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Bulletin Quotidien Europe N° 11155
Sommaire Publication complète Par article 28 / 28
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1061

*** HANA SADIK EL-GALLAL: Islam and the West. The Limits of Freedom of Religion. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Worlds of Islam / Welten des Islams / Mondes de l'Islam", n° 4. 2014, 340 p., 70,40 €. ISBN 978-3-0343-0578-5.

Voici un livre qui, à l'évidence, est de nature à déranger beaucoup de monde et qui, par moments, suscitera même vraisemblablement des haussements d'épaules furibonds. Pourtant, il est de très grand intérêt dans la mesure où il amène à voir combien les perceptions et les sensibilités à propos de grands principes tels que la liberté de religion et de croyance peuvent s'avérer différentes selon l'environnement culturel dans lequel la personne s'est développée. Et si certains regards portés par l'Autre dans ces pages pourront paraître irritants ou incongrus, voire même parfois carrément déplacés, d'autres auront tout au contraire le mérite d'inciter le lecteur européen, ou occidental, à confronter sa vision du monde avec des manières de l'envisager qui, pour différentes qu'elles soient, nourrissent la réflexion et incitent à proscrire le manichéisme.

En s'attaquant au thème de l'intolérance religieuse, Hanna Sadik el-Gallal savait qu'elle s'aventurait en terrain miné. Par contre, elle ne pouvait savoir, lorsqu'elle écrivait ces pages, combien le fondamentalisme musulman virerait au cauchemar, y compris dans son propre pays, la Libye. Enseignant le droit international à l'Université de Benghazi où elle est aussi responsable du Comité culturel de la Faculté de droit, aurait-elle cru bon d'ouvrir son introduction à ce livre par une dénonciation de l'islamophobie se propageant en Occident et le regret que l'islam soit « de plus en plus étiqueté comme une religion violente responsable de terrorisme dans le monde et de violations des droits de l'homme » si elle avait su les abominations que préparaient, entre autres, les djihadistes de l'État islamiste ou de Boko Haram ? Si elle avait su, aussi, les recrutements de djihadistes en terres d'Europe ? Sans doute sa plume se serait-elle faite alors plus prudente, plus nuancée… Pour autant, a-t-elle eu tort de rappeler en même temps que « le monde islamique ne peut être tenu responsable des actes odieux commis par une poignée d'extrémistes » ? A l'évidence, non, tant il est également patent que certaines forces politiques s'emploient à faire de « l'exclusion de l'islam et des musulmans » le socle d'une « nouvelle identité politico-intellectuelle » des pays européens et, au-delà, occidentaux.

Tout le propos de Hana Sadik el-Gallal, membre du Conseil national libyen des droits de l'homme ainsi que fondatrice et présidente du Centre libyen pour le développement et les droits de l'homme, vise à définir des principes de tolérance et de respect mutuel qui permettent aux différentes religions et convictions de coexister plutôt que de se combattre afin de garantir, partout dans le monde, le respect scrupuleux des droits de l'homme. Beau et vaste programme, mais dont la mise en oeuvre ne sera pas simple, tant il est vrai que des idées défendues par cette intellectuelle issue d'un pays musulman manifestent bien la distance qui peut séparer les deux rives de la Méditerranée et, plus largement, l'Occident et le monde musulman. Dans la première partie de l'ouvrage, c'est en juriste qu'elle analyse le droit des minorités à la liberté de pensée, de conscience et de religion, ce qui l'amène notamment à constater, non sans quelques bonnes raisons, que « la prolifération de lois, de lois nationales de sécurité, de mesures antiterroristes et d'exigences d'inscription ciblant ou limitant des communautés religieuses où que ce soit dans le monde a le potentiel d'avoir un effet paralysant sur la liberté religieuse, ce qui constitue particulièrement une menace pour la paix dans le monde ». L'observation est recevable, même si la dernière partie de la phrase paraît, elle, superflue. Dans la deuxième partie, l'auteur s'attaque aux « limites de la liberté de religion des musulmans en Occident », les questions du bannissement du voile en France, de la guerre au terrorisme enclenchée aux États-Unis et aux leçons à tirer de la controverse à propos des caricatures au Danemark étant passées en revue. Il en tire la conclusion qu'il y a réaffirmation, à travers la résurgence de l'identité nationale, « de la supériorité de l'Occident et de l'infériorité des autres », en particulier les cultures musulmanes, observant au passage que la laïcité et l'athéisme dogmatiques peuvent aussi être porteurs d'intolérance. Pour se dépêtrer de cette situation, Hana Sadik el-Gallal suggère aux communautés musulmanes d'Occident d'utiliser l'arme des droits de l'homme, comme les afro-américains et les victimes de l'apartheid l'ont fait avant eux. Elle observe toutefois qu'ils seraient beaucoup plus crédibles si le même combat était aussi mené « dans le monde musulman, en particulier dans les États arabes ». C'est qu'elle n'est guère plus tendre pour la manière dont ces derniers se comportent avec leurs minorités et sur le plan du respect des droits de l'homme, l'Arabie saoudite et l'Egypte ne sortant pas indemnes de son évaluation. Pour autant, elle suscitera le doute jusqu'au bout chez ses lecteurs d'Europe puisqu'elle en arrive notamment à la conclusion générale que « considérer les droits de l'homme comme une doctrine morale intrinsèquement laïque conteste la liberté de religion », ce qui conduit, selon elle, à une impasse. La voie à suivre pourrait donc être, selon elle, de leur donner une coloration musulmane là où l'islam prévaut et où il est présent. Pas sûr que cette idée soit bien accueillie, mais l'essentiel n'est-il pas de nouer le dialogue ?

