Bruxelles, 17/09/2014 (Agence Europe) - Le commissaire désigné aux Affaires économiques et financières et à la Fiscalité, le Français Pierre Moscovici, promet de ne pas avoir une attitude complaisante vis-à-vis de son pays d'origine, alors que celui-ci ne parvient pas à réduire son déficit public.
« Si j'étais trop indulgent ou complaisant vis-à-vis de la France, ma crédibilité et la crédibilité de la Commission tomberaient immédiatement en ruine. C'est quelque chose que je dois absolument éviter et je l'éviterai. Cela ne signifie pas que j'ai le devoir d'être ingrat ; ce n'est pas le sujet. Mais j'ai un devoir d'objectivité », a déclaré M. Moscovici, lors d'une interview publiée mercredi 17 septembre par le FT.
L'ancien ministre des Finances, qui a appliqué la politique économique de son pays jusqu'au printemps, sera auditionné, jeudi 2 octobre, par la commission des affaires économiques et monétaires du PE. S'il passe sans encombre cette épreuve, il aura la charge de surveiller les politiques budgétaires des États membres et de veiller à l'application du Pacte de stabilité et de croissance dans un contexte marqué par une croissance atone et une inflation très faible (voir autre nouvelle). Sa première grande apparition coïncidera avec la présentation par la Commission, début novembre, de son appréciation des projets de budget nationaux pour 2015 que les États membres doivent lui communiquer avant mi-octobre.
Fin août, lors du sommet européen, la France a bataillé ferme pour faire reconnaître au plus haut niveau politique le caractère exceptionnel de la situation économique en Europe (EUROPE 11144). Dans les conclusions du sommet, les Vingt-huit font part de leur profonde inquiétude en raison d'une reprise économique faible, d'une inflation exceptionnellement basse et d'un chômage situé à un niveau inacceptable, malgré l'amélioration des marchés financiers et les efforts structurels entrepris par les États membres. Un langage que le ministre français des Finances, Michel Sapin, a repris à son compte, vendredi dernier à Milan, lors du Conseil Ecofin informel (EUROPE 11155).
Outre la reconnaissance du caractère exceptionnel de la situation économique, la France devra démontrer qu'elle a accompli en 2014 suffisamment d'efforts en termes structurels et qu'elle les poursuivra dans les prochaines années en vue de bénéficier d'un 3ème délai supplémentaire pour ramener son déficit sous la barre des 3%. C'est ce qu'a promis M. Sapin à Milan en rappelant l'objectif du gouvernement français de réduire les dépenses de 50 milliards d'euros d'ici à 2017 (dont 21 milliards en 2015), de réduire les charges pesant sur les entreprises et de réformer le marché du travail. Mardi, le Premier ministre français, Manuel Valls, a obtenu à une courte majorité la confiance du Parlement national sur cette politique dite de l'offre.
S'appuyant sur la requête des leaders européens d'appliquer la flexibilité inscrite dans le Pacte, M. Moscovici a indiqué qu'il appliquerait une « certaine dose » de flexibilité. Celle-ci consisterait soit à accorder plus de temps aux États membres pour réduire leur déficit en échange de réformes, soit à exclure certaines dépenses publiques dans le calcul du déficit. « Nous ne sommes pas obligés d'appliquer les règles stupidement ou de manière rigide. Nous pouvons avoir une dose, une certaine dose de flexibilité. Mais la flexibilité, ce n'est pas de l'indulgence, ce n'est pas de la complaisance ni de la faiblesse », a-t-il considéré, convaincu que les « réformes » menant à des économies ou favorisant la création d'activités « devaient être réalisées ». (MB)