Milan, 15/09/2014 (Agence Europe) - Les ministres européens des Finances ont planché sur les leviers à actionner aux niveaux européen et national afin de stimuler les investissements d'origine privée et publique, samedi 13 septembre lors de leur réunion informelle de Milan.
Ces discussions, basées sur des idées de la Présidence italienne, polonaise et franco-allemande, n'ont pas abouti à des décisions concrètes. Elles étaient notamment destinées à planter le décor dans l'optique d'orientations que le Conseil européen transmettra à la Commission 'Juncker' ; celle-ci devant présenter, dans les 3 mois suivant son intronisation, un plan d'investissement évalué à 300 milliards d'euros sur 3 ans.
La Commission européenne et la BEI ont quand même été invitées à présenter des idées concrètes en vue du Conseil Ecofin d'octobre à Luxembourg. Ce rapport initial des deux institutions européennes portera sur « les mesures pratiques qui peuvent être prises » et « les projets d'investissement rentables qui peuvent être justifiés », a déclaré le président en exercice du Conseil de l'UE, Pier Carlo Padoàn. Les débats ont tourné autour de l'idée de doter la BEI d'une 'task force' capable d'identifier et de porter de bons projets en lien avec les banques publiques d'investissement existantes au niveau national, a indiqué le ministre français, Michel Sapin, pour qui la BEI n'est pas seulement un instrument de financement, mais également d'expertise.
« Il y a une carence d'investissements en Europe », a déclaré le ministre italien, Pier Carlo Padoàn. Le vice-président de la BCE, Vitor Costâncio, a quantifié l'étendue du phénomène: le niveau moyen des investissements en Europe est actuellement inférieur à 20% du niveau observé en 2007.
Selon le ministre italien, les ressources disponibles « proviendront essentiellement du secteur privé », les ressources publiques pouvant servir à créer un effet de levier. Des paroles reprises au vol pour le commissaire chargé des Affaires économiques et monétaires. « Il y a beaucoup plus d'argent dans le secteur privé que dans le secteur public », a considéré Jyrki Katainen, même s'il a promis d'avoir aussi recours au budget « limité » de l'UE. Pour M. Sapin, il n'y a pas d'opposition entre investissement public et privé. « Nous souhaitons que l'investissement privé, qui est à un niveau trop faible (…), puisse retrouver un rythme de croisière », a-t-il déclaré, ajoutant qu'il serait « peut-être utile, de manière ponctuelle, raisonnable et bien construite d'avoir l'intervention » de l'investissement public.
L'action de la sphère politique consistera donc à créer les conditions favorisant cet investissement privé. Si possible en facilitant l'accès des entreprises européennes aux capitaux non bancaires car l'intermédiation bancaire représente encore 70% des financements à l'économie réelle. Soulignant l'importance de mettre en oeuvre des réformes structurelles, M. Padoan a évoqué l'expérience italienne des 'mini bonds', qui a permis à 26 petites et moyennes entreprises de lever 1 milliard d'euros de capitaux dans les 2 mois ayant suivi son lancement. M. Costâncio a prôné la revitalisation du marché européen de la titrisation alors que la BCE peaufine son programme de rachat d'actifs titrisés 'ABS' (voir autre nouvelle). Dans son Livre vert sur l'investissement de long terme présenté en mars dernier, la Commission européenne a émis l'idée de mobiliser l'épargne privée par le biais de la création d'un livret d'épargne européen et elle a proposé une révision de la directive encadrant les fonds de pension (EUROPE 11048).
Le ministre espagnol, Luis De Guindos, a estimé « fondamental » le plan d'investissements de la future Commission 'Juncker'. Selon lui, ce plan devra refléter deux priorités: investir en vue de réaliser le marché unique dans des secteurs tels que l'énergie et les transports, et établir un lien étroit avec les réformes structurelles que l'Eurogroupe appelle de ses voeux (EUROPE 11154). (MB)