Bruxelles, 15/09/2014 (Agence Europe) - À Bruxelles, le centre de gravité de la politique régionale se déplace à l'est et se féminise. Les jeux politiques ont fait de la Roumaine Corina Cretu la commissaire désignée à la Politique régionale et de la Bulgare Iskra Mihaylova la présidente de la commission du Développement régional au Parlement européen.
Toutes deux viennent de pays 'gourmands' en fonds structurels, mais pas toujours brillants dans leur absorption (52,9% pour la Bulgarie et 37,6% pour la Roumanie en juillet 2014 pour la période 2007-2013).
Mme Mihaylova est une eurodéputée libérale bulgare fraîchement élue ce printemps et a écopé de la seule présidence de commission allouée au groupe ADLE au cours des tractations politiques ayant suivi les élections européennes. Elle succède à la Polonaise du groupe PPE Danuta Hubner, elle-même ancienne commissaire européenne à la Politique de cohésion.
Un autre jeu politique a permis à Mme Cretu, eurodéputée roumaine socialiste depuis 2005, d'être désignée pour succéder à l'Autrichien Johannes Hahn. Pressé par le futur président de la Commission Jean-Claude Juncker, en quête de candidates, le gouvernement roumain a choisi in extremis de présenter la candidature de Mme Cretu. Bucarest a ainsi pu négocier un portefeuille stratégique et important pour le pays, évinçant au passage le commissaire sortant à l'Agriculture, son compatriote Daçian Ciolos.
Que deux postes clés pour la gestion de la politique de cohésion soient placés dans les mains d'élues novices au niveau européen et issues de pays réputés mauvais élèves peut sembler, à première vue, peu judicieux. À fortiori pour Mme Cretu, qui sera chargée de mettre en musique la réforme de la politique de cohésion orientée vers la performance, justement. L'actuelle eurodéputée roumaine risque sans aucun doute d'être titillée par ses homologues sur la question lors de son audition au Parlement européen prévue à la fin du mois (outre ses éventuels liens avec le KGB par le passé). La Roumanie est en effet l'avant-dernier pays, avant la Croatie, en matière d'absorption des fonds structurels européens lors de la période de programmation financière précédente 2007-2013 (un délai d'un an est encore possible pour absorber l'argent disponible). Lors de ces dernières années, cet État membre n'a, d'ailleurs, pas été épargné par des scandales relatifs à la gestion de l'argent européen mis à sa disposition. C'est donc un vaste défi que lance Jean-Claude Juncker à la Roumanie et à Mme Cretu, le futur président de la Commission ayant précisément chargé Mme Cretu de « booster l'absorption des fonds européens » et de garantir que les nouveaux accords de partenariat entre la Commission et les États membres pour les fonds européens 2014-2020 soient « bien ciblés et puissent rapidement avoir un impact ». Faut-il dès lors qualifier le choix de M. Juncker d'encouragement à destination de Bucarest ? Il convient de noter que le pays a récemment fait des efforts tangibles pour corriger le tir en matière de politique de cohésion. La Roumanie a, en effet, été parmi les premiers pays à signer son accord de partenariat avec la Commission pour un usage performant et stratégique des fonds structurels jusqu'en 2020. (MD)