Bruxelles, 15/09/2014 (Agence Europe) - C'est l'Allemand Günther Oettinger, 61 ans, qui aura la lourde tâche de poursuivre les réformes entamées par la Néerlandaise Neelie Kroes dans le domaine de l'Économie numérique, au sein de la prochaine Commission présidée par Jean-Claude Juncker. Commissaire en charge de l'Énergie au sein de la Commission Barroso II, Günther Oettinger enchaîne un second mandat à la Commission européenne dans un domaine où lui-même ne se voyait pas forcément. « Je ne suis pas content, mais je suis heureux (…) Je suis motivé et curieux », a-t-il souligné d'une pirouette, en promettant de s'atteler à faire de l'Union européenne un continent compétitif dans le secteur numérique. Beaucoup de travail en perspective, alors que fusent déjà les premiers commentaires sur le manque d'intérêt démontré jusqu'ici par le futur commissaire pour les nouvelles technologies.
Le Marché unique numérique, à défaut du Commerce ou de la Concurrence. Juriste et économiste de formation, ministre-président chrétien-démocrate du Land de Bade-Wurtemberg de 2005 à fin 2009, Günther Oettinger avait été choisi en 2009 par la chancelière Angela Merkel pour composer le collège de commissaires de Barroso II où il occupa le poste de commissaire à l'Énergie. Au cours de ces dernières années, il s'est taillé une réputation de défenseur des intérêts industriels, au grand dam des associations écologistes, mais s'est également illustré comme médiateur entre la Russie et l'Ukraine dans leur conflit sur les livraisons de gaz russe à l'Ukraine, en réussissant à ramener à la table des négociations les intéressés, malgré leurs réticences. Alors qu'Angela Merkel espérait voir l'Allemagne hériter du poste de commissaire au Commerce ou à la Concurrence, Jean-Claude Juncker a décidé de confier le portefeuille de l'Économie numérique au représentant allemand. Même s'il n'hérite pas du poste convoité, il aura toutefois en charge des dossiers importants, avec la tâche de mener à bien plusieurs grandes réformes entamées par Neelie Kroes, commissaire parfois contestée, mais réputée impliquée dans les affaires numériques.
Sous la supervision d'Andrus Ansip. M. Oettinger devra toutefois composer avec le vice-président en charge du Marché numérique, l'Estonien Andrus Ansip. Rien ne permet, à ce stade, d'anticiper la façon dont fonctionneront les vice-présidents et les commissaires dont les premiers devront coordonner le travail. Si l'on s'en tient à l'ordre de mission confié par Jean-Claude Juncker à l'ancien ministre d'Estonie, celui-ci devra « faire de l'Europe un leader mondial des technologies de l'information et de la communication », l'ambition affichée par le président désigné de la Commission étant de générer 250 milliards d'euros de croissance en créant le marché unique numérique d'ici la fin de son mandat. À cet effet, Andrus Ansip devra rapidement (dans les six premiers mois) coordonner les différentes réformes citées précédemment (télécoms, droit de propriété intellectuelle et relations USA/Europe dans l'échange de données) et favoriser les industries créatives.
Un portefeuille élargi. Dans sa lettre de mission, M. Juncker demande à M. Oettinger de travailler sous la responsabilité de M. Ansip, mais sous un angle plus technique. Il lui demande, outre d'aider le vice-président à atteindre ses objectifs, de contribuer à stabiliser l'environnement juridique dans le secteur numérique, de favoriser l'innovation et l'investissement via le cadre réglementaire, en s'assurant également que « les utilisateurs soient au centre de (ses) actions ». Il poursuivra la mise à jour du « Paquet télécoms » et ses dérivés, comme le Règlement sur la protection des données, continuera les discussions au nom de l'Union européenne pour la gestion mondiale d'Internet et la neutralité du net et défendra la position européenne face aux exigences américaines en matière d'échange de données. Il devra également gérer des questions plus techniques sur l'harmonisation de la gestion des fréquences radioélectriques (notamment la bande des 700 MHz), le développement de l''Internet des objets' et les investissements dans différents projets de recherche. M. Juncker souhaite également qu'il s'occupe de favoriser un marché unique des télécoms où les Européens pourront téléphoner partout en Europe et avoir accès à des services et contenus sur leurs équipements sans avoir à payer des surcoûts liés au roaming. Le portefeuille du commissaire au Numérique a également été élargi avec une DG CONNECT, sous sa responsabilité, qui se voit attribuer des fonctions supplémentaires soit: 1) le volet MEDIA d'Europe Créative (le nouveau programme sera donc à la fois géré par la DG EAC (pour la culture) et par la DG CONNECT (pour le programme MEDIA)) ; 2) le droit d'auteur et les services en ligne (ex DG Marché intérieur) ; le soutien à Euronews, Euranet et à l'Observatoire européen de l'audiovisuel (ex DG COMM).
Günther Oettinger, l'homme de la situation ? Lors de son audition devant le Parlement européen, Günther Oettinger devra s'attendre à se voir reprocher son manque d'intérêt et d'implication dans les nouvelles technologies. Plusieurs députés estiment d'ores et déjà que, malgré l'ambition affichée par Jean-Claude Juncker de faire de l'économie numérique l'un des éléments phare de sa Commission, l'inexpérience de M. Oettinger n'augure rien d'exceptionnel dans le bilan qu'il affichera à la fin de son mandat. Il risque de se faire écraser par son nouveau portefeuille, résume le député allemand Jan Philipp Albrecht (Verts/ALE), vice-président à la commission LIBE du PE et très impliqué dans la protection des données. (IL)