Bruxelles, 27/01/2015 (Agence Europe) - Lors d'un débat au Conseil, lundi 26 janvier, sur la situation des marchés agricoles, le commissaire à l'Agriculture, Phil Hogan, a refusé, notamment en raison des contraintes budgétaires, d'accéder à la demande de plusieurs pays en faveur de nouvelles aides pour les producteurs de lait, viande porcine et fruits et légumes. Il a juste proposé d'étendre jusque fin septembre l'aide au stockage privé pour le beurre et le lait écrémé en poudre et refuse de parler d'une crise sévère dans ce secteur du lait et des produits laitiers.
Lait. Plusieurs pays ont demandé des mesures pour venir en aide aux producteurs de lait. L'Italie a suggéré un système permettant d'étaler (sans intérêts) sur plusieurs années les paiements au titre du superprélèvement (amende en cas de dépassement des quotas laitiers). La Pologne a soutenu l'idée italienne, de même que la Slovénie, le Luxembourg et l'Irlande. Roumanie et Bulgarie ont demandé d'instaurer une mesure exceptionnelle de soutien temporaire pour compenser les pertes de revenus et de réintroduire le régime des restitutions à l'exportation pour le fromage. L'Espagne a demandé de prolonger les aides au stockage privé.
Phil Hogan a déclaré que la Commission allait s'assurer que le filet de sécurité reste disponible pour soutenir le marché, si nécessaire. Alors que l'intervention reste ouverte jusqu'à fin septembre 2015, M. Hogan a proposé de maintenir jusque fin septembre aussi l'aide au stockage privé pour le beurre et le lait écrémé en poudre (cette aide devait se terminer fin février 2015). La Commission a noté que le prix moyen du lait dans l'UE était encore à 34 cents par litre (novembre 2014, dernières données disponibles…), ce qui représente un niveau « raisonnable », si l'on tient compte des prix records des deux dernières années et de la baisse des coûts pour l'alimentation animale.
M. Hogan a souligné le besoin de renforcer l'observatoire européen sur le lait et a demandé aux États membres de respecter la législation en fournissant des informations en temps voulu sur le secteur du lait « pour réagir en cas de problème ». « Les prix se maintiennent relativement bien, il n'y a pas de crise réelle », a dit Phil Hogan.
Viande porcine. Le Danemark, la France, la Belgique (soutenus notamment par la Pologne, la République tchèque, la Finlande et l'Irlande) ont demandé des aides en faveur des producteurs de porcs (aide au stockage privé). L'Allemagne, le Royaume-Uni et la Suède s'y sont opposés.
Phil Hogan a répondu aux ministres que l'aide au stockage privé pour la viande de porc ne changera pas de manière significative les développements attendus du marché. Au contraire, cela risque, selon lui, de remettre en cause l'évolution en cours pour trouver un nouvel équilibre entre l'offre et la demande et d'affecter négativement les prix de l'été prochain. Aucune mesure d'intervention n'est justifiée dans ce secteur dans la situation actuelle, a conclu le commissaire.
Lors de la conférence de presse, le commissaire s'est montré un peu moins fermé sur de possibles aides. « Je reconnais qu'il y a des problèmes pour les prix de la viande porcine. Toutefois, 77% des parts de marché qui allaient vers la Russie ont été remplacées par d'autres marchés, comme les Philippines et la Corée du sud. Nous faisons des progrès sur les nouveaux débouchés, mais les prix payés aux producteurs, notamment au Danemark, en Belgique et en Roumanie sont à la baisse. Nous devons voir ce que nous pouvons faire, avec peut-être des mesures supplémentaires pour atteindre un équilibre entre l'offre et la demande sur les marchés », a indiqué M. Hogan.
Fruits et légumes. L'Italie a notamment estimé qu'il fallait étendre la liste des produits couverts par les aides en faveur des fruits et légumes périssables (ces aides expireront en juin prochain). La Roumanie et la Bulgarie ont estimé que les mesures étaient insuffisantes, ces pays ayant rappelé qu'ils sont frappés indirectement par l'embargo russe car ils n'arrivent pas à vendre leurs propres fruits. La Belgique a noté des baisses de prix. La France a demandé plus de flexibilité. La Grèce, l'Espagne et Chypre aussi ont demandé davantage de mesures.
« Les aides expirent en juin. Cette longue période (une saison de commercialisation) doit être suffisante pour permettre à la plupart des producteurs de fruits et légumes concernés de s'adapter à la nouvelle situation », a estimé le commissaire.
Sucre. L'Italie a demandé un 'atterrissage en douceur' dans ce secteur (donc, certaines mesures), alors que les quotas expirent en 2017. L'Italie a été soutenue par plusieurs pays: Roumanie, Belgique, Slovaquie, Finlande, Espagne, Grèce, Croatie, Slovénie. D'autres pays, au contraire, se sont opposés à toute nouvelle mesure, comme l'Allemagne, le Royaume-Uni ou encore le Portugal.
M. Hogan a rappelé que la fin des quotas n'était pas une surprise et que la réforme de la politique agricole commune (PAC) avait reporté de deux ans la date de fin des quotas. Il a signalé aussi que 5,4 milliards d'euros avaient été dépensés pour restructurer le secteur. Il a annoncé la constitution d'un groupe d'experts pour évaluer les problèmes qui pourraient survenir d'ici à 2017, lorsque les quotas viendront à expiration.
La Commission admet que les prix ont considérablement diminué au cours des derniers mois. Les prix du sucre de l'UE avaient atteint des records en 2013 et 2014 (avec un pic à 738 € par tonne début 2013, par rapport à un prix mondial de moins de 400 € par tonne). (LC)