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Bulletin Quotidien Europe N° 11161
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Relance économique et sécurité militaire: l'UE face à des choix difficiles

Le moment des décisions. Le moment des décisions difficiles approche. L'UE doit définir des orientations, en partie controversées, qui détermineront largement son avenir. Les opinions ne sont pas uniformes ; sur quelques aspects fondamentaux, les responsables politiques devront trancher.

En résumé, on constate que la majorité du Parlement européen et des autres institutions de l'UE, le Conseil y compris, est orientée vers la priorité de la relance de l'activité économique et le redressement progressif des déficits budgétaires, en réduisant en partie les dépenses militaires. Mais les organismes responsables de la sécurité, comme l'OTAN, estiment en même temps indispensable de renforcer les armées et leur efficacité. Les deux aspects, relance économique et sécurité militaire, sont essentiels et personne ne le conteste. Mais dès que l'on passe des grands principes à la répartition des financements et des investissements, on constate les divergences. Et elles sont profondes ; chaque attitude a ses raisons.

Ce qu'on ne doit jamais oublier, c'est la base de l'unité européenne. Alfonso Mattera, dans son livre Notre européanité qui vient de sortir et dont notre supplément Bibliothéque européenne rendra compte en détail, l'a ainsi évoquée: « L'une des aventures les plus extraordinaires que l'homme ait jamais entreprise: réconcilier, après plus d'un millénaire de guerres fratricides, les nations de notre Continent, édifier une maison commune pour accueillir tous les peuples européens, leur offrir un espace privilégié de paix, de libertés, de prospérité, construire un monde meilleur. » Et M. Mattera d'ajouter: « Il appartiendra aux nouvelles générations, héritières de ce patrimoine et gardiennes de la mémoire, de mener à bien le projet politique le plus profondément humain des deux derniers millénaires. »

Dans ce contexte, les Européens ont profondément assimilé l'idée que les conflits armés sont finis pour l'UE: selon les jeunes et leurs mères, ils n'existent plus. Milieux politiques et organisations sociales se préoccupent de l'emploi, de la croissance économique, de la dette publique ; les Institutions, elles, s'inquiètent de la soutenabilité de la dette publique et du désendettement des États. Le président du Conseil a même évoqué explicitement la réduction des dépenses militaires. Notre bulletin déborde de débats en ces domaines.

Soucis des organisations militaires. Agence Europe publie aussi, on le sait, le bihebdomadaire Europe Diplomatie & Défense, qui rend compte des activités de l'OTAN, avec les commentaires appropriés. Dans son n° 730, EDD a publié la dernière intervention publique de M. Rasmussen en tant que secrétaire général. Il a souligné que l'OTAN devrait actuellement faire face à des défis d'une intensité et d'un danger jamais vus depuis plus de deux décennies: c'est une bataille entre la tolérance et le fanatisme, entre la démocratie et le totalitarisme, entre les sociétés ouvertes et fermées. L'instabilité et la crise constituent une menace pour nos populations et notre territoire. Si Moscou ne constitue pas une menace immédiate, d'autres forces en Irak et au Levant (EIIL) représentent une menace pour notre démocratie et risquent d'exporter dans nos pays des terroristes. Face à cette situation, l'OTAN doit se montrer plus robuste et plus apte à agir, et M. Rasmussen a conclu: « Nous devons non seulement développer les capacités dont nous avons besoin, mais également faire preuve de la volonté politique de les utiliser en cas de besoin. »

Equilibre indispensable mais ardu. Le problème pour l'Europe consiste à établir l'équilibre entre différentes exigences, qui, telles quelles, ne sont pas conciliables. Les Institutions doivent procéder à des analyses et à des débats qui pour le moment sont presque inexistants. On ne doit pas oublier à quel point les dépenses militaires baissent spontanément lorsque les désaccords et les conflits sont apaisés.

Un cas éloquent. Le cas russe est éloquent: le rétablissement de relations normales entre l'UE et Moscou comporterait en lui-même la fin de gaspillages ruineux, dont le coût absurde a été amplement souligné dans cette rubrique (EUROPE 11156 et 11159). Il n'est pas question, bien entendu, de donner raison à Moscou au sujet de ces différends, mais de discuter et d'élaborer des solutions et des compromis, ce qui est d'ailleurs amplement en cours à propos de l'Ukraine, alors que les coûts et les pertes dans le domaine agricole augmentent, comme notre bulletin vient encore de le souligner (EUROPE 11160).

La discussion qui va s'ouvrir au sein des institutions de l'UE sur l'équilibre entre relance économique et sécurité militaire devra nécessairement tenir compte de ces différents aspects. (F.R.)

 

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