois veulent à tout prix éviter que la zone euro explose et disparaisse.

Michel Theys

*** REMY HERRERA, WIM DIERCKXSENS, PAULO NAKATANI (sous la dir. de): Beyond the Systemic Crisis and Capital-Led Chaos. Theoretical and Applied Studies. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - http://www.peterlang.com ). Collection « Business & Innovation », n° 9. 2014, 260 p., 48,20 €. ISBN 978-2-87574-183-7.

Les auteurs de cet ouvrage naviguent dans les mêmes eaux que ceux du livre présenté ci-dessus. Ils y discernent les mêmes courants porteurs de dangers, les mêmes nuages d'orage violent, mais ils élargissent les contours de la menace: se revendiquant marxistes, c'est « la Grande Dépression du 21ème siècle » dans laquelle notre monde occidentalisé serait entré qu'annoncent ces économistes, sociologues et autres politologue et physicien. C'est la crise d'un capitalisme victime d'une financiarisation outrancière qu'ils s'emploient à analyser à l'aide des outils, concepts, méthodes et théories d'un marxisme parfaitement adapté, à leurs yeux, pour discerner les « transitions post-capitalistes » possibles. A leurs yeux, la crise en cours résulte du fait que l'élite financière s'est engagée dans une « stratégie guerrière » visant, entre autres, à « établir un ordre mondial sous son hégémonie par la création d'un État global sans frontières ni citoyens », son but étant désormais de mettre main basse sur la « richesse réelle » qui est encore produite dans le monde. Ce qui est excessif est insignifiant ? Sans aucun doute. Il n'empêche que bon nombre des points soulevés dans les contributions interpellent et méritent à tout le moins réflexion. Ainsi en est-il de l'accusation d'emblée portée par Wim Dierckxsens selon laquelle « la plus grande crainte du capital financier anglo-américain est que la zone euro se transforme non seulement en Grande Allemagne mais, pire, qu'elle le fasse en alliance avec la Chine et la Russie dans le cadre d'un Bloc continental eurasiatique » - ce qui entre parfaitement en résonance avec l'une des idées développée par les auteurs non marxistes du livre précédent… Pour le coordinateur de l'Observatoire international de la crise, cette menace est insupportable pour des forces conservatrices unilatéralistes et impérialistes désormais prêtes à tout aux États-Unis pour déstabiliser l'euro, mais également le dollar, tant il est vrai, avance cet auteur, que les banquiers mondiaux iraient jusqu'à vouloir profiter de la panique actuelle « pour remplacer le dollar et la Réserve fédérale par une autorité monétaire mondiale qu'ils contrôleraient eux-mêmes, libres de tout contrôle étatique, même du gouvernement américain ». Dans une autre contribution qu'il signe avec le physicien nicaraguayen Antonio Jarquín, Wim Dierckxsens s'emploie à expliquer les spécificités d'une économie de guerre en ces temps de grande dépression, montrant tout à la fois que les dépenses militaires américaines sont désormais hors de contrôle - ce qui, observe-t-il, était vrai pour l'Union soviétique juste avant sa chute et sa désintégration - alors que la Chine a, elle, les moyens de s'engager dans une course aux armements. De là à penser qu'une guerre pourrait intervenir entre les États-Unis, la Chine et, peut-être, la Russie, il n'y a qu'un pas à franchir… Dans la suite de l'ouvrage, les auteurs envisagent notamment la possibilité d'un nouveau New Deal (mais ce serait le style de vie occidental qui serait désormais condamné), les notions marxistes de capital et profit fictifs, de la lutte des classes telle qu'elle se serait développée au temps du néolibéralisme, enfin la manière dont la Chine pourrait influencer le cours des choses.

(MT)

*** GERVAIS WILLIAMS: The Future is small. Why AIM will be the world's best market beyond the credit boom. Harriman House (18 College Street, Petersfield, Hampshire, GU31 4AD, UK. Tél.: (44-1730) 233870 - Courriel: contact@harriman-house.com - Internet: http://www.harriman-house.com ). 2014, 127 p., 16,99 £. ISBN 978-0-85719-420-6.

Gestionnaire de fonds bien connu à la City de Londres depuis le milieu des années 80, Gervais Williams fait, avec ce livre, le procès de la course au toujours plus grand et plus gros qui est depuis plusieurs décennies la règle dans le monde des affaires et de la finance. Aux yeux de ce praticien, la « petitesse » offre des avantages que les investisseurs seraient coupables de ne pas prendre en compte en cette période de crise. C'est avec enthousiasme qu'il apporte une réponse affirmative à la question de savoir s'il « se pourrait que les petites entreprises soient profilées pour être les meilleures performances du marché boursier à l'avenir ». Même si son collègue Luke Johnson tient à rappeler dans sa préface qu'il n'est pas de recette dépourvue de risques dans le domaine des investissements boursiers, l'auteur défend avec passion et compétence la cause du Marché d'investissement alternatif, à savoir d'un marché britannique dédié aux petites entreprises en croissance. De la sorte, c'est aussi, indirectement, un hommage qui est rendu aux patrons-propriétaires et développeurs attachés au capital de petites entreprises, bien loin des CEO qui vivent au rythme des plans de carrière et des stock-options

(PBo)

*** YANNIS PALAIOLOGOS: Le 13e exploit d'Hercule. Histoires de la grande crise. Editions Hestia (84 rue Evripidou, GR-10553 Athènes. Tél.: (30-210) 3213907 - fax: 3214610 - Courriel: info@hestia.gr - Internet: http://www.hestia.gr ). Collection « Histoire et Politique ». 2014, 306 p., 15 €. ISBN 978-960-05-1618-0.

Comment une économie apparemment prospère et évoluée du coeur de l'Europe a-t-elle pu s'effondrer aussi rapidement ? Et pourquoi a-t-il fallu lutter si longtemps pour qu'elle puisse se remettre sur ses pieds ? A travers une série de récits passionnants sur des épisodes d'avant et pendant la Grande Crise, ce livre met en évidence les courants sociaux, culturels et politiques qui ont laissé la Grèce sans défense quand est arrivée sur ses rives la tempête économique mondiale. Il décrit aussi l'interaction pernicieuse entre la récession, le déclin institutionnel et la dissolution sociale à partir de 2010. L'auteur, ex-directeur du journal Free-Sunday et actuellement éditorialiste au journal Kathimerini, converse avec des protagonistes de la tentative de réforme du système de Sécurité sociale, avec les principaux armateurs sur la façon dont ils voient la relation avec l'État grec, avec des réfugiés de Syrie et avec les Athéniens qui se sentent assiégés dans leur ville. Avec toutes ces histoires, treize au total, d'où le titre du livre, Yannis Palaiologos montre l'image d'un pays où la confiance est en panne, tant vis-à-vis de l'État qu'entre les citoyens eux-mêmes. D'où son constat amer que sans la reconstruction totale du pays, toute reprise économique reposera sur des bases fragiles…

(AKa)

*** COSTAS KOLMER: Le problème des banques et le développement. Editions Livanis (98 Solonos, GR-10680 Athènes. Tél.: (30-210) 3661200 - fax: 3617791 - Courriel: webmaster@livanis.gr - Internet: http://www.livanis.gr ). 2014, 144 p., 10 €. ISBN 978-960-14-2875-8.

Comme le coeur fait circuler le sang, les banques sont censées faire circuler l'argent. Mais voilà, l'argent est désormais de plus en plus rare dans les poches des Grecs, si bien que, selon Costas Kolmer, économiste réputé et éditorialiste dans des quotidiens grecs, les prêts non remboursés aux banques se sont élevés à… 77 milliards d'euros. En outre, l'argent dont les banques disposent ne retourne pas au marché: il sert à payer leurs dettes à la Banque centrale européenne et à augmenter leur capital en prévision d'un prochain « stress test » qui condamnera même certaines d'entre-elles à une problématique recapitalisation. Pendant ce temps, l'impasse politique persiste et certains mettent leurs espoirs dans un effacement d'une partie de la dette publique. Pour Costas Kolmer, la Grèce est un « État défaillant » qui est victime depuis longtemps de problèmes politiques bien plus qu'économiques. Le pays doit sans tarder rendre la justice plus rapide, déclarer la guerre à la corruption et s'attaquer résolument à l'immigration clandestine, faute de quoi il restera un « État défaillant », détesté aujourd'hui par ses citoyens pour ses impôts « extraordinaires » excessifs et vidé de son sang par la fuite des capitaux à l'étranger. En clair, soutient l'économiste, sans une révolution des mentalités chez ceux qui dirigent le pays, aucune sortie de crise n'est envisageable, ce même si la dette nationale était remise à zéro.

(AKa)

*** CATALIN-SILVIU SARARU (sous la dir. de): Studies of Business Law. Recent Developments and Perspectives. Peter Lang (voir coordonnées supra). 2013, 316 p., 61,95 €. ISBN 978-3-631-64128-6.

Cet ouvrage rassemble les contributions scientifiques présentées à l'occasion de la deuxième conférence internationale consacrée aux « Perspectives du droit des affaires au troisième millénaire » qui a été organisée à l'Académie d'études économiques du Bucarest voici un peu plus de deux ans. Les intervenants viennent principalement d'Europe centrale et orientale, leurs contributions portant sur le droit comparé, le droit européen et le droit commercial international, mais aussi sur certaines particularités du droit roumain en matière de commerce. S'adressant tout particulièrement aux étudiants, chercheurs et spécialistes, l'ouvrage est divisé en trois chapitres, le premier portant sur les développement récents et les perspectives en matière de droit commercial au niveau européen, le deuxième sur la transposition des directives dans le droit national et la troisième sur les évolutions intervenues et le perspectives qui se dessinent au plan international.

(CDe)

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