Bruxelles, 23/09/2014 (Agence Europe) - En sortant la carte Elzbieta Bienkowska, la Pologne a joué un atout de charme qui lui a permis d'obtenir le poste de commissaire au Marché intérieur, à l'Industrie, à l'Entrepreneuriat et aux PME dans la future Commission européenne. Un portefeuille remanié qui promet de peser lourd dans l'équipe de Jean-Claude Juncker, mais qui sied à celle qui se décrit comme technocrate: à 50 ans, elle s'est hissée comme bras droit de Donald Tusk au sein du gouvernement polonais de centre droit.
Originaire de Silésie, Mme Bienkowska s'est surtout illustrée par son ardeur pour mettre à profit les fonds structurels à disposition de son pays, durant ses deux mandats en tant que ministre du Développement (depuis 2007). La Pologne est en effet reconnue comme pays exemplaire en termes d'absorption des fonds structurels ; ses infrastructures et sa compétitivité ont d'ailleurs bondi grâce à ce zèle. Après la nomination du Premier ministre polonais, Donald Tusk, comme successeur d'Herman Van Rompuy à la présidence du Conseil européen, Varsovie a soumis la candidature de sa plus proche collaboratrice à Jean-Claude Juncker (et de la même couleur politique), à la recherche de profils féminins pour composer son équipe. La Pologne a, en retour, été gratifiée d'un poste servant aussi ses propres intérêts, celui du marché intérieur, élargi, au passage, à l'industrie, l'entrepreneuriat et la défense.
Fusion de portefeuilles. Mme Bienkowska concentrera donc en ses mains un pouvoir non négligeable, puisque deux portefeuilles et deux directions générales (DG MARKT et ENTR) ont été fusionnées pour elle. M. Juncker l'a chargée de la délicate mission « d'achever le marché intérieur », en révisant son fonctionnement sur le terrain, en étendant le principe de reconnaissance mutuelle et en supprimant les obstacles restant à la circulation des biens et services. Une attention particulière devrait être accordée à la mobilité professionnelle, en collaboration avec le commissaire à l'Emploi. Autre défi de taille, celui de relever de 16% à 20% la part industrielle dans l'économie européenne d'ici à la fin de son mandat (selon la stratégie EUROPE 2020). Alors que la Pologne a su garder un tissu industriel important, le choix de M. Juncker paraît judicieux. Enfin, il n'est pas anodin non plus de noter que le futur président a chargé la candidate polonaise d'assurer plus de synergies et de coopération dans les marchés publics de la défense des Européens, afin « d'éviter la duplication des programmes nationaux et de faire correspondre les ressources » aux ambitions de la politique étrangère.
Audition. La candidate sera interrogée le jeudi 2 octobre par les eurodéputés des commissions parlementaires chargées du marché intérieur et de l'industrie. Vraisemblablement, leurs questions devraient porter sur l'Acte du marché unique, la directive 'services', le paquet sur la surveillance du marché et la sécurité des produits, les règles d'attribution de marchés publics, ou encore les liens à établir entre la gouvernance du marché unique et le processus budgétaire du 'Semestre européen'. Les députés devront aussi être rassurés sur l'aspect de la « réglementation intelligente », afin que les propositions législatives émanant de la Commission ne soient pas trop chargées bureaucratiquement. Ils devraient aussi inciter Mme Bienkowska à les tenir informés des négociations relatives à des accords commerciaux internationaux, notamment celui avec les États-Unis. (MD)