Bruxelles, 17/11/2014 (Agence Europe) - « Une partie de l'avenir de l'Europe se joue aussi dans le pourtour de la Méditerranée », écrit Serge Telle, ambassadeur, délégué interministériel à la Méditerranée en France et un des concepteurs de l'Union pour la Méditerranée. Il l'affirme dans une tribune publiée vendredi 14 novembre dans la revue OrientXXI en y déplorant la « périlleuse myopie » de l'Europe à l'égard de cette thématique.
Serge Telle s'interroge: « Qui, en Europe, évoque (des) enjeux, qui pourtant nous concernent directement ? » alors que dans son pourtour méridional se « concentrent les défis, sans cesse martelés par les médias (migrations, guerres, islamisme radical), mais aussi les fantastiques opportunités qui permettraient de bâtir un destin commun aux deux rives de la 'mer du milieu' ».
« Qui se soucie ici de la rive sud de la Méditerranée, dont nous savons pourtant qu'elle concentre tous les enjeux de ce siècle, comme elle a toujours, au cours de l'Histoire, synthétisé les grandes problématiques du monde ? Qu'il s'agisse d'environnement, avec la nécessité de préserver cette mer riche et fragile, de développement, de dialogue des cultures, d'énergie ou de paix ». C'est là que « se joue notre avenir. Mais nous avons toujours eu du mal à assumer cette réalité » et cela « tient surtout aux crises qui la traversent et dont nous croyons pouvoir nous protéger en refusant de voir que nos destins sont indissociablement liés. »
« Or, vu d'Europe, l'espace méditerranéen semble se réduire à ces crises » et, « vu du sud », l'espace européen « semble se résumer à des crispations de plus en plus violentes, des peurs obsidionales et une dangereuse focalisation sur un passé désormais mythifié. Les populations doutent de la capacité de l'Europe à renouer avec une croissance durable et à surmonter les défis du surendettement, du chômage endémique et des obsessions identitaires. ». La Méditerranée est « la victime de cette myopie qui nous empêche de voir que notre avenir se construit aussi un peu plus loin que Berlin et un peu au-delà de la prochaine échéance budgétaire ». (FB)