Bruxelles, 17/11/2014 (Agence Europe) - Les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont décidé, lundi 17 novembre, de rajouter de nouveaux séparatistes à la liste des personnes interdites de visas et dont les avoirs sont gelés au sein de l'UE.
« Après avoir évalué la situation sur le terrain, le Conseil invite le SEAE et la Commission à présenter une proposition de décision d'ici la fin de ce mois sur des listes supplémentaires ciblant des séparatistes », ont annoncé les ministres dans leur conclusion, ajoutant que le Conseil continuerait de suivre de près la situation sur le terrain et agirait en conséquence. La décision sera prise dans les deux prochaines semaines par les ambassadeurs des États membres de l'UE. Celle-ci devrait aussi renforcer sa politique de non-reconnaissance de l'annexion de la Crimée. « Le Conseil réaffirme son engagement à mettre pleinement en oeuvre sa politique de non-reconnaissance de l'annexion illégale de la Crimée et Sébastopol, y compris grâce à de nouvelles mesures dans le cadre de cette politique », dit le Conseil.
Une source européenne a précisé que les discussions avaient porté sur la question de savoir s'il fallait davantage de sanctions ou si les sanctions ne sont pas efficaces compte tenu de la situation sur le terrain. Les pays baltes, la Pologne ou encore le Royaume-Uni ont plaidé pour davantage de sanctions. La Lituanie aurait évoqué l'idée de sanctionner de nouvelles personnalités russes. La Pologne a souhaité que la Commission et le SEAE n'aient pas uniquement à préparer une extension de la liste de personnes, mais aussi d'autres mesures d'un spectre plus large pour avoir 'l'arme chargée'.
Mais pour d'autres, dont l'Allemagne, les sanctions, qui ont montré leur efficacité en termes économiques, sont de la communication et ne vont pas changer la ligne russe. « Soit on fait de la communication, soit on fait de la politique étrangère », aurait expliqué le ministre allemand. Les pays opposés à un renforcement des sanctions souhaitent réengager la voie du dialogue avec la Russie, trouver les leviers pour avoir des contacts pour trouver une solution à la crise. Les relations stratégiques avec la Russie pourraient être discutées lors des prochains Conseils Affaires étrangères. Plusieurs ministres ont demandé à la Haute Représentante, Federica Mogherini, de se rendre à Moscou. Celle-ci a précisé qu'elle s'y rendrait s'il y avait des « conditions réelles pour mener une discussion politique pouvant apporter quelques pas positifs sur l'Ukraine », mais aussi sur d'autres dossiers partagés.
Dans leurs conclusions, les ministres ont encore rappelé le soutien de l'UE au protocole et au mémorandum de Minsk des 5 et 19 septembre et exhorté toutes les parties à les mettre pleinement en oeuvre « rapidement et sans plus tarder », alors que des rapports font état d'importants bombardements et de passage de convois de la Russie vers l'Ukraine. Ils ont souligné la responsabilité de la Russie dans ce contexte. Plusieurs ministres, dont ceux des pays baltes et de la Pologne, ne croiraient plus dans ces accords mais d'autres considèrent qu'ils sont le seul outil à disposition. Devant le Parlement européen, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Pavlo Klimkin, a appelé au soutien des accords de Minsk. « Il faut être à 100% derrière les accords de Minsk, c'est la seule façon de procéder, sinon la situation est vouée à se détériorer », a-t-il expliqué. Pour les ministres européens, afin d'assurer la mise en oeuvre des engagements pris dans le cadre des accords de Minsk, il est nécessaire d'intensifier les négociations dans le cadre du Groupe de contact trilatéral. Ils ont demandé à tous les participants concernés de s'engager « activement et constructivement ». Le Conseil a réaffirmé le rôle important de la Mission spéciale de surveillance de l'OSCE dans l'application des accords de Minsk.
Appel à la formation rapide d'un gouvernement
Saluant la tenue des élections parlementaires du 26 octobre qui ont marqué une « étape importante dans les aspirations de l'Ukraine à consolider son développement démocratique en conformité avec ses engagements internationaux », le Conseil a précisé attendre « avec intérêt la formation urgente d'un nouveau gouvernement ». Les cinq partis pro-européens participent actuellement au processus pour former une coalition et ont participé à la rédaction d'un accord de coalition, selon M. Klimkin. Mme Mogherini a annoncé qu'elle se rendrait à Kiev « dès que le nouveau gouvernement sera formé ». « En fonction du résultat des élections, un large consensus national doit être recherché en vue de l'intensification des réformes politiques et économiques nécessaires, y compris la réforme constitutionnelle, la décentralisation, la réforme de l'appareil judiciaire, l'application des lois, la lutte contre la corruption et afin de garantir les droits des personnes appartenant à des minorités nationales », ont souligné les ministres. M. Klimkin a précisé que les priorités de son pays portaient sur la lutte contre la corruption dans la législation et dans les faits, la décentralisation, l'État de droit (dont la réforme du système judiciaire) et les réformes dans le secteur économique « avec un calendrier très précis pour la mise en oeuvre ». Il a souhaité une aide technique de l'UE pour les réformes, que « l'UE s'engage, qu'il y ait un équipe européenne dans chaque ministère » pour aider aux réformes.
Les chefs de la diplomatie ont rappelé que la tenue d'élections 'présidentielles et législatives' dans les Républiques populaires de Donetsk et Lougansk le 2 novembre était « illégale et illégitime » et contraire à la lettre et l'esprit des accords de Minsk. Ils ont appelé la Russie à assumer ses responsabilités et toutes les parties à travailler à des élections locales anticipées dans ces parties des régions de Donetsk et Lougansk en conformité avec la loi ukrainienne.
La Russie expulse des diplomates européens
Par ailleurs, le ministère russe des Affaires étrangères a annoncé que plusieurs diplomates polonais avaient quitté le territoire russe en raison d'activités « incompatibles » avec leur statut. Il s'agirait d'une réponse symétrique à une mesure prise par la Pologne. La Russie a aussi confirmé l'expulsion d'un diplomate allemand en réponse à des actes inamicaux de Berlin, selon Ria Novosti. (CG et JK)