Bruxelles, 23/09/2014 (Agence Europe) - La nomination du conservateur britannique, Lord Jonathan Hill of Oareford, au portefeuille de la Stabilité financière, des Services financiers et de l'Union des marchés de capitaux a constitué la véritable surprise de la répartition des portefeuilles de la prochaine Commission.
Rares sont ceux qui avaient pronostiqué qu'un Britannique obtiendrait la succession du Français Michel Barnier dans un domaine qui, pour la première fois, est séparé du traditionnel portefeuille du Marché intérieur. Fallait-il 'récompenser' de la sorte le Royaume-Uni qui, depuis 2009, a contesté la légitimité de l'UE à agir en matière d'encadrement des fonds spéculatifs, d'interdiction de la vente à découvert, de limitation des bonus des dirigeants bancaires ? Et qui, à l'inverse, a prôné la possibilité pour les États membres d'aller plus loin que ce prévoient les règles harmonisées en matière d'exigences en capital bancaire ?
Cette nomination accrédite la thèse selon laquelle le futur président de la Commission européenne, le chrétien-démocrate luxembourgeois Jean-Claude Juncker, a désigné des personnalités issues de pays ayant des difficultés avec la matière. Elle est donc à rapprocher avec celle du Français Pierre Moscovici aux Affaires économiques ou du Hongrois Tibor Navracsis à la Citoyenneté. Ce procédé « peut être génial comme catastrophique », a estimé Sylvie Goulard (ADLE, française).
Plusieurs eurodéputés demeurent incrédules. Pour Sven Giegold (Verts/ALE, allemand), attribuer les services financiers à J. Hill revient à confier à un renard la garde du poulailler. L'écologiste allemand critique le passé de lobbyiste du Britannique au sein de la société Quiller Consultants, qui a distillé ses conseils à des acteurs financiers tels que la banque HSBC. Son compatriote du groupe PPE, Burkhard Balz, a qualifié de « problématique » la nomination de l'ancien ministre chargé des Relations avec la Chambre des Lords. Quant au groupe S&D au Parlement européen, plutôt que d'attaquer frontalement M. Hill sur sa nationalité ou son appartenance politique, il veut s'assurer que le futur commissaire, s'il est confirmé, fera respecter les règles européennes dans l'ensemble de l'UE, y compris chez lui, au Royaume-Uni. Ainsi, l'Italien Gianni Pittella a récemment demandé que le futur commissaire aux Services financiers s'engage explicitement à faire respecter la limitation des bonus bancaires partout dans l'UE.
Interrogé sur le choix de son successeur, M. Barnier a demandé que J. Hill soit jugé sur ses actes. « Je n'oublie pas les procès d'intention contre moi parce que j'étais Français. Ce n'était pas 'fair' à mon sujet. Cela serait 'equally not fair for him' parce qu'il est Anglais », a-t-il déclaré, vendredi 12 septembre, en marge du Conseil Ecofin informel.
Programmée mercredi 1er octobre, l'audition des eurodéputés devrait plus s'attacher à vérifier la volonté du conservateur britannique de coopérer avec le Parlement européen et de poursuivre l'oeuvre réglementaire qu'à contrôler l'étendue de ses connaissances des dossiers. « Notre responsabilité sera de vérifier les compétences et l'existence éventuelle de conflits d'intérêt », a indiqué Mme Goulard, soucieuse de « ne pas juger sur des préjugés » ni « sur la base d'un passeport ». Contrairement à ce qu'affirme M. Giegold, l'ancien conseiller du Premier ministre britannique J. Major est, selon elle, « novice en la matière ». « Il ne connaît rien aux services financiers », a confirmé un expert parlementaire ayant assisté à une visite de courtoisie que M. Hill a effectuée auprès des coordinateurs des groupes politiques de la commission des affaires économiques et monétaires, la semaine dernière au Parlement européen. « Il est conscient qu'il vient avec une étiquette », a-t-il ajouté, convaincu qu'« il ne s'agit pas d'un monstre qui serait là pour détruire » l'architecture réglementaire financière patiemment construite sur la base de la feuille de route du G20.
Le promoteur de l'union bancaire ? Le futur commissaire aux Services financiers aura pour responsabilité de faciliter la concrétisation des volets 'supervision' et 'résolution' de l'union bancaire, le chantier en cours le plus important depuis la création de la zone euro d'après M. Barnier. Il sera amené à préparer les initiatives nécessaires pour compléter cette union, par exemple dans le domaine des garanties des dépôts. Limitée actuellement à la zone euro, l'union bancaire est ouverte à tous les pays de l'UE, même si le Royaume-Uni a d'ores et déjà fait savoir qu'il n'y participerait pas. Symboliquement, la nomination de M. Hill peut ainsi apparaître contradictoire. Mais les Européens ne sont plus, semble-t-il, à une contradiction près. Dans les cinq prochaines années, il reviendrait donc à un Polonais de présider les sommets de la zone euro et à un Britannique de promouvoir les bienfaits de l'union bancaire dans les fora internationaux. (MB)