Michel Theys

*** FRANCOIS GUESNET, GWEN JONES (sous la dir. de): Antisemitism in an Era of Transition. Continuities and Impact in Post-Communist Poland and Hungary. Peter Lang (voir coordonnées supra). 2014, 301 p., 55,95 €. ISBN 978-3-631-64629-8.

Jusqu'à quel point l'antisémitisme qui a naguère particulièrement prospéré en Europe centrale et orientale reste-t-il une réalité aujourd'hui dans cette région du monde ? Dans quelle mesure la transition post-communiste a-t-elle influencé l'impact sociétal de l'antisémitisme dans des pays qui, au-delà de la Russie, sont désormais membres de l'Union européenne ? C'est à apporter des réponses scientifiques à ces questions et à bien d'autres encore que les auteurs de cet ouvrage apportent des réponses éclairantes - et, hélas, souvent peu agréables, voire même carrément navrantes - en analysant les situations spécifiques qui ont caractérisé la Pologne et la Hongrie tout au long du siècle dernier jusqu'à nos jours. Le rôle de l'église catholique et des dirigeants politiques autoritaires, l'adhésion des juifs au marxisme et aux régimes communistes, l'impact toujours bien présent des images d'un passé que l'on pourrait souhaiter révolu sont autant d'angles qui voient les experts réunis dans ces pages mettre en relief les trajectoires spécifiques de ces deux pays sur ce plan. Dans un cas comme dans l'autre, en tout cas, de nombreux exemples attestent, selon les coordinateurs du livre, d'une « reconnexion avec des mouvements et idéologies politiques d'avant-guerre pour lesquels l'antisémitisme était un facteur de ralliement », ce qui ne manque pas d'influencer encore et toujours le cours politique des choses . De la sorte, les auteurs relèvent notamment une réutilisation populaire, dans les deux pays, du vocabulaire résolument antisémite, le fait que les roms deviennent, dans les propos et actes du mouvement Jobbik en Hongrie, les juifs du temps présent, le « double langage » du gouvernement Fidesz à Budapest, le rôle très négatif joué par Internet pour la propagation du « folklore antisémite » et celui carrément inimaginable joué par le catholicisme polonais… Une idée reçue est aussi démontée, celle selon laquelle l'antisémitisme aurait disparu du temps des communistes. Le tout compose un livre très complet, aussi édifiant qu'inquiétant.

(MT)

*** NIKOS MOUDOUROS, MICHALIS MICHAIL (sous la dir. de): La nouvelle hégémonie turque. Les dimensions de l'Islam politique. Editions Papazisi (2 Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél.: (30-210) 3822496 - fax: 3809020 - Courriel: papazisi@otenet.gr - a Internet: http://www.papazisi.gr ). 2014, 376 p., 22,37 €. ISBN 978-960-02-2981-3.

Alors que les décennies de la guerre froide avaient conditionné le rôle de la Turquie et les changements ou non-changements à l'intérieur du pays, le début du 21ème siècle apporte un nouvel éclairage: une Turquie différente apparaît, tant sur la plan interne que sur celui de la politique étrangère d'Ankara. Naguère État laïque étroitement lié à l'Occident, en particulier en termes militaires et économiques, la Turquie semble vouloir désormais devenir un acteur économique et politique autonome et puissant au niveau international. Selon Nikos Moudouros, diplômé du Département d'études turques et du Moyen-Orient à l'Université de Chypre et conseiller de l'ex-président de la République chypriote Demetris Christofias pour les questions turques, et Michalis Michail, professeur de relations internationales à l'Université de Nicosie, le caractère islamique du Parti Justice et Développement (AKP) au pouvoir crée une nouvelle donne, au niveau idéologique et politique. Le but de ce livre collectif est l'analyse de l'état de la Turquie et de ses relations avec le reste du monde au cours de la période allant de la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu'à la montée en puissance et la domination électorale actuelle de l'AKP. Le volume est divisé en trois sections thématiques: la première est consacrée à la position de la Turquie entre l'Est et l'Ouest ; la deuxième porte sur l'action de l'AKP au cours de la dernière décennie, les auteurs essayant de mettre en évidence le cadre théorique des changements intervenus au cours de cette période ; la troisième partie voit enfin des experts examiner certains aspects de la politique étrangère de la Turquie depuis l'arrivée au pouvoir du parti du désormais président Erdogan.

