*** PAUL COLLOWALD: J'ai vu naître l'Europe. De Strasbourg à Bruxelles, le parcours d'un pionnier de la construction européenne. Editions La Nuée Bleue (3 rue Saint-Pierre-le-Jeune, F-67000 Strasbourg. Tél.: (33-3) 88157727 - Courriel: lanueebleue@editions.quotidien.fr - Internet: http://www.nueebleue.com ). 2014, 155 p., 20 €. ISBN 978-2-7165-0849-0.
Le titre de cet ouvrage, il ne l'a pas choisi, et pas davantage son sous-titre. L'éditeur a ses raisons que sa raison comprend, mais à contrecœur. Par ce livre d'entretiens avec la juriste, théologienne et journaliste Sophie Allaux-Izoard, Paul Collowald voulait, une fois encore, délivrer sa vérité en tant que « témoin crédible, pour restituer et transmettre, en croisant les archives et les témoignages, la part de vérité historique que l'on doit pouvoir atteindre ». Très souvent, c'est à « restaurer la vérité » que ce jeune homme né en 1923, Lorrain d'ascendance et Alsacien de naissance, s'emploie, se dressant avec opiniâtreté face aux faussaires de l'histoire, tous ceux qui, dans son pays et ailleurs en Europe, trahissent le véritable projet à l'origine de la construction européenne, à savoir « une aventure extraordinaire en vue de construire la paix autrement ».
« Tout se joue dans les commencements », a écrit Paul Valéry. Tout s'est joué dans la « Déclaration Schuman », confirme Collowald. Jeune journaliste au quotidien « Le Nouvel Alsacien », il rencontre Robert Schuman en août 1949 alors que le Conseil de l'Europe s'installe à Strasbourg. Cette rencontre est décisive car, à l'évidence, la Déclaration du salon de l'horloge au quai d'Orsay est la réponse que celui qui est devenu le ministre français des Affaires étrangères apporte aux questions qu'il se posait et avait confiées pas même deux ans plus tôt à son jeune interlocuteur dans la métropole alsacienne: « Quelles initiatives concrètes devaient être lancées en vue d'une réconciliation franco-allemande ? Quel après-guerre construire ensemble ? » Dès cet instant, Paul Collowald se voudra l'infatigable gardien du legs précieux transmis par Schuman et Monnet, s'efforçant « de transmettre aux jeunes générations le rêve des commencements » en refusant qu'il soit sali car déformé par les gardiens du culte de la souveraineté nationale intangible. « Contribuer à la vérité historique s'impose comme un devoir », affirme-t-il. Ce devoir a été le sien tout au long de sa vie professionnelle. Comme journaliste tout d'abord - et très naturellement. En mars 1958, correspondant du « Monde » à Strasbourg, il écrit son dernier papier sur la session constitutive de ce que l'on n'appelle pas encore le Parlement européen et dont… Robert Schuman va devenir le président. Il entre aussitôt après dans la fonction publique européenne et, plus précisément, dans le Service de presse et d'information que crée son compatriote Jacques-René Rabier. La vision que ces fonctionnaires-militants ont du projet européen leur vaudra quelques solides ennuis, mais ceux-ci n'empêcheront pas Collowald de mener une brillante carrière qui le propulsera notamment aux postes de directeur de la DG « Presse et information », de directeur de cabinet du président du Parlement européen Pierre Pflimlin et, enfin, de directeur général de l'information dans l'institution parlementaire. Tout au long de ce parcours, Collowald veillera à ce que « sa » vérité historique soit entendue. Retraité depuis longtemps, il y veille plus que jamais. D'où ce livre. « Avec lucidité et conviction, il porte toujours le flambeau », explique Jacques Delors dans une préface chaleureuse.
