Bruxelles, 23/09/2014 (Agence Europe) - Le mandat de la Jordanie en tant que co-présidente de l'UpM (Union pour la Méditerranée) a été prorogé de deux ans. L'autre coprésidence est assumée par l'UE, en l'occurrence par le Service européen pour l'action extérieure (depuis l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne sur la représentation diplomatique de l'Union). Ce renouvellement a lieu dans un contexte défavorable, marqué notamment par l'affaiblissement de la volonté politique qui n'a pas permis d'intensifier cette coopération entre les deux rives de la Méditerranée, pourtant présentée comme une des priorités de la politique extérieure européenne.
La décision de confier ce nouveau mandat a été formalisée en début de semaine dernière par les hauts fonctionnaires en charge du processus euro-méditerranéen et représentant les 43 pays membres de l'UpM, dont les États membres de l'UE. Aucun autre pays de la rive sud n'était candidat. Peu nombreux sont les pays de la rive sud à pouvoir, au titre d'une telle fonction, entrer en contact avec Israël, qui est pourtant un des membres fondateurs de l'UpM. Seules la Jordanie et l'Égypte et, dans une moindre mesure, le Maroc, sont en mesure de le faire, ayant déjà noué des contacts avec l'État hébreu, dont un représentant figure parmi les six secrétaires généraux adjoints de l'UpM. Un des six également est Palestinien, Naser Tahboub.
Le mandat confié à la Jordanie est cependant renouvelé dans un contexte difficile. Le processus euro-méditerranéen est toujours tributaire des évolutions - et surtout des piétinements - du conflit du Proche-Orient. La récente confrontation entre Israël et Hamas, à Gaza, affecte encore les esprits, au point que les pays arabes - à la demande de la délégation palestinienne, souligne-t-on de diverses sources - ont demandé, lors de la réunion des hauts fonctionnaires, lundi 15 septembre à Bruxelles, à surseoir à toutes les sessions ministérielles envisagées pour la fin de cette année. La décision devrait être confirmée ou infirmée lors d'une réunion que doit organiser cette semaine la Ligue arabe, membre observateur au sein de l'UpM. La coordination du groupe arabe est assurée par l'Égypte.
Les deux réunions ministérielles initialement prévues le 30 septembre à Bruxelles concernent, l'une, « l'économie digitale », l'autre, le commerce. Sur cette dernière, l'obstacle politique à sa tenue se double d'une réserve sur le mode de convocation. Les pays de la rive sud estiment que cette réunion n'a pas été suffisamment préparée.
L'influence du processus israélo-arabe a toujours pesé sur le dialogue au sein de l'UpM, tout comme elle avait conduit à l'échec du processus de Barcelone. Mais elle ne suffit pas à expliquer, à elle seule, l'évolution lente de la coopération. La volonté des États membres, du sud comme du nord, parait affaiblie dans le contexte politique, sécuritaire, économique et budgétaire actuel. L'UpM, qui bénéficie d'un financement direct de l'UE au budget de fonctionnement de son secrétariat général, peine cependant à mobiliser les financements de projets désormais conçus sur une base géographiquement modulable, selon la formule des « géométries variables », afin d'éviter aux pays réticents d'entrer en contact avec leurs homologues israéliens.
Des espoirs sont cependant attachés au volontarisme manifesté par l'actuelle présidence italienne de l'UE. Rome multiplie les annonces, notamment de structures de coopération nouvelles dont un programme AMICI (Mediterranean Investment Coordination Initiative) dont les grandes lignes ne sont encore qu'au stade de l'esquisse. La phase de transition que vit actuellement l'institution européenne, ajoutée au contexte budgétaire difficile, modère néanmoins ces espoirs de relance.
Un autre dossier délicat est en cours d'examen: le fonctionnement de la fondation culturelle Anna Lindh basée à Alexandrie, dont les structures dirigeantes, ayant atteint l'échéance de leur mandat, doivent être renouvelées. Par le jeu de l'alternance, le président de la Fondation doit être, pour les 4 années à venir, européen, et c'est au tour d'un ressortissant de la rive sud d'occuper par permutation la fonction de directeur exécutif, le gestionnaire. Examiné le 15 septembre dernier par les hauts fonctionnaires, ce dossier a révélé une fois de plus la difficulté de gérer le processus euro-méditerranéen. À ce jour, l'UE n'a proposé aucun candidat au poste qui lui échoit. Pour le second poste directeur, une rivalité s'est instaurée entre Égypte, Maroc et Tunisie, posant encore une fois le problème souvent dénoncé de l'accaparement de postes par quelques pays. L'UE a, pour sa part, émis des réserves en raison de la mise à l'écart implicite de deux membres - non arabes - de la rive sud: la Turquie et Israël. Ses réserves portent aussi sur le mode de gestion de la fondation, mis en doute au point que, selon nos informations, un audit sera effectué sur les comptes de la structure dont la mission pourrait être redéfinie. (FB)