(AKa)

*** Südosteuropa Mitteilungen. Südosteuropa-Gesellschaft (49 Widenmayerstrasse, D-80538 Munich. Tél.: (49-89) 212154-0 - fax: 2289469 - Courriel: info@sogde.org - Internet: http://www.sodge.org ). Janvier 2014, 120 p., 12 €. Abonnement 60 €.

Ce numéro de Südosteuropa propose quatre articles sur la Turquie et un sur la Bosnie-Herzégovine. Concernant la Turquie, Cemal Karakas et Hüseyin Avni Karslioglu traitent de politique étrangère, le premier examinant les principes sur lesquels repose la politique étrangère turque ainsi que leur mise en oeuvre, le second axant plutôt son article sur la question européenne. Dans son analyse de la situation interne turque, l'article de Gülistan Gürbey met quant à lui en lumière les limites du processus de démocratisation engagé par l'AKP (Karakas défend également une vision critique à ce sujet) tout en posant des exigences claires dans ce domaine. Südosteuropa traite également de questions économiques et sociales: tout en reconnaissant les avancées en matière d'assurances sociales, Alpay Hekimler présente un bilan critique de la situation des travailleurs dans la Turquie contemporaine, soulignant notamment les inégalités hommes-femmes face au travail, l'importance de l'économie souterraine comme facteur de fragilité et le manque d'organisation des travailleurs et employés en vue de défendre leurs intérêts. Quant à l'économie de la Bosnie-Herzégovine, Franz-Lothar Altmann en présente les faiblesses vingt ans après les accords de Dayton, éclairant l'actualité des récentes émeutes dans ce pays sous un nouveau jour. La seconde partie de la revue s'intéresse sous forme de communiqués étoffés (Berichte en allemand) à un nombre plus grand de pays d'Europe du Sud-est et aborde notamment les répercussions économiques et sociales de la crise de l'Union européenne et la situation des médias dans nombre de ces pays.

(GLe)

*** SUSANNE PECH: Außenpolitisch motivierte Sanktionen der EU. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Schriften und Materialen zum öffentlichen Recht". 2013, 389 p., 76,95 €. ISBN 978-3-631-64175-0.

Susanne Pech traite dans sa thèse des possibilités offertes à l'Union européenne en vue de sanctionner des violations des droits de l'homme ou des principes démocratiques fondamentaux commises par des pays tiers ou des organisations. Après une partie consacrée à la définition du concept de sanctions et à la description exhaustive de celles-ci, l'auteur présente les motifs de ces sanctions ainsi que leur fondement juridique en droit international et européen, avant d'analyser en détail les sanctions effectivement mises en oeuvre par l'Union. Cette partie présente les pays et organisations destinataires de ces sanctions, l'étendue des sanctions appliquées au cas par cas et les mobiles invoqués. La question du terrorisme y est aussi traitée. Enfin, les conséquences d'une violation de ces sanctions par des entreprises ou des institutions sont présentées, ainsi que leur fondement juridique en droit européen et en droit national (notamment en droit allemand).

(GLe)

*** The Federalist Debate. Papers on Federalism in Europe and the World. Einstein Center for International Studies (26 via Schina, I-10144 Torino. Tél./fax: (+39-011) 4732843 - Courriel: info@centroeinstein.it - Internet: http://www.federalist-debate.org ). 2014, n° 2, 64 p.. Abonnement annuel: 15 €, 18 $.

Outre les traditionnelles contributions s'intéressant à l'un ou l'autre aspect du combat fédéraliste en Europe et à l'échelle du monde entier, ce numéro du Federalist Debate s'intéresse tout particulièrement à la crise ukrainienne. Ainsi, l'ensemble de la rubrique « Débat sans frontières » est consacré à ce dossier aussi épineux que potentiellement explosif. Le ton est donné dès l'éditorial de Lucio Levi dont le titre est explicite: « Arrêter le démantèlement de l'Ukraine ». Le président de la section italienne de l'Union des fédéralistes européens y invite avec insistance l'Union à dire clairement où se trouvent ses frontières et où elle mettra un terme à ses élargissements, rappelant que « dans les langues slaves, Ukraine signifie la frontière » et que « c'est là que se situe la frontière de l'Europe ». Et en faisant notamment référence à la suggestion d'Henri Kissinger et Zbigniew Brzezinski que Kiev opte pour le modèle finlandais du siècle dernier, à savoir ni anti-européen ni anti-russe, le directeur de la publication de conclure: « Au lieu d'appliquer l'axiome traditionnel ici ou là-bas de l'ère du nationalisme, pourquoi ne pas adopter celui du ici et là du modèle fédéraliste ? ».

(MT)

*** Revue de droit monégasque (Palais de justice de Monaco, B. P. 513, MC 98015 Monaco cedex. (Tél.: (377) 98984241). 2014, 130 p., 30 €.

Ce numéro spécial de la Revue de droit monégasque rend compte d'un colloque organisé dans la Principauté en novembre dernier et intitulé « Regards croisés sur deux décennies d'application de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant au Nord et au Sud de la Méditerranée ».

(MT)

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