Dans ces belles pages, les souvenirs s'égrènent, précis, rectifiant par ici, nuançant par-là, convaincants toujours. Sans Monnet, sans doute Schuman n'aurait pas eu « toute la substance pour la décision capitale qu'il allait prendre (…) lors du week-end décisif du 1er mai 1950 », mais Paul Collowald apporte la preuve que le prisonnier de la Gestapo d'avril 1942 n'avait pas attendu Monnet pour penser loin dès cette époque: « Il faut en finir avec la notion d'ennemi héréditaire et proposer à nos peuples de former une communauté qui sera le fondement, un jour, d'une patrie européenne ». Et selon les propos d'un de ses proches collaborateurs d'alors, le futur ministre français des Affaires étrangères aurait alors soufflé: « Si nous agissons de la sorte, nous aurons accompli les dernières volontés des morts de tous les pays ». Avoir la volonté de porter un tel message oblige aussi de jouer aux redresseurs de tort. Ainsi, Collowald stigmatise ceux qui, dans la France devenue gaulliste, ont veillé à ce que les obsèques de Robert Schuman aient le moins de relief possible, Monnet n'ayant même pas « été invité au déjeuner officiel donné à la préfecture » alors qu'il fut… déconseillé au chancelier Konrad Adenauer de venir aux funérailles. Du coup, la mémoire se fait assassine, Collowald se souvenant de ce constat d'un philosophe « sachant manier la litote »: « Il y a eu, à l'occasion de ce deuil, qui aurait dû être à la fois européen et national, des réticences officielles, qui montrent que les hommes de la grandeur et de la rénovation ne sont pas incapables de penser petit et vieux ». Chrétien social engagé, Paul Collowald a aussi la « conviction que le texte historique du 9 mai 1950 a été la résultante d'une réflexion d'hommes d'origine chrétienne, juive et agnostique », soit « une sorte d'alliance humaniste très particulière » qu'il a du mal, confesse-t-il, à retrouver aujourd'hui dans l'action politique. A tort ? Certains le penseront. Mais peu importe, lui continue, par ce livre, le combat au service de « sa » vérité…
Michel Theys
*** FRANCOISE JURION-DE WAHA: Fernand Herman. La passion de l'Europe. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - http://www.peterlang.com ). Collection « Mémoires de l'Europe en devenir », n° 4. 2014, 359 p., 49,20 €. ISBN 978-2-87574-150-9.
Même en Belgique, Fernand Herman n'a jamais été une icône politique. Ce livre montre que cet homme de convictions a pourtant marqué l'histoire de son pays et, plus encore, celle de l'Europe. Rien ne l'y prédestinait, si ce n'est une vive intelligence qui le fit s'éloigner de la ferme natale pour acquérir des diplômes de droit et d'économie, au milieu d'autres jeunes qui, rappelle le ministre d'Etat Mark Eyskens, son condisciple de l'époque resté son ami jusqu'à son décès en 2005, appartenaient « à cette génération de jeunes intellectuels fascinés par le rêve européen ». Après un détour (avec Eyskens) d'un an à la Columbia University de New York, c'est pourtant au Congo - encore belge puis bientôt indépendant - qu'il entama sa carrière comme professeur à l'Université de Lovanium. A l'arrivée au pouvoir de Mobutu, il regagne sa terre natale où il se met si bien au service de l'économie nationale qu'il deviendra ministre de l'Economie au milieu des années 70. Il est rattrapé par le virus européen en 1979, lorsque ce social-chrétien de centre-gauche est élu au Parlement européen. Il y restera vingt années durant, reconnu pour son travail qui le vit notamment prendre le relais d'Altiero Spinelli pour élaborer un projet de constitution européenne. Celui-ci resta formellement lettre morte, mais il se refléta quand même quelque peu dans la Déclaration de Laeken qui, en 2001, donna le coup d'envoi à la Convention européenne. A cette occasion, observe Eyskens dans sa préface, « tout en étant un fédéraliste convaincu, Fernand Herman, en tant qu'homme politique réaliste, fut à la recherche de la formule magique, devant concilier une Europe fédérale avec une confédération européenne ». C'est tout son parcours - et, en particulier, les différents actes et facettes de sa « passion de l'Europe » - qui se trouve raconté dans ces pages par une archéologue de formation ayant une dizaine d'années durant appuyé l'action européenne d'un homme qui, résume Mark Eyskens, « était à sa manière un idéaliste sans trop d'illusions, ce qui vaut mieux que d'être un illusionniste sans idéal ».
