Bruxelles, 13/01/2015 (Agence Europe) - Le Premier ministre italien, Matteo Renzi, a souligné le caractère « historique » du processus politique ayant abouti à la nomination de Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne, mardi 13 janvier lors d'un débat sur la Présidence italienne du Conseil de l'UE.
M. Renzi a rappelé que les leaders européens avaient accordé « une valeur politique aux résultats des élections européennes ». Pour la première fois dans le cadre des élections européennes, les principaux partis politiques européens ont désigné leur chef de file qui, en cas de victoire, aurait été nommé à la tête de la Commission européenne. En mai 2014, la famille politique chrétienne-démocrate du PPE a obtenu le plus grand nombre de voix. Pour accéder à la présidence de la Commission européenne, elle a dû négocier un agenda de réformes pour les 5 années à venir en vue de constituer une grande coalition avec les partis social-démocrate et libéral. Le Premier ministre italien a souhaité que ce « grand pas en avant » dans le processus démocratique européen puisse être « codifié ».
Parmi les succès du semestre de Présidence italienne, M. Renzi a évoqué la réorientation de la politique économique vers un soutien accru à la croissance économique, notamment en utilisant la flexibilité du Pacte de stabilité et de croissance (voir autre nouvelle). Sur la relance des investissements, il a indiqué que son pays était prêt à être « généreux » en matière de contribution directe au Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS) qui verra le jour sous l'égide de la BEI et visera à attirer plus de 300 milliards d'euros d'investissements privés sur 3 ans (voir autre nouvelle). Certes, la situation économique en Italie n'est pas glorieuse avec un chômage élevé et une croissance atone, mais le social-démocrate italien a vu dans la faiblesse de l'euro et du cours du pétrole des signes positifs pour l'économie.
Parmi les points de satisfaction de la Présidence italienne, M. Renzi a par ailleurs évoqué la mise sur pied de l'opération Triton de l'agence Frontex destinée à aider l'Italie à gérer les frontières externes de l'UE et à venir en aide aux navires de migrants en détresse. Même chose pour le renforcement de la lutte contre la fraude et l'évasion fiscales et une transparence accrue dans les négociations commerciales transatlantiques.
Échec sur le 'made in'. En revanche, le Premier ministre italien a qualifié d'« échec » le blocage, malgré l'implication du Parlement européen, sur la question du 'made in' dans les négociations sur le projet de règlement sur la sécurité des produits. « La résistance de certains pays est incompréhensible », a-t-il déploré.
Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a salué l'implication de l'Italie sur les questions économiques et financières. « Sans l'engagement de la Présidence italienne, la Commission européenne aurait eu du mal à avancer » dans l'élaboration du plan d'investissement, a-t-il déclaré. Il a salué aussi la finalisation du processus législatif sur le volet 'résolution' de l'union bancaire, notamment sur la question des contributions bancaires au Fonds unique de résolution (SRF).
Lors du débat, Manfred Weber (PPE, allemand) a reconnu que « la flexibilité » était inscrite dans le Pacte de stabilité et de croissance, tout en insistant sur le fait que les États membres ne souhaitaient pas modifier les règles européennes. Pour Gianni Pittella (S&D, italien), M. Renzi a eu raison de lutter contre l'austérité budgétaire et de s'opposer à l'idée d'imposer des sanctions aux États. « Nous avons une règle d'or en matière de traitement comptable des investissements: cela semblait une chimère mais maintenant c'est un fait », s'est-il réjoui. Au nom du groupe ADLE, le Belge Guy Verhofstadt a qualifié de « seule déception » l'incapacité du Conseil à parvenir à un accord sur le paquet 'télécommunications'. Curzio Maltese (GUE/NGL, italien) a regretté l'action insuffisante visant à combattre le chômage de masse. Sur la question migratoire, Rebecca Harms (Verts/ALE, allemande) a estimé que les « bateaux poubelles » acheminant des migrants désespérés vers l'UE symbolisaient l'échec du règlement 'Dublin'. Les Italiens Marco Zullo (ELD) et Matteo Salvini (NI) ont critiqué l'action de l'Italie en Europe qui n'aurait, selon eux, connu que des échecs.
Démission imminente de G. Napolitano. La Présidence italienne du Conseil désormais terminée, le président de la République italienne, Giorgio Napolitano, a fait savoir qu'il comptait désormais démissionner de ses fonctions. Selon M. Renzi, cette démission aurait lieu « dans les prochaines heures ». Avec le président du PE, l'Allemand Martin Schulz, il a rendu hommage à l'action de l'ancien eurodéputé du groupe GUE/NGL, qui avait présidé la commission parlementaire des affaires constitutionnelles, en faveur de la stabilité politique en Italie. (MB)