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Bulletin Quotidien Europe N° 11240
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AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

UE-RUSSIE: la coopération devient indispensable

Évolutions en cours. Dans les relations entre l'UE et la Russie, chaque jour apporte quelque chose de nouveau. Mais dans quel sens ? Positif ou négatif ? À mon avis, les aspects favorables prévalent, la coopération existe et se développe. Certes, les difficultés existent et continueront à exister. Mais les raisons de coopérer prévalent largement et l'UE a autant de raisons que Moscou de souhaiter le rapprochement, sinon davantage. Par exemple, dans le secteur gaz-pétrole, les divergences actuelles coûtent plus cher à l'UE qu'à la Russie.

Heureusement, plusieurs symptômes indiquent que les deux parties souhaitent éviter progressivement le système maudit des sanctions réciproques, solution qui a déjà pesé lourdement sur les deux économies et qui aggrave les désaccords au lieu de les apaiser. À présent, les négociations commencent à remplacer le mécanisme des rétorsions automatiques de part et d'autre. On discute. Un exemple: Bruxelles et Moscou sont en train de se mettre d'accord sur la relance des exportations européennes de plusieurs produits agricoles sur le marché russe (EUROPE 11236) ; c'est à première vue un aspect mineur, mais il est significatif et surtout positif pour les opérateurs concernés.

La réciprocité et le cas South Stream. Les faits prouvent que l'avantage du dialogue est réciproque ; il est faux que les désaccords prolongés nuisent surtout à la Russie. Une preuve ? La décision de Moscou de supprimer le projet du gazoduc South Stream gêne fortement l'UE. Je rappelle qu'il devait relier la Russie à la Bulgarie en passant sous la mer Noire, avant d'acheminer le gaz en deux directions: l'une vers l'Autriche, la Croatie et la Slovénie (en passant par la Serbie et la Hongrie), l'autre vers l'Italie en passant par la Grèce. À cause des divergences, la Russie a annoncé son remplacement par une nouvelle voie passant par la Turquie, le Turkish Stream. L'UE devrait alors réviser les voies d'approvisionnement prévues. Le vice-président de la Commission européenne chargé de l'Union de l'énergie, Maros Sefcovic, s'est précipité à Moscou le 14 janvier pour y voir clair. Il y a rencontré le ministre russe de l'Énergie, Alexander Novak, et le président de Gazprom, Alexei Miller, sans résultats probants paraît-il. Mais M. Sefcovic ne croit pas au nouveau projet russe ; c'est à son avis un bluff, et il ne le cache pas (EUROPE 11237).

Dialogue nécessaire mais progressif. Les faits prouvent que les intérêts des deux parties imposent le dialogue et la recherche du compromis en cas de divergences ; chacun défend évidemment ses intérêts, mais autant que possible dans un esprit de coopération. Certes, un tel modus vivendi ne s'improvise pas et, surtout, la bonne volonté doit être réciproque; mais l'esprit doit être celui de la coopération.

Je rappelle à cet égard le document de la Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, qui préconisait entre l'UE et la Russie une coopération sélective et graduelle, tout en précisant que le sien était un travail de réflexion, susceptible d'être révisé selon les réactions russes et en tenant compte de l'attitude de Moscou dans la question de l'Ukraine. Mais les relations approfondies et surtout la coopération doivent se fonder sur un véritable dialogue politique entre l'UE et la Russie sur les questions internationales. Les réactions des États membres au document de Mme Mogherini ne furent pas uniformes ; les perplexités ont été nombreuses.

Ne pas oublier ce qui existe. Des cas de coopération concrète existent depuis longtemps. Je rappelle le plus célèbre: les deux navires Mistral commandés par Moscou à Paris. En décembre dernier, le président français, François Hollande, a eu un tête-à-tête avec Vladimir Poutine à l'aéroport de Moscou pendant lequel il lui a réaffirmé le souhait d'une désescalade dans les relations: non plus quelques progrès, mais des résultats, y compris à propos de l'Ukraine. La question des Mistral pas encore livrés à Moscou n'a même pas été évoquée lors de cet entretien. Interrogé par les journalistes, le président russe a répondu: « Il y a un contrat et je pars du principe qu'il sera respecté ; sinon, on nous rendra ce que nous avons payé ». Voilà donc réglée une affaire qu'on aimait dramatiser, avec une partie du précédent Parlement européen à la recherche de solutions abracadabrantes. En réalité, des militaires russes sont déjà en France pour apprendre le fonctionnement des Mistral… Voilà encore un cas de coopération existante…

Les liens entre l'Europe et la Russie vont en fait déjà plus loin de ce que l'on pense. Cette rubrique y reviendra prochainement. (FR)

 

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