(MT)
*** Maastricht Journal of European and Comparative Law. Intersentia (31, Groenstraat, BE-2640 Mortsel. Tél.: (32-3) 6801550 - fax: 6587121 - Courriel: mail@intersentia.be - Internet: http://www.intersentia.com ). 2014, vol. 21, n° 1, 222 p.. Abonnement annuel: 195 €.
Ce numéro d'une revue consacrée au droit européen et comparé fort réputée s'ouvre sur l'éditorial d'un invité allemand qui accuse la Cour constitutionnelle de… Karlsruhe de tenter d'instrumentaliser la Cour européenne de justice. Professeur à l'Université Humboldt de Berlin où il dirige également l'Institut Walter Hallstein de droit constitutionnel européen, Ingolf Pernice s'intéresse aux questions qui ont été soumises par les juges allemands à la Cour de justice concernant l'annonce par la Banque centrale européenne, au cours de l'été 2012, de sa volonté d'agir, le cas échéant, dans le domaine des opérations monétaires sur titres. A ses yeux, loin d'être le signe que Karlsruhe a enfin décidé de coopérer avec la Cour de Luxembourg, les avis qui sont demandés à celle-ci sont rédigés de telle manière qu'elle ne puisse que « confirmer le point de vue juridique » que la Cour allemande « a décidé de prendre » et à laquelle elle n'entend en aucun cas renoncer. De la sorte, s'insurge le Pr. Pernice, Karlsruhe défie à la fois le rôle de la Cour de justice et le principe de la primauté du droit européen, sont but étant même carrément « de se donner une compétence pour évaluer le droit de l'Union, ce que ni les Traités de l'Union ne permettent, ni le droit allemand ne prévoit ». Avec méthode, l'éditorialiste invité démonte les arguments avancés par la Cour constitutionnelle allemande, ce qui ne l'empêche pas de constater que la Cour européenne de Luxembourg est bel et bien prise au piège. D'où cet implacable appel à la raison: « La Cour constitutionnelle fédérale allemande estime qu'elle agit en faveur de la démocratie. En termes de démocratie, est-ce à six juges d'une Cour nationale de prendre la responsabilité d'abattre, comme conséquence ultime, le système de l'euro et avec lui, potentiellement, l'économie mondiale ? » D'autres contributions portent, entre autres, sur la supervision bancaire par la Banque centrale européenne, les énergies renouvelables et la résolution des litiges de consommation.
(MT)
*** KAJSA EKIS EKMAN: Le Printemps volé. Le temps de la crise grecque à travers les yeux d'une journaliste suédoise. Editions Kedros (3 rue G. Gennadiou, GR-10678 Athènes. Tél.: (30-210) 3809712 - fax: 3302655 - Internet: http://www.kedros.gr ). Collection « Etudes-Essais ». 2014, 405 p., 16,60 €. ISBN 978-960-04-4509-1.
