Bruxelles, 17/09/2014 (Agence Europe) - C'est le Hongrois Tibor Navracsics, 48 ans, qui a été chargé par le président désigné de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, de reprendre le portefeuille de l'Éducation, de la Culture et de la Jeunesse. « Ça me plaît ; Allez essayons », a lancé sobrement M. Navracsics sur son compte Twitter. Il a également reçu la Citoyenneté en sus, qui n'était pas au menu des responsabilités déléguées à son prédécesseur, la Chypriote Androulla Vassiliou, faisant grincer quelques dents dans les rangs des défenseurs des libertés civiles. En effet, la Hongrie s'est illustrée il y a trois ans par son bras de fer avec la Commission européenne au sujet de lois controversées dans les secteurs de la justice et des médias.
Modéré du parti Fidesz au pouvoir.
Ministre hongrois des Affaires étrangères et du Commerce depuis mai 2014, Tibor Navracsics est membre du Fidesz, le parti au pouvoir. Juriste et spécialiste de l'ex-Yougoslavie, celui qui fut élu « Professeur de l'année » en 2007 par les étudiants de l'Université de Budapest, où il enseignait le droit, espérait se voir confier l'Élargissement et donc la Politique de voisinage et le dialogue avec l'Ukraine. Sa proximité avec le président hongrois, Viktor Orban, dont l'attitude est jugée ambiguë envers la Russie, aurait court-circuité ses ambitions même s'il est considéré comme un modéré du Fidesz.
Sa mission: appuyer les réformes du système éducatif.
M. Navracsics travaillera sous la houlette du vice-président finlandais Jyrki Katainen, responsable de l'Emploi, de l'Investissement et de la Compétitivité, et du vice-président letton, Valdis Dombrovskis, chargé de l'Euro et du Dialogue social. Dans sa lettre de mission, M. Juncker appelle le Hongrois à contribuer à la réforme des systèmes éducatifs et à poursuivre les efforts en vue de la réalisation des objectifs de la stratégie 2020 en matière d'éducation. Il devra contribuer à la modernisation des universités en promouvant l'excellence et le travail en réseau des établissements, et au renforcement du « triangle de la connaissance » (éducation, travail, recherche). Il devra aussi promouvoir la culture comme moteur de l'innovation et levier de croissance économique, et compléter le travail du commissaire à l'Emploi et aux Affaires sociales pour lutter contre le chômage des jeunes via l'acquisition de compétences plus ciblées. M. Navracsics sera chargé en outre de la Citoyenneté - c'est une nouveauté - afin de « renforcer la compréhension de la population quant au fonctionnement actuel des politiques européennes et aider les citoyens à en apprendre plus sur l'UE et à s'engager dans les débats de l'UE ».
La citoyenneté, un cadeau empoisonné.
C'est précisément sur ce dernier dossier que Tibor Navracsics aura du souci à se faire durant son audition devant la commission culture/éducation du PE, prévue le 1er octobre. Responsable de l'Administration publique et de la Justice de 2010 à 2014, il fut l'artisan de réformes judiciaires qui ont abaissé l'âge de la retraite des juges de 70 à 62 ans et qui ont mené à la concentration des pouvoirs judiciaires dans les mains du seul président de l'Office national de la justice. Ces réformes ont permis au président Orban d'encadrer les juges et de brider sérieusement l'indépendance du pouvoir judicaire, et ont provoqué l'ire de la Commission, menant à quelques passes d'armes entre la commissaire chargée de la Justice, Viviane Reding, et Tibor Navracsics lui-même. Les lois rognant les droits des médias, qui firent monter également au créneau la commissaire Neelie Kroes, pourraient également faire de M. Navracsics un candidat commissaire à la Citoyenneté peu souhaitable pour le PE. Le groupe S&D a déclaré qu'il interpellera le Hongrois sur ces faits. « Il devra démontrer sa volonté de promouvoir les valeurs fondamentales de l'UE », a résumé le président du groupe, l'Italien Gianni Pittella. Quant aux Verts/ALE, ils estiment que la nomination de M. Navracsics au poste de commissaire à la Citoyenneté est une « provocation ». (IL)