Lorsque la crise a frappé, la plupart des médias européens se sont mis à blâmer le peuple grec avec un ensemble touchant. Les stéréotypes ont fusé un peu partout: les Grecs travaillent peu, prennent leur retraite jeunes, ont un secteur public pléthorique… En vue de vérifier la véracité de ces dires, la journaliste et écrivaine suédoise Kajsa Ekis Ekman a vécu deux ans en Grèce. Dans ce livre, elle raconte ce qu'elle y a découvert et met à nu les racines d'un problème grec qui n'est pas, à ses yeux, spécifiquement grec, mais la manifestation d'une crise globale du capitalisme dont l'euro est une composante. L'auteur explore la façon dont la crise a affecté la société grecque, ayant suivi et analysé les grèves générales, des rassemblements de masse, les élections. Elle examine aussi les caractéristiques du polymorphe Mouvement des Indignés de la place Syntagma après avoir parlé avec des jeunes au chômage, des entrepreneurs, des amateurs de théories du complot, des travailleurs ayant pris le contrôle de l'usine où ils travaillaient, des dirigeants politiques et des électeurs de tout le spectre politique. L'ouvrage contient également deux entretiens révélateurs, l'un avec l'ex-Premier ministre George Papandreou, l'autre avec Alexis Tsipras, dirigeant du parti radical de gauche Syriza. C'est une chronique vivante d'une débâcle politique et sociétale qui révèle des mécanismes pervers à l'œuvre au sein d'un Etat et donne la parole à ceux qui en paient toujours le coût...
(AKa)
*** CHRISTINE KADDOUS, FABRICE PICOD (sous la dir. de): Traité sur l'Union européenne - Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne. Stämpfli Editions (1 Wölflistrasse, Case postale 5662, CH-3001 Berne. Tél.: (41-31) 3006644 - fax: 3006688 - Courriel: verlag@staempfli.com - Internet: http://www.staempfliverlag.com ). 2014, 375 p., 67,30 CHF. ISBN 978-3-7272-3126-1.
La cinquième édition de ce recueil, mis à jour au 15 août dernier, propose un accès aisé aux textes fondamentaux de l'Union européenne, tels qu'ils résultent des modifications apportées par le Traité de Lisbonne et le Traité d'adhésion de la Croatie. Il regroupe dans une version consolidée les deux Traités repris dans le titre de l'ouvrage, deux tables de concordance, les protocoles et déclarations, la charte des droits fondamentaux de l'Union accompagnée d'explications, le traité du 2 février 2012 ayant institué le mécanisme européen de stabilité et le traité du 2 mars de la même année sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l'Union économique et monétaire, entré en vigueur le 1er janvier 2013. Dans leur introduction, les Pr. Kaddous (Université de Genève) et Picod (Université Panthéon-Assas) présentent les principaux thèmes liés à l'Union, à savoir sa structure et ses compétences, ses institutions, ses politiques et actions, les coopérations renforcées, les droits fondamentaux, les principes démocratiques, les instruments normatifs et l'action extérieure. Un index détaillé facilite la recherche des informations.
(CDe)
*** Politique. Revue de débats. ASBL Politique (9 rue du Faucon, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5386996 - Courriel: secretariat@politique.eu.org - Internet: http://politique.eu.org ). Septembre/octobre 2014, n° 86, 84 p., 9 €. Abonnement: 40 €.
Ce numéro d'une revue progressiste belge de qualité contient notamment un riche dossier consacré aux « impasses de la prohibition » en matière de drogues. Membre de l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies, le politologue Danilo Ballotta y explique notamment qu'il n'existe pas formellement de politique européenne en la matière, mais bien une « approche commune » qui est fondée entre autres sur les connaissances scientifiques en ce domaine. Il en résulte, ce qui est positif, que « toute approche purement idéologique (la drogue c'est mal) est rejetée ou à relativiser », la santé publique et la sécurité des citoyens étant, par contre, valorisées. D'autre part, Edgar Szoc offre une synthèse du livre « devenu événement » de l'économiste français Thomas Piketty intitulé Le capital au XXIe siècle, soulignant notamment que son auteur formule des propositions très concrètes visant, entre autres, à ce que soit rapidement reconnue la nécessité d'une harmonisation de l'impôt des sociétés au niveau européen et de l'établissement d'un impôt sur le patrimoine. D'autres articles portent notamment sur les leçons à tirer des dernières élections législatives en Belgique et de l'arrivée au pouvoir du gouvernement Michel.